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Mercredi 26 janvier 2011 3 26 /01 /Jan /2011 18:00

Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l'étourdissement des paysages et des ruines, l'amertume des sympathies interrompues. Il revint.   Gustave Flaubert


Ami(E)s lecteurs,

WadiRumM'efforcant de voyager avec des yeux pleins de l'étonnement du jour, avant de rejoindre l'Égypte, la Jordanie m'aura réservé une dernière et heureuse surprise : le Wadi Rum, pays où vécut jadis le fameux Lawrence d'Arabie. Il s'agit d'un désert au sable ocre où d'immenses djébels, des à-pic aux vertigineuses parois, imposent leur silence; silence presque respecté en cette basse saison touristique. Grâce à une famille de bédouins, j'ai pu découvrir les plus beaux sites d'une nature préservée, en compagnie d'Irene et Rick Butler, un couple de voyageurs canadiens. Irene est journaliste free-lance et a d'ailleurs écrit un ouvrage de leurs précédentes aventures. Le repas du soir fut cuit traditionnellement dans un four à même le sable. Le Wadi Rum a fait naître en moi des envies de méharées aux longues processions camélidées...

Je ne sais si c'est le Père Noël ou la Strega Befana (une gentille sorcière populaire en Italie), toujours est-il que je me suis ensuite offert un cadeau "Super Deluxe" : 3 jours au Mövenpick Tala Bay, 5 étoiles s'il-vous-plaît ! Cette chaîne hôtelière helvétique sait conjuguer l'Excellence : ce ne fût que luxe et volupté, de quoi quitter la Jordanie avec le sourire en tannant mon oisiveté au soleil bienfaisant :-) Seul regret, l'autochtone est denrée rare dans ce genre d'établissements hôteliers édifiés à Tala Bay, sur la côte Sud jordanienne, à la lisière de l'Arabie Saoudite.

Devant l'interdiction de mon médecin ORL de pratiquer la plongée sous-marine (avec bouteille), je me suis rattrapé avec une entière journée en bateau (snorkeling sur divers spots) et une exploration sous-marine à bord du Neptune, navire français aménagé. Dieu que le monde sous-marin est beau ! Ce fut une fantasmagorie subaquatique insoupçonnée où la silencieuse quiétude contrastait avec les caquetages exclamatoires des passagers émerveillés.

L'Égypte aura finalement été abordée par la mer, la Rouge. Si je puis comprendre l'intérêt que l'on peut avoir pour Nuweiba, à la limite Daha, chère aux routards plongeurs, Sharm El-Sheikh représente à mes yeux tout ce qu'une station balnéaire a d'exécrable ! D'ailleurs, les (délicieux) fruits de mer ingurgités auront été rejetés par le même canal; c'est dire l'idylle qui me lie à Sharm ! Une avanie du ferry m'aura heureusement fait éviter Hourghada (16 heures de bus incommodes pour rejoindre Louxor par un long détour sur le Sinaï, dernière Terre Sainte de mon long périple).


04Saïd

Avec Pétra, Louxor aura indubitablement été l'un des points forts de mon séjour. Charmé par les sites archéologiques en plein coeur de la ville (à l'image du complexe de Karnak). Mais plus encore charmé par les paysans exploitant leurs terres grâce à la prodigalité fluviale du Nil (c'était temps de récolte de la canne à sucre) et les habitants de la ville. C'est dire que j'aurai apprécié mon séjour dans une gueshouse nichée dans la campagne, havre de paix nommé Flower of Light Centre et géré par un sympathique Irlandais (Dònal) et son épouse, sur la rive Ouest, celle de la fameuse Vallée des Rois, explorant les alentours tant à vélo qu'à moto. En revanche, le vent est souverain; j'ai dû m'incliner face à sa force et accepter de ne point découvrir l'éclat de Louxor depuis une montgolfière qui n'a jamais décollé ! Ensuite, il m'a été difficile de ne point retrouver cette magie à Assouan, plus au Sud, ville que j'ai fuie aussi (et tant pis pour le temple d'Abou Simbel) pour rejoindre directement Alexandrie en train de nuit. La Nubie, contrée où les peaux des hommes s'assombrissent, s'est donc refusée à moi. Puisse le Nil m'y reconduire un jour...

En l'honneur du Grec macédonien Alexandre le Grand, c'est la seule ville à son nom qui l'a gardé jusqu'à nos jours. Hélas, trois fois hélas, Alexandrie n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fût jadis : elle s'est pratiquement vue confier le rôle ingrat de banlieue d'une capitale, Le Caire, où s'agglutinent 18 millions d'habitants. Avec ses 4 millions d'âmes venus des campagnes, leur ruralité n'a pas su investir l'esprit citadin flamboyant qui animait la légendaire Alexandrie, que ce soit celui des Ptolémée (il y a plus de 2000 ans), des Romains par la suite ou encore l'esprit du XIXe siècle; son cosmopolitisme s'est éteint. Il n'y a qu'à constater l'indigence de son programme culturel (pour une si grande ville), sans parler de l'état d'abandon de sa superbe architecture. La somptueuse Blibliotheca Alexandrina n'est hélas que l'exception qui confirme la règle. Ce haut-lieu de la sapience fait revivre l'ancienne Grande Bibliothèque qui contenait plus de 700'000 manuscrits, tous détruits dans un incendie. Alexandrie renvoie également au fameux phare de la Méditerranée, monument qui guidait les marins et se trouvait sur l'île de Pharos (d'où son nom). Autre nom tiré du lieu : les nécropoles. Il y a là de superbes catacombes romaines récemment mises à jour qui nous rappelles notre propre finitude. Ce sombre tableau dressé, je dois avouer que j'y aura passé presque une semaine fort agréable. Comme souvent en Egypte, il aura suffit de s'approcher de la population le sourire aux lèvres pour la voir s'ouvrir à mes requêtes et au-delà. Mes ballades photographiques au hasard des rues n'auront été que demandes de leur part de se faire photographier. Alors que les "choucrane" auraient dû être de mon côté, ce sont eux qui me remerciaient ! En allant visiter une ville toute proche, Rashid (que nous connaissons mieux sous le nom de Rosette), j'ai fait la connaissance d'un entrepreneur qui a vécu 9 ans en Italie. Il a tenu à m'amener au poste de la police touristique pour des raisons de sécurité. J'ai ensuite eu droit à une escorte policière pour visiter les quelques demeures ottomanes qui ne font que mettre en relief la pauvreté alentour (les rues n'étaient que boue). Dommage car cela me coupait du contact spontané avec la population; l'accueil y fut admirable, tout comme les regards portés à cet étranger qui sortait des sentiers asphaltés (relativement aux millions de touristes qui visitent les lieux devenus communs). Notez que la fameuse pierre qui a permis à Champollion de démêler le maelstroem des dessins hiéroglyphique y est exposée. N'hésitez pas à venir visiter Alexandrie, patrie de Cléopâtre, non parce que St-Marc est venu y prêcher, mais parce qu'elle vous permettra de jouir dès 2012/2013 du Musée d'archéologie sous-marine, un projet fou puisque le bâtiment se trouvera sous la mer, avec une vue directe sur les pièces archéologiques dont se nourrit la mer depuis des millénaires ! Pour en finir avec Alexandrie, sachez encore que Claude François est un tartufe : je n'y ai rencontré aucune sirène ;-)

Et mon séjour se sera terminé au Caire, en privilégiant les activités culturelles. Ainsi de la visite obligée du Musée égyptien, véritable capharnaüm pharaonique. Un effort pédagogique se doit d'être entrepris car pour l'heure, c'est plus un amoncellement de milliers de pièces archéologiques, les unes plus riches et importantes que les autres. Espérons que le Grand Musée Egyptien, projet cher au président Moubarak (tout contesté soit-il) qui devrait voir le jour en 2012, y pourvoira. Quoiqu'il en soit, ma préférence est allée vers le musée de Louxor et celui d'Alexandrie, plus petits. Il est piquant de confronter la tridimensionnalité des admirables statues exposées (notamment une représentation ithyphallique) à la bidimensionnalité des fresques hiéroglyphiques aux traits si caractéristiques. Peut-être devons-nous y voir là une dimension cachée que seuls les Dieux possèdent, dimension inaccessible aux pauvres mortels que nous sommes. Ici, même les sépultures sont profanées pour répondre à la curiosité des touristes ! Ce n'est pas Toutânkhamon qui pourra me contredire, lui dont les mirifiques objets sépulcraux sont exposés. De même que leurs corps momifiés; ils ont beau être Egyptiens, beaucoup d'entre eux ont le "pied grec" ;-) Quant aux pyramides de Gizeh et le fameux Sphynx aux abords, bien qu'impressionnants, leur exploitation touristique effrénée en a tué toute la magie (magie toujours présente à Pétra). Retour final au Caire, mégalopole tentaculaire, où le quartier islamique réserve de bien belles surprises qui m'ont replongé dans les souvenirs de ville comme Damas ou Alep, sans toutefois en atteindre la beauté. C'est l'opéra Aïda, de mon compatriote Verdi, qui aura clos mon séjour moyen-oriental au Cairo Opera House. Cerise sur le gâteau, Salah, un vieux veuf qui vivote comme chauffeur de taxi et avec qui j'ai passé les deux derniers jours, m'aura embrassé à l'arabe une fois arrivé à l'aéroport.

voyages 0936Ainsi, onze ans après mon périple de six mois qui m'aura fait apprécier le Sud-Est asiatique, j'aurai baigné presque cinq mois ici au Moyen-Orient, en barbotant dans quatre mers différentes, la Mer Noire, la Mer Méditerranée, la Mer Morte et la Mer Rouge (sans parler des lacs Sevan et Nasser, grands comme une mer), au contact des mondes perse, caucasien et arabe, abritant des peuples très diversifiés. Je n'en cherche pas une raison particulière, m'en remettant à Baudelaire : les vrais voyageurs ne sont-ils pas ceux qui partent pour partir ?
Quel autre poète pouvait mieux clore cette relation de voyage que Guillaume Apollinaire : "Les jours s'en vont, je demeure"...

Bien à vous.   Marco
Galerie de mes photos du Moyen-Orient en cliquant ici.
Par Marco del Rugo - Publié dans : Voyages
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Samedi 8 janvier 2011 6 08 /01 /Jan /2011 19:17

Alors que les bombes extrémistes font exploser des Égyptiens chrétiens coptes, la TV du pays diffuse un spot montrant une Croix chrétienne unie à un Croissant musulman. Mais la réponse du gouvernement au terrible attentat d'Alexandrie ne s'arrête pas là. Hier soir, toutes les églises chrétiennes étaient quadrillées par des forces de l'ordre suréquipée, agents qui ont même interdit de circulation les rues environnantes. Un gouvernement qui réagit au lieu d'agir n'est pas de nature très rassurante... Mais il a sans doute d'autres soucis, sa corruption étant notoire. Ce qui ne changera en rien les discriminations quotidiennes dont est victime la forte minorité copte (sept millions de personnes tout de même). Après trois jours à parcourir joyeusement la campagne louxoroise en vélo, j'ai loué une moto chinoise flambant neuve. Tant le loueur de vélos que celui de motos ont insisté pour que je ne prête point le véhicule aux Égyptiens, qui cassent tout. Dans ces conditions comment voulez-vous qu'une indispensable confiance gagne ce peuple afin d'affronter sereinement l'avenir ? Ma ballade motorisée m'a appris que les dirigeants à l'autoritarisme éprouvé ne se gênent pas de nommer les routes en leur nom. Ainsi de la Mubarak Touristic Road. Pire encore, j'ai même vu le Suzanna Mubarak Village, Suzanna étant le prénom de l'épouse du Président actuel, Hosni ! Ces routes sont d'ailleurs très belles, avec une berme centrale arborisée et fleurie de presque 2 mètres de large. Il eut été plus judicieux d'intégrer des trottoirs fort utiles aux indigènes. Mais il est vrai que dits trottoirs sont bien inutiles aux millions de touristes qui se rendent en bus sur les sites historiques ! En attendant, les villageois ne se gênent pas d'utiliser la route pour leur propre usage (les charrettes mues par des ânes ajoutent une touche pittoresque). À la piètre qualité de la moto s'ajoute la vétusté du casque de protection qui n'en a que le nom. Je me suis donc abstenu de l'utiliser. Le loueur m'a rendu attentif à l'obligation qui m'est faite d'en porter un. Il ne s'est cependant trouvé aucun policier, pourtant fort nombreux sur ces routes charriant les masses touristiques, pour me reprocher quoi que ce soit. Il faut dire qu'ici, tout un chacun vit par et pour le tourisme, police comprise. Enfin, pour avoir demandé mon chemin à moult reprises, je puis l'affirmer sans ambages : Bison Futé n'est pas Arabe ;-) Le tourisme égyptien a de l'avenir devant lui ! À Louxor, sa vallée des Rois, règne de notre amie la Mort, n'est animée que par d'infatigables vendeurs qui suivraient même un Pharaon mort pour essayer de lui vendre leurs bibelots. Qu'il s'appelle chocolat ou café, c'est un breuvage insipide qui est servi pour 20 livres égyptiennes (plus de CHF 3.-) sachant que le salaire mensuel minimal ici est de 300 £. Pas étonnant qu'ils aient fait l'impasse sur une carte précisant les prix. On vous fait prendre un petit train électrique pour 4 £ sans vous dire qu'il ne parcourra que 200 mètres. On y laisse entrer des touristes nues (j'exagère à peine) qui se feraient retourner les pharaons dans leurs tombes. Le risque est faible il est vrai puisque les momies qui proviennent des tombeaux profanés reposent toutes ailleurs, dans des musées le plus souvent. On se prendrait presque à culpabiliser, n'était de savoir que les paysans de l'époque (il y a quelque 4000 ans tout de même) s'amusaient à voler les riches tombes, déjà ! C'est d'ailleurs ce qui explique leur enfouissement. Cependant, tant que le regard est habité par le ravissement, tout cela en perd toute importance :-) Les seules nuages de ma visite dans cette vallée fort ensoleillée auront été la fermeture de deux des trois tombes que je m'étais promis de visiter. D'autres ont fait l'affaire. Ces considérations étant écrites, je vous avoue être emballé par la campagne ici à El Qurna, près de Louxor. Et je me suis laissé dire que ma prochaine destination, Assouan, est tout aussi ensorcelante. Inch'Allah !

Par Marco del Rugo - Publié dans : Voyages
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Lundi 20 décembre 2010 1 20 /12 /Déc /2010 18:00

Ami(e)s de mes péripéties, Bonjour !

 

voyages-0716.JPGAnimé par une insatiable curiosité, j'ai donc quitté la Syrie après avoir fait un détour par le monastère Mar Musa, niché au haut d'une gorge d'où la vue sur le désert invite à méditer. Le père jésuite italien Paolo y fait revivre une communauté œcuménique. Au Sud, l'ancienne ville de Bosra, figurant au Patrimoine mondial pour son site archéologique cannibalisé par ses habitants actuels, plus particulièrement son théâtre romain miraculeusement préservé, a rapidement été visitée.

Dans le minibus pour me rendre à la gare routière, j'ai pu joyeusement échanger avec trois dames voilées et fort loquaces (nous étions seuls). Mais une fois quatre ouvriers embarqués, des hommes donc, elles sont devenues mutiques ! Au rythme des passagers qui sortaient et entraient, j'ai fait ami-ami avec le chauffeur Ahmed, mon contemporain. Mais il ne baragouinait que quelques mots d'anglais. Amineh, une jeune demoiselle montée par la suite et faisant office de traductrice arabe-anglais, permit au dialogue de s'enrichir. Je me suis aventuré à discuter de la mauvaise image véhiculée par la Syrie en Occident, image contrecarrée par les magnifiques jours passés dans ce pays. Tous les passagers intervinrent et la discussion, nourrie, fut intense. Notez que la demoiselle savait dire "Je suis célibataire", en français s'il-vous-plaît ! Par ailleurs, devant impérativement quitter ce pays avant minuit, expiration du visa oblige, je n'ai pu honorer l'invitation d'Ahmed, qui voulait me présenter sa famille :-(

Puis ce fut un jeune chauffeur de taxi à l'aspect cocaïnomane, père de trois enfants, qui me fit passer la frontière syrio-jordanienne. J'ai vite saisi qu'il faisait simultanément du trafic de cigarettes, arrosant le douanier et livrant sa marchandise 100 mètres plus loin ! En parlant de douane, mon visa jordanien a été établi au rythme du feuilleton TV qui semblait passionner le fonctionnaire multitâche. Dans la rue, à une effigie syrienne, celle d'el-Assad, omniprésente, succède une autre effigie, celle du Roi Abdullah II (accompagné souvent de son défunt père, Hussein), tout aussi présente dans l'espace public jordanien. Bienvenue en Jordanie !

Me voici donc à Irbid, une grande ville universitaire qui n'a aucun attrait pour retenir le touriste. Ayant pris froid (les nuits sont fraîches et les transports sont amis des courants d'air), en plus d'acheter une écharpe d'été, je suis entré dans une pharmacie. Et d'être accueilli en italien; le patron ayant étudié 10 ans dans la botte ! Il m'a refilé du Cirrus, un médicament fabriqué... par UCB Farchim, à Bulle !!! Et accessoirement, à l'entendre, bien sombre lui semble l'avenir, pire encore au Proche-Orient :-(

La capitale Amman, l'ancienne Philadelphie, n'a pas vraiment voulu de moi puisqu'elle m'a réservé un jour complet de pluie (bienfaisante sur ces terres arides). Qui ne m'aura nullement gêné grâce à l'accueil du patron palestinien du petit hôtel choisi. Grande est la générosité de ses habitants avec les gens de passage, plus ou moins long. Pour preuve, les centaines de milliers de réfugiés que la Jordanie a accueillis, qu'ils soient Palestiniens, Libanais ou plus récemment Irakiens.

C'est tout naturellement que ce pays tire son nom du Jourdain, le fleuve cher à Saint Jean-Baptiste, qui alimente la Mer Morte, située 400 mètres au-dessous du niveau habituel de la mer. Si quelqu'un vous affirme y avoir vu un requin, mettez en doute sa probité. Pour y avoir flotté grâce à une exceptionnelle teneur en sel, je puis vous le confirmer : aucun poisson ne peut y vivre (ce n'est pas pour rien qu'elle s'appelle Morte cette mer) ! C'est ici le pays de Moab, contrée de nombreux récits bibliques : Jericho, que Moïse aura contemplée depuis le Mont Nebo, où il est mort, Béthanie, où le Christ s'est fait baptiser, et autres Sodome et Gomorrhe, où il s'en passait des choses !

La grâce de l'inattendu, grâce qui m'est chère, m'aura encore une fois émerveillé me permettant d'assister au tournage d'un film de Bollywood avec la Mer Morte en toile de fond. L'actrice principale, Sana, a eu la gentillesse de poser avec moi pour une photo-souvenir :-) 

voyages-0265.JPGJ'ai rayonné sur ces différents endroits depuis Madaba, connue pour ses mosaïques romaines, une apaisante cité au Sud d'Amman, où j'ai été hébergé quelques jours dans un couvent grec orthodoxe. Les chrétiens y étant nombreux, j'ai assisté à l'illumination d'un sapin de Noël, fête animée par un groupe d'Évangéliques exaltés. De là, en route pour Kerak, ville abritant les ruines d'un des imposants châteaux des Croisés, en passant par le Wadi Mujib, impressionnante gorge surnommée un brin exagérément le Grand Canyon de Jordanie, où vivent encore quelques tribus bédouines. J'ai longtemps cru que les arbres plantés le long des routes servaient à contenir les fort nombreux détritus qui les jonchent. Mais après avoir vu une tempête de vent du désert, j'ai compris qu'ils étaient là pour tenter de retenir le sable soulevé violemment par le vent. La chose est impressionnante car une fois le bus embarqué dans la tempête, le chauffeur n'y voit guère plus qu'à cinq mètres ! Je comprends mieux maintenant pourquoi le faîte des arbres, tous penchés, ne se trouve parfois qu'à mi-hauteur.

voyages 0908De Kerak, où je fus victime d'une rocambolesque méprise quant au bus à prendre, la Route du Roi m'aura gratifié d'un spectaculaire paysage lunaire pour arriver à Wadi Musa. Ici était Pétra, l'ancienne cité nabatéenne, joyau du tourisme jordanien (sans doute le plus beau site du Moyen-Orient, avec les pyramides d'Égypte et Palmyre) et donc figurant elle aussi au Patrimoine mondial de l'Unesco. Après une impressionnante gorge (le sik), à une merveille nabatéenne succède une merveille romaine. Véritable enchantement. À la magnificence des monuments sculptés dans la roche multicolore s'ajoute la somptuosité des montagnes rocailleuses, sans oublier la générosité des bédouins animant le site. Vous marchez pour atteindre un sommet, vous vous posez là, admiratif, le corps bercé par la douce chaleur du soleil hivernal. Et vous contemplez les édifices millénaires, conscient des millions d'années qu'a mis Mère Nature pour façonner leur écrin. Vous vous sentez petit et à la fois grand, intégré que vous êtes à ce Grand Tout. 

"À  moins que tu n'y viennes, tu ne sauras jamais à quoi ressemble Pétra. Sache seulement que tant que tu ne l'auras pas vu, tu n'auras pas la plus petite idée de la beauté que peut revêtir un lieu." Ce sont là les paroles de T. E. Lawrence. Maintenant que j'y suis (et que donc je sais dorénavant la beauté que peut revêtir un lieu), je profite de lire son chef-d'œuvre de 944 pages "Les sept piliers de la sagesse" et me replonger ainsi dans les aventures qu'il a jadis vécues dans ces contrées. Cela tombe bien car ici à Aqaba, station balnéaire de la Mer Rouge d'où je vous écris, il n'y a rien à faire sinon se promener au soleil et adorer la beauté de l'instant. Seule entorse à ce farniente bienfaisant, le snorkeling, plongée avec masque, tuba et palmes : il y a là une barrière de corail parmi les plus belles du monde où batifolent des poissons aux multiples couleurs :-)

Autre originalité jordanienne : certaines pièces de monnaie sont heptagonales ! Par contre, originale, sa cuisine l'est moins. Mais comme Syrie, pays aux peuples frères, on y retrouve les fameux (et non moins délicieux) mezze, chers aux Turcs et aux Libanais. Ce sont des petits plats d'exquis apéritifs, tant chauds que froids, avec le humus qui règne en maître. Sinon, avouons que la cuisine syro-jordanienne n'est pas des plus variées : peu de légumes verts et question viande, c'est poulet ou mouton, avec plus rarement des camélidés.
Comme un goliard de jadis, je quitterai bientôt le royaume hachémite pour un autre pays mythique, l'Égypte, avec comme seul regret de n'avoir rencontré ni la sublime ancienne Reine Noor ni la ravissante actuelle Reine Rania ;-)

Aqaba, Jordanie, le 20 décembre 2010

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Vous pouvez visionner mes dernıers clıchés, soit la Jordanie, en cliquant ici.
Par Marco del Rugo - Publié dans : Voyages
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Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 20:00

Ami(e)s de mes péripéties, Bonjour !

 

Je chemine avec Bertrandron de La Broquère en des contrées qui ont vu nombre épisodes bibliques s'y dérouler... Ainsi de Saint Siméon, méditant sur une colonne en Syrie, Saint Basile, cénobite devenu un des Père de l'Eglise, le vol d'Abraham à Urfa, en Turquie, sans oublier la conversion de Saul sur le chemin de Damas (devenu Saint Paul, pilier du christianisme).

 

Après l'Anatolie, place au Liban, berceau des Phéniciens et contrée de l'écrivain Khalil Gibran, est un fort agréable pays à la francophonie appuyée : j'y rencontre beaucoup de locuteurs amis de Voltaire et la rue est constellée de termes français. Mais l'hébergement est hélas bien loin d'un budget de routard. Le temps est magnifique et j'y profite du littoral méditerranéen. Ainsi Byblos aura vu s'écouler ma première journée véritablement balnéaire, me complaisant dans une paresse raffinée. Les ruines témoignent encore du génie romain. Byblos fut une cité des Lettres chère à Olivier Germain-Thomas. Par son port d'abord, où transitait le papyrus égyptien servant aux copistes hellènes de la Bible. Par son alphabet ensuite, l'un des premiers au monde, si ce n'est le premier, duquel découle notre propre alphabet.

 

L'ancien Premier ministre Hariri s'est donné 30 ans pour reconstruire Beyrouth, la capitale ravagée par 30 ans de guerres. Projet trop ambitieux ? Il ne le saura jamais car il a été assassiné ! À Beyrouth, l'opulence y côtoie la servitude, ignorant la misère : il m'a été donné de voir les derniers modèles des voitures les plus luxueuses qui narguent les esclaves asiatiques (principalement Philippines, allez savoir pourquoi) et Africaines s'occupant des enfants des riches Libanais, avec en toile de fond les misérables camps palestiniens ! La culture aura cependant embelli mon séjour beyrouthin, tant par la qualité du musée national que par les spectacles. À défaut d'avoir pu assister au Festival de Baalbeck ou à celui de Beittedine, j'aurai profité d'un spectacle de mime et d'un autre de danse. Jamais encore je n'avais pu admirer une danseuse aussi heureuse sur scène. Dans le spectacle The Dress, chorégraphié par Nada Kano, Sarah Bou Sader nétait pas heureuse, c'était la félicité-même; le rouge de la scène en venait souligner l'érotisme. Plus qu'une simple performance, j'aurai fort apprécié cette véritable installation conçue par la Beirut Dance Company. Il est dit que le Liban est le pays des cèdres. C'est sans nul doute vrai mais la conscience écologique des Libanais ne vient pas conforter l'image idyllique de ce pays souvent comparé à la Suisse - par ailleurs, les Libanais ont un peu l'image stigmatisante des Juifs. Les champs et les rivières (richesse du pays) sont ainsi constellés de détritus. C'est bien dommage car leurs vallées sont magnifiques, à l'image de celle de la Bekaa (où la culture du chanvre s'épanouit). Et les villages en hauteur ont le charme de tous les villages montagnards.

 

Point d'orgue de mon séjour libanais, Baalbeck. Petite cité à taille humaine, sise dans la vallée de la Bekaa, où les contacts redeviennent simples. N'ayant pas la tête de l'emploi (jeu de mots), un jeune d'Anjar m'aura tout de même proposé de la marijuana ! Il faut dire que la récolte est abondante dans la région. Mais Baalbeck, l'ancienne Heliopolis, est surtout connue pour ses majestueuses ruines romaines. Et c'est vrai que cet ancien site religieux est impressionnant, de jour comme de nuit. Je me suis même laissé dire que des activités de prostitution sacrée s'y déroulaient jadis ! Retenons du Liban qu'exception faite des quatre dernières décennies, c'est une région qui a toujours su faire cohabiter ses très nombreuses confessions, recueillant les divers schismes religieux.

 

J'ai ensuite retrouvé la Syrie du président el-Assad (son portrait est affiché partout, mais vraiment partout), contrée que j'avais quittée à Alep, en même temps que mes amis voyageurs Sabrina & François. Hama est une paisible cité provinciale connue pour ses fameuses norias, d'immenses roues en bois posées sur le fleuve Oronte qui charriaient quantité d'eau afin d'irriguer les champs environnants. Mais le progrès est passé par là et des moto-pompes ont définitivement fait taire ce dispositif millénaire. La provincialité enrichit toutefois les contacts que peut rechercher le touriste, raison pour laquelle Hama me laissera un agréable souvenir. De même que le Crac des Chevaliers, non loin de là, une forteresse miraculeusement préservée qu'utilisait l'Ordre des Hospitaliers du temps des sinistres Croisades. Et se réveiller au lever du soleil au pied de cette imposante masse nous replonge dans les rêves médiévaux de conquêtes orientales. Occasion pour moi d'utiliser les "hop hop", minibus collectifs qui se rendent dans les moindres recoins de Syrie.

 

La mythique Palmyre, oasis que l'on rejoint après deux heures de route à travers le désert, est un incontournable du tourisme syrien. Magnifiée par une Reine à la poigne de fer (Zénobie, qui n'avait rien à envier à la beauté de Cléopâtre, est soupçonnée d'avoir occis son mari), il en reste un site archéologique splendide. Ici a été retrouvée une dalle précisant les taxes prélevées jadis sur toutes marchandises transitant par la cité, qui en devint très riche. Les Syriens en contact avec le flot des touristes l'ont remis au goût du jour, sans se gêner d'arnaquer le routard impécunieux !

 

Et enfin Damas, actuelle capitale et l'une des plus vieilles cités du monde. Sa mosquée des Omeyyades, grandiose, espace de vie loin de l'intégrisme religieux, au coeur de la vieille ville où il faut s'y perdre. Ses légendaires souks, espace public de socialisation. Et comme souvent en pays arabe, la richesses des demeures est cachée par leurs hauts murs aveugles, notamment de splendides patios. Heureusement que les maisons restaurées converties en restaurants nous permettent d'imaginer leur splendeur. C'est pourquoi je me suis obligé à des visites de palais fastueux tel, entre autres, que celui d'Azem, un pacha au goût sûr. Alors que je déambulais dans un des cimetières musulmans de Damas, voilà qu'apparut un cercueil transporté par une horde d'hommes. Mais le plus étrange, c'est qu'il n'y avait que des hommes dans ce rite funéraire. Aucune femme !!! Quant à la nuit damascène, elle offre un spectacle magique depuis le restaurant en hauteur du Cham Palace (je ne me refuse rien) : une constellation étincelante due aux habitations accolées au mont Qassioun, atteignant bientôt son acmé.

 

La visite de riches musées et la promenade dans de somptueux et émouvants sites archéologiques font naître en moi une terrible question : qu'est-ce que les générations futures retiendront de notre époque ? C'est sous un ciel agréable (aucune pluie et des températures oscillant entre 22 et 30 degrés mais les nuits peuvent être fraîches) que mon esprit cogite afin de trouver réponse à cette interrogation. En parlant de météo, la sécheresse explique aussi le pourquoi des peaux prématurément abîmées avec lesquelles doit composer la gent féminine (hélas, trois fois hélas, la femme syrienne restera pour moi un mystère).

 

Pour terminer, laissez-moi vous conter une journée ici en Syrie afin de vous faire comprendre combien riche peut être le voyage. Mhamed, un chauffeur de taxi, ingénieur en mécanique de son état, chantait en m'emmenant matinalement au "garaj" (la gare routière). J'ai ensuite fait le voyage en "hop hop" (les minibus syriens) avec entre autres un couple français la cinquantaine qui gère une maison d'hôte près d'Albi (ils désirent vendre leur bien afin de voyager un minimum de 2 ans et s'installer quelque part de par le monde), couple que j'ai retrouvé au village et avec qui j'ai mangé à midi. À peine arrivé, l'accueil des nonnes voilées du Monastère de Sainte Thècle fut cordial; j'y ai logé une nuit dans une chambre nickel (et bon marché). Le village de Ma'Aloula est niché à 1650 mètres d'altitude dans une superbe falaise surplombant une vallée fertile qui se laisse découvrir à pied, au calme. Sur les hauteurs, se niche un autre monastère, qui chapeaute une des plus anciennes églises chrétiennes, celle de Saint Serge, où il m'a été donné d'entendre le Notre Père en langue araméenne, la langue du Christ. Ma'Aloula est en effet un des trois derniers villages où cet idiome est encore parlé ! En sortant de l'église, je croise un camping-car... français, déjà entrevu à Palmyre ! Et en buvant un thé, me voilà à table avec deux pèlerins chrétiens faisant le voyage jusqu'à Jérusalem, à pied ! Enfin, le soir en rentrant au monastère, voilà la Mère supérieure animer une cérémonie où elle chantait à m'en remuer le cœur.

 

La Syrie, berceau du christianisme oriental, que je quitte demain, aura incontestablement été une fort agréable surprise dans la partie arabe de mon périple. Autre surprise aura été d'apprendre que Damas produit un excellent chocolat. Mais c'est aussi un pays touché par des sujets modernes qu'èvoquent des feuilletons TV. N'hésitez donc pas à la mettre dans votre propre agenda des vacances, malgré l'autoritarisme du régime baasiste qui limite la liberté d'expression et commet encore de nombreuses exactions. Ma seule dolèance : ne pas parler arabe afin d'enrichir les nombreux contacts que recherchent les Syriens au quotidien. Un pays que je quitte avec regret, expiration du visa oblige. En route pour la Jordanie :-)

 

Dimashq\Damas, le 29 novembre 2010.

 

 

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Par Marco del Rugo - Publié dans : Voyages
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Jeudi 4 novembre 2010 4 04 /11 /Nov /2010 20:00

Ami(e)s de mes péripéties, Bonjour !

 

Il y a trois cités antiques bâties sur sept collines : Rome, Istanbul et Antioche. Originaire de la première, j'ai transité par la seconde et vous écris depuis la dernière.

 

À peine franchie la frontière irano-turque, on ne peut qu'être frappé par le nombre d'enfants très jeunes obligés de travailler dans l'économie informelle (j'ai d'ailleurs visité un atelier où de jeunes filles kurdes apprennent à tisser des tapis de valeur, projet soutenu par l'Union européenne). La Turquie n'a été pour moi qu'un pays de transit éclaır. Du Mont Ararat (dont le sommet éternellement enneigé culmine à plus de 5000 mètres), où le temps s'est quelque peu rafraichi, je suis passé par Erzurum, centre culturel kurde de l'Anatolie, à 1700 mètres d'altitude, pour rejoindre Trabzon, à la réputation sulfureuse surfaite (c'est un port ancré dans la Mer Noire). La Géorgie s'est ensuite offerte à moi 12 heures de bus plus tard et un passage de frontière plus que folklorique. T'bilissi est sans doute la plus sympathique des capitales du Caucase, à l'offre culturelle abondante. On retrouve ici les signes distinctifs de l'orthodoxie religieuse (qu'il m'avait été donné de découvrir en Roumanie et à Prague). Ainsi des sombres popes barbus qui se promènent (toujours bien nourris) et des signes de croix bien particuliers faits par toute personne s'approchant d'une église (le signe de croix se termine en effet de droite à gauche et non de gauche à droite).

 

Par ailleurs, l'espace publique diverge de celui iranien. Ici, les filles peuvent mettre en relief leurs atours, un peu à la manière des Pragoises, avec de la tenue (ha le plaisir de retrouver des minijupes et des talons ou bottines). Difficile de rester insensible au charme des Géorgiennes, leur contrée jouxtant l'Ukraine qui, en la matière, est un pays de cocagne. Corollairement, la pauvreté rejette nombre de vieux dans la rue, à mendier, aspect inexistant en pays musulman. Une pauvreté qui fait office de miroir où se reflète ma situation de nanti (si moi je peux venir chez eux, le contraire est plus improbable).

 

Hébergé dans le vieux quartier, j'y déambulais lorsque je fus happé par la possibilité qui m'était offerte de bénéficier d'un massage dans d'anciens bains ottomans à l'architecture typique (un amas de coupoles). Me voilà dans une salle privée (chaque coupole représente une salle), plongé dans une eau bouillante sulfureuse, à attendre mon massage. C'est alors qu'entra un vieux Géorgien me mettant de suite à l'aise (j'étais tout nu). Ce fut divin, malgré mes craintes initiales, sauf qu'on pue l'oeuf pourri en sortant de cette eau bienfaisante ;-)  Chacun des pays visités s'exprimant dans un idiome différent, la communication orale n'est pas des plus aisées. D'où mon intérêt pour les spectacles sans parole à l'image du pantomime. Superbe était celui-ci. Muni d'un billet pour Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan, j'apprends au check-in qu'il n'est plus possible d'obtenir un visa à l'arrivée à l'aéroport ! Prompte décision a alors été prise de m'envoler pour Erevan.

 

Arménie mon Amour. Un pays protégeant son inestimable trésor littéraire ne peut être que mon ami. Il en va ainsi de l'Arménie qui préserve son héritage culturel au Matenadaran, l'Institut des Manuscrits anciens... Preuve de son amour des livres : la nomination de Yerevan comme World Book Capital 2012. Mais les paysages montagneux à eux seuls justifieraient le voyage (n'hésitez pas à voir ou revoir l'œuvre cinématographique des frères Taviani, Le mas des alouettes). Ce n'est pas que l'Arménie recèle des montagnes, l'Arménie est montagne ! Mais il y a aussi l'hospitalité des Arméniens, aussi grande que leurs conditions d'existence sont difficiles. J'ai pu l'expérimenter à GarniLudwig m'a invité chez lui après que j'aie visité le splendide temple gréco-romain. Sevan est une région splendide où un lac grand comme quatre fois le Léman est entouré de montagnes, certaines très hautes. À Goris, aux frontières du Haut Karabagh, région sensible, j'ai souffert du froid la nuit. C'est dans un état fébrile que je suis retourné à Erevan. Notez que cette petite ville est dotée d'un splendide théâtre en plein centre et nombre de rues sont à sens unique (toute comparaison avec Fribourg n'est pas fortuite). En revanche, sortıs d'Erevan l'anımée, nous pourrıons croıre qu'ıl y a un couvre-feu en provınce : des 20h, c'est mort dans les rues ! Encore peu développé, le tourisme dans ce pays meurtri (le génocide turc est dans toutes les mémoires) se conjugue avec les églises et monastères, très bien restaurés (mais peu fréquentés), n'en déplaise au catholicos d'Etchmiadzine, plus haute autorité de cette Église indépendante de Rome.

 

Les stigmates soviétiques sont encore présentes dans ces deux anciennes républiques d'URSS. Que ce soit dans l'urbanisme, la langue parlée ou encore le parc automobile. Afin de retrouver la chaleur du soleil, un vol vers Aleppo écourta mon séjour arménien. Et tant pis pour Bakou !

 

C'est à Alep que j'ai rencontré un couple fribourgeois d'amis voyageurs, Sabrina & François. Ce fut un séjour de repos, là même d'où provient le fameux savon, afin d'y laisser mon état fébrile. C'est une ville qui m'a charmé je ne saurais trop vous dire pourquoi. Mais le vieux quartier y est sans doute pour quelque chose, d'autant que j'y ai dormi deux nuits, au Dar Hallabia, ancıenne demeure restaurée.

 

Rien de très logique dans mes déplacements mais l'envie de Turquie était trop forte; cap donc au Nord, en Anatolie. Ce fut d'abord Antep l'Héroïque (Gaziantep), belle cité conjuguant son histoire à la modernité. On pourrait la surnommer Baklava City, la renommé de ces pâtisseries étant mondiale. Puis Urfa la Glorieuse (Saliurfa), qui abrite un superbe musée des mosaïques de Zeugma, ancienne cité romaine proche de là, ensevelie sous les eaux de l'Euphrate. Entre les deux, un paysage sec dévoyé à d'innombrables oliveraies. Mon séjour anatolien a pris fin avec Iskenderun, l'ancienne colonie française appelée Alexandrette, au bord de la Méditerranée, et enfin Antakya, au parfum arabe, la frontière syrienne étant toute proche.

 

S'ils n'ont pas la profusion d'amabilité propre aux Perses, reconnaissons au peuple turc une servitude spontanée; le Turc est probe (mais je n'en profite point pour faire mon satrape). Et avouons qu'il fait bon vivre dans les belles villes d'Anatolie, où un immense effort de restauration et d'embellissement des cités est entrepris. N'hésitez donc pas à venir en Turquie, en sortant des chemins touristiques convenus d'Istanbul ou balisés d'Antalya ! Pour ma part, je n'hésite pas à jouir des nombreux parcs au cœur des villes afin de m'adonner à mon passe-temps favori, la lecture, bercé par un soleil salutaire.

 

Mais la Syrie, le Liban, la Jordanie et l'Égypte ont encore tant à m'offrir, obvie  :-)

 

Antakya/Hatay, l'ancienne Antioche, le 4 novembre 2010.

 

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Par Marco del Rugo - Publié dans : Voyages
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Dimanche 24 octobre 2010 7 24 /10 /Oct /2010 16:00
Salâm (une dernière fois car j'ai quitté l'Iran) !

Piquante s'avère être la discrépance entre la perception de l'Iran que l'on peut avoir en Occident et la réalité vécue ici au quotidien. S'il est un qualificatif que l'on peut accoler au peuple iranien, c'est bien celui de "friendly". Jamais encore je n'avais rencontré en si peu de temps des gens aussi aimables. L'hospitalité semble en effet être une seconde nature en Perse. Hospitalité qui s'accompagne de l'indispensable thé (breuvage propre aux contrées orientales). Ici servi avec du ghand, du sucre en morceau qu'il s'agit de faire fondre dans la bouche en buvant le thé (ce qui se dit ghand palou). Ou bien encore avec du poulaki, sorte de sucre candy aromatisé. Le thé accompagne d'ailleurs souvent la cérémonie du qalyan, la célèbre pipe à eau aux exquises senteurs. Cette amabilité découle du târof, les "manières", des refus polis et mille remerciements faisant partie des us et coutumes perses. Ces nombreux contacts sont aussi l'occasion de me rendre compte que la Suisse est phantasmée. Lorsque je dis venir de Suisse, c'est comme si j'arrivais du Paradis ! Un chauffeur de bus n'a d'ailleurs pas voulu me croire car je ne portais pas de Rolex au poignet ;-)

Ceci dit, impossible d'échapper à ce qui frappe dans l'espace publique : le voile imposé aux femmes. Mais si l'on s'intéresse un tant soit peu à l'aspect sociétal de l'Iran, on constate que cette société se transforme profondément. Grâce surtout aux femmes qui exercent une révolte silencieuse (le premier mouvement féministe au Moyen-Orient y est né). Que ce soit à travers leur habillement, leur maquillage, la façon de porter le voile, parfois désinvolte, ou encore leur taux de fécondité (en moins de 30 ans, il est passé de 6 enfants à moins de 2, un record mondial), malgré les exhortations des mollahs. Remarquez que l'Islam, au contraire de la tradition chrétienne, n'a jamais condamné le plaisir charnel. Mais les impies, dont je fais partie, n'ont pas le droit de fertiliser les terres d'Islam ! Ceci dit, la rue aux femmes entchadorées n'est pas plus noire que celle occidentale. Et le tchador a le mérite de cacher les rondeurs ;-) En revanche, l'Iranienne ne se gêne pas de faire savoir qu'elle a subi une rhinoplastie : nombre d'entre elles se promènent un sparadrap au nez !!!

Seconde partie de mon périple en Iran placée sous le signe de ce que j'ai nommé le Triangle Ocre : Ispahan, Shiraz et Yazd. À Shiraz, la ville qui a donné son nom au fameux cépage vinicole, la grâce de l'Inattendu a frappé. Désirant me rendre au fameux Jardin d'Eram, métaphore du Paradis (terme persan), j'ai parcouru la ville à pied durant une heure pour apprendre qu'il n'ouvrait qu'à 15h (mon guide papier parlait de 14h). J'en ai tout de même eu un bref aperçu grillagé depuis l'extérieur; à croire que le Paradis me sera toujours refusé ;-) J'ai alors hélé un taxi et c'est Mehdi, 26 ans, qui s'est arrêté (en Iran, toute la population fait office de chauffeur de taxi pour arrondir ses fins de mois). Il devait me conduire à la gare routière afin que je me rende à Persépolis. Quelque échange verbal plus tard, le voilà qu'il décide de m'y amener directement, à 65 kilomètres de là (Persépolis  est un terme grec indiquant l'ancienne capitale de cérémonie, aux ruines pathétiques) ! Lui ayant fait remarqué qu'il ne disposait d'aucun autoradio dans sa vieille Kia Pride, il s'est alors mis à chanter, ce qui m'a enchanté. Nous avons donc visité ensemble ce site archéologique grandiose, édifié il y a 2500 ans par Darius Ier (le monarque, pas le présentateur de la TSR), lui parlant le farsi et moi lui répondant en français, ce qui nous convenait :-) Plus que les pierres que les spécialistes restaurent ou que les superbes bas-reliefs, deux autres aspects m'auront marqué. D'une part, l'avenue finale pour y arriver : elle est truffée de portraits de martyrs (la martyrologie est un thème largement exploité par le gouvernement religieux, suite à la "victoire" de la guerre Iran-Irak déclenchée par feu Saddam Hussein); les portraits des martyrs envahissent l'espace public (et leurs familles bénéficient d'aides financières). D'autre part, les étendues vertes sont nombreuses de par l'agriculture (champs de maïs et autres vergers). Ce qui n'est pas courant en Iran, exception faite des régions proches de la Mer Caspienne. Elles contrastent avec les montagnes chauves, perpétuellement ocres. Au retour, sous un coucher de soleil où tout mystique y aurait vu un signe de Celui qui Est, Mehdi m'a même offert une miniature de l'argh-e Karim Khan, vieille citadelle royale, emblème de Shiraz. Et il est resté sourd à mes sollicitations pour le dédommager ! Non, vraiment, lorsque frappe la grâce de l'Inattendu, les rapports humains d'une simplicité toute apostolique deviennent exceptionnellement riches. Par ailleurs, cela a aussi été l'occasion de voir des milliers de familles un peu partout, dans les parcs, en bordure de route, au milieu d'un boulevard arborisé... L'endroit compte peu, tant qu'un tapis peut accueillir la famille, noyau essentiel ici en Iran. On en voit même certains faire leurs prières. Et sur la route, on croise des camionnettes avec des chargements diversifiés, que ce soit des moutons (jamais de cochons, Islam oblige), des poules... ou une cargaison de femmes voilées ! Shiraz, c'est aussi la ville d'Hafez, poète vénéré bien au-delà du monde persan. Émouvante est la visite de son tombeau, où des milliers d'Iraniens viennent s'y prosterner, en touchant sa tombe. Certains sont en pleurs, d'autres ouvrent au hasard son recueil de poésies lyriques ou ghazal, Le diwan, y recherchant au hasard des pages une réponse à leur interrogation. D'autres encore déclament ses vers, une mosaïque de mots qui finit par former une véritable arabesque. On discerne là une très haute conception du savoir et de la sagesse; toute ville iranienne nomme ses rues du nom de ses poètes.

Précédemment, Yazd, au passé incorporé dans son architecture de pisé, m'a accueilli. C'est là le cœur du zoroastrisme, première religion à reconnaitre un dieu unique, Ahoura Mazda, symbolisé par le feu. Trois préceptes, inculqués par Zarathrousta, se doivent d'être appliqués : la bonne pensée, la bonne parole et la bonne action. Pour ma part, je me suis soigné d'un nouveau problème digestif, et là, Zoroastre n'y peut rien ! Quant à Bam, c'est la désolation ensuite du terrible tremblement de terre qui avait causé la mort de 30'000 personnes. L'ancienne ville, faite de terre, s'est effondrée, engloutissant avec elle la fameuse citadelle classée au Patrimoine mondial de l'Unesco. C'est dans cette région que j'ai eu droit à des escortes policières pour me protéger d'un improbable enlèvement. Ses contrebandiers sévissent, transportant de la drogue d'Afghanistan et qui s'en prennent parfois aux touristes de passage... J'ai fui, non par peur des trafiquants, mais parce que j'aime à voyager de manière indépendante; se promener dans une ville avec une voiture de flics me suivant en permanence, non merci !

Je vous parlais d'une rébellion à bord d'un bateau. Il faut dire qu'au lieu des deux heures d'attente, c'est six heures que nous avons patienter. Vous comprendrez dès lors que les passagers se sont quelque peu énervés lorsque le capitaine nous a fait savoir que nous ne pouvions pas tous monter à bord, trop de billets ayant été vendus ! Quelques engueulades plus tard, nous avons pu prendre place parterre. Tout cela pour me rendre à Kish, une île où j'ai souffert de la moiteur et qui ne vaut pas vraiment la peine que j'en parle, toute vitrine d'un tourisme moderne que le gouvernement iranien veut en faire.

On dit les turcophones encore plus hospitaliers que les Fars. Cela s'est avéré exact. À peine arrivé à Tabriz, au Nord, me voilà pris en charge par Babak, chauffeur. Désirant mieux communiquer avec moi, il s'est précipité dans une librairie afin d'acheter un vocabulaire azéri-anglais (ce qui influençait sa trajectoire car il ne de gênait pas de le lire en conduisant) ! Comme le consulat azéri était fermé pour cause de jour férié, il m'a proposé de m'inviter à dîner chez lui. Et c'est toujours un plaisir pour le touriste que je suis de découvrir non seulement les maisons des autochtones (aux pièces immenses) mais leur manière de vivre. J'ai ainsi savouré l'intimité d'un intérieur iranien. Babak vit avec sa jeune épouse de 17 ans (lui en a 29), sa sœur de 15 ans et son père de 60 ans (il y avait encore Arash, un jeune cousin fils de Mollah musicien). Là encore, la communication verbale était mise au second plan (Babak a vite abandonné son bouquin de traduction). Et le père, Akbar, de me montrer les dégâts causés sur son corps par les armes chimiques qu'ont utilisé les Irakiens durant la guerre Iran-Irak, armes chimiques vendues par les Occidentaux... Comme ils habitent les faubourgs de Tabriz, nous avons ensuite visité le cimetière où reposent entres autres les martyrs de cette guerre meurtrière. J'ai eu droit aux explications émues du père, en v.o. non sous-titrée ;-) Et tout à coup, il s'est effondré, en pleurs. Preuve, s'il en était besoin, que la guerre cause des ravages profonds, tant physiques que psychologiques. C'est dire l'émotion de la journée. Le lendemain, je l'ai également passé avec Babak. Visite de Kandovan, village troglodyte. Il conduit une Paykan, qui est à l'Iran ce que la Trabant était à la RDA; sauf qu'elle consomme 18 litres aux 100 km (mais avec un litre d'essence à CHF 0,10, cela ne compte pas dans ce pays producteur de pétrole) !

Par ailleurs, en voyageant de long en large dans cet immense pays, on se rend vite compte qu'il ne recèle que des minorités : il y a les Fars bien sûr, mais aussi les turcophones au Nord (Azéris et Turkmènes), les Kurdes à l'Ouest, les Baloutches au Sud-Est, les Arabes au Sud, sans parler de quelques chrétiens, juifs, zoroastriens et baha'is, communauté pacifique dont les droits sont niés. Voilà. À Tabriz, devant l'impossibilité d'obtenir un visa pour l'Azerbaïdjan voisin, j'ai donc quitté l'Iran pour l'extrême Est de la Turquie. Je retiendrai que l'Iran de 2010 est bien loin de l'hédonisme individuel, de l'autonomie permissive. C'est un pays devenu ténébreux, celui de l'interdit religieux. Interdit qu'essaie de braver malgré tout la jeunesse. Le drame, c'est que tous les jeunes que j'ai rencontrés désirent émigrer ! Alors que moi, accompagné du seul Rugolino, ne suit pas pressé de reprendre terre en Occident, d'autant qu'en Iran le temps a toujours été clément.

24 octobre 2010, envoyé depuis Erevan, capitale de l'Arménie.
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Jeudi 30 septembre 2010 4 30 /09 /Sep /2010 15:15
Salam à vous tous :-)

Voilà, voilà. Plus de job, plus d'appart'. Les amarres sont larguées : moi qui apprécie le Sud-Est asiatique, me voilà à parcourir cinq mois durant d'autres contrées, celles du Moyen-Orient, histoire de me frotter encore et toujours à l'altérité.

Se lever à Byzance, flâner à Constantinople et s'endormir à Istanbul ! Seule la temporalité distingue ce même lieu. Istanbul fut donc ma première étape, reposante. À peine arrivé à l'hôtel, voilà que je trouve deux passeports et une somme de CHF 1'000.- en lires turques oubliés dans le coffre de la chambre ! Mon éducation étant ce qu'elle est, le tout a été rapporté à la réception :-) Ont suivi les visites d'usage de Sainte Sophie, de la Mosquée Bleue (osons l'écrire, toute mosquée bien fréquentée laisse un souvenir olfactif pédestre), du Palais Topkapi (et son splendide harem), sans oublier l'animé quartier de Beyoglu. En tant que Capitale européenne de la Culture 2010, j'aurai honoré deux centres d'art contemporain (où l'esprit est souvent aiguillonné), le Santralistanbul, installé dans une impressionnante centrale électrique, et l'Istanbul Modern, bordant le Bosphore. Mythique fleuve traversé en ferry afin de mettre le pied sur la côte asiatique, bien différente de l'européenne.

Lorsque le profane convoque le sacré, c'est la mécréance qui s'invite ! Ainsi de cette parodie de cérémonie où le seul moteur des derviches-tourneurs est le tourisme et ses devises. Istanbul, ville-palimpseste, mérite mieux que cela. Goinfré de baklavas (ne le dites pas à mon diabétologue), je l'ai quittée pour Téhéran, la capitale honnie.
IranianGirl
Bienvenue en Iran (khoch amadi, et moi de répondre khoch bakhtam, enchanté). Arrivé à l'aéroport, j'allais vite comprendre l'utilité des scanners à la sortie, passage obligé de tout bagage : il s'agit de traquer toute marchandise interdite aux yeux de la charia... et l'alcool qu'essaient de faire passer en douce certains Iraniens en fait partie. Devant l'océan de grisaille qu'offre à première vue Téhéran, comme une femme qui cache sa beauté sous son voile, je décidai de partir prestement pour Qom, le Vatican du chiisme. Yussef, un étudiant en théologie, s'est spontanément proposé de me faire pénétrer le cœur de ce haut-lieu de pèlerinage (le mausolée de la sœur du 8e imam est somptueux). L'intérieur, habituellement interdit aux non-musulmans, m'aura permis de prendre conscience de la grande ferveur des musulmans (des Iraniens en pleurs en mettant leur main dans le saint des saints).

RezaUne fois à Kashan, plus au Sud, c'est Leila qui m'aura retenu deux jours. Rencontrée dans une fastueuse demeure historique de l'époque qadjare, elle m'a proposé d'animer en fin de journée les cours d'anglais qu'elle donne à de jeunes Iraniens. Garçons et filles voilées mélangés, ce sont des jeunes avides du monde avec qui j'ai échangé, malgré leur timidité initiale. Le cours s'est terminé par l'écriture au tableau de "I love you" dans diverses langues européennes. C'est dire ce qui anime la jeunesse adolescente du monde entier ;-) Le lendemain, je fus invité dans la famille de Reza, le directeur de l'institut de langues. En dehors de manger à même le tapis, survivance du nomadisme de jadis, j'ai su alors ce que signifiait être hôte en terre persane ! La poésie persane l'exprime ainsi : "À l'arrivée des invités, ma maison s'est illuminée". Une hospitalité bien éloignée des diatribes d'un Ahmadinejad (un SMS devait m'annoncer le décès du père de Reza quelques jours plus tard, Paix à son Âme).

Avant de rejoindre la légendaire Ispahan, le village ocre d'Abyaneh, bâti à flanc de montagne, fut une halte bienvenue. L'Unesco ne s'y est pas trompé en insérant cet endroit charmant au Patrimoine mondial de l'humanité. Ce qui frappe le pérégrin en se déplaçant entre les villes iraniennes, c'est qu'elles se trouvent entre des terres semi-désertiques (un désert bien différent du Sahara et ses dunes de sable, mais tout aussi aride). C'est donc en cheminant sur d'anciennes routes caravanières chères à Marco Polo, pistes maintenant goudronnées, que je suis arrivé à Ispahan, "la ville bleue", sans doute la plus belle des cités iraniennes.

Arash.jpgEt c'est Arash qui m'a abordé alors que je recherchais un restaurant indien (qui n'existe plus). Donnant lui aussi des cours d'anglais, il s'est proposé de me faire visiter sa ville le lendemain. Mais c'est un autre Iran qu'il m'a fait découvrir le soir, celui de la jeunesse se moquant bien des interdits religieux prônés par cette République des mollahs. Ayant obtenu de l'alcool dans le quartier arménien (les chrétiens ont le droit d'en posséder), il fallait le voir en verser dans la Moussy locale (l'arak sagui, tord-boyau local, signifie littéralement l'arak du "chien"). Et me voilà embarqué bien malgré moi avec trois autres jeunes la vingtaine, tous alcoolisés, y compris le chauffeur qui possédait une Hyundai flambant neuve. L'alcool et l'opium sont devenus des exécutoires dans ce pays dominé par les tabous et la religion. Tous les ingrédients de l'accident étaient réunies. Et l'accident arriva ! Disons que l'état de la voiture nous a permis de repartir sans devoir expliquer les choses à la police...

Le lendemain, Arash était néanmoins au rendez-vous. Joyau de la Perse musulmane, la somptuosité de l'immense Place de l'Imam vaut à elle seule le voyage. On sent là la prégnance de l'héritage impérial. Ispahan, dont le seul nom vibre aux oreilles des amateurs des contes des Mille et une Nuits, possèdent également de superbes ponts, à l'image de celui des Trente-trois arches, féerique, ou encore le Khadjou où était jadis écrit en farsi : "Le monde est un vrai pont; traverse-le. Pèse et mesure tout ce qui se trouve sur le passage." Sous les arcades, j'ai d'ailleurs eu le bonheur d'assister matinalement à des joutes poétiques entre vieux chanteurs qui se répondaient. Cependant, avec Arash, j'aurai pris conscience nolens volens qu'une bonne partie des Iraniens, et les jeunes en masse, exècrent le régime théocratique qui a confisqué la Révolution de 1979. Ce gouvernement religieux, au réflexe obsidional, a édicté les interdits propres à la charia. C'est notamment le cas de l'interdiction absolue de l'alcool. La chose est piquante sachant que les souverains de la dynastie des Safavides étaient jadis des buveurs de vin, amateurs de poésie et protecteurs des arts. D'où cette ancienne blague : avant la révolution (islamique de 1979), on buvait dans la rue et on priait à la maison. Maintenant, c'est le contraire :-) Mais l'habit ne fait pas le mollah (religieux portant turban) ! Alors que le Perse a le salut facile (salam), jamais un mollah ne m'aura salué jusqu'ici.

Nouvelle journée avec Arash où j'ai pu me rendre compte de l'oisiveté iranienne. Comme le taxi passait devant un des plus réputés glaciers de la ville, voilà Arash demander de s'arrêter et nous commander trois glaces sannab ("à l'ancienne") parfumées au safran (un délice, d'autant si la glace est accompagnée des fâloudeh, vermicelles d'amidon noyées de jus de citron). Le chauffeur n'hésita pas à s'arrêter 10 minutes pour déguster sa glace en notre compagnie (précisons qu'en l'absence de compteur, le prix de la course avait été déterminé d'avance). Mais ce qui m'aura le plus marqué de la journée fut le massage épique obtenu dans un bain publique d'un autre temps. Sans entrer dans le détail, je puis dire qu'il fut très "masculin" (prodigué qui plus est par un masseur de 65 ans au sourire malicieux, la souplesse du bonhomme le disputant à la rudesse du massage). Et le soir, Arash de me réserver une surprise, et il y tenait : m'inviter chez lui. Grâce à une antenne "paradiabolique" (interdite donc), sa famille capte des centaines de chaînes TV qui lui donnent à voir un monde qu'il envie, bien différent de son quotidien. J'ai d'ailleurs dû les choquer car, contrairement à eux, je ne buvais ni ne fumais ! Me sachant Italien, sa mère a cru bon me cuisiner des spaghettis ! J'ai avidement terminé l'assiette, au contenu trois fois supérieur au leur, avant d'être resservi à deux reprises ! Gloups ! Et ce n'était là que le premier des trois plats !!!

La cuisine iranienne, méconnue, met les papilles en alerte : elle se caractérise par un choix pantagruélique de plats. Mais c'est une cuisine casaniere dont les restaurants publics rendent peu honneur. Et comme souvent durant mes voyages, l'hygiène étant différente, mes premiers émois stomacaux ont eu lieu à Yazd, "perle du désert". Mais une technique bien particulière, technique que je me garde bien de vous préciser afin de vous en éviter, des émois stomacaux, m'a permis de continuer le chemin (une technique complétée par l'indispensable magnesia San Pellegrino chère à ma mamma).

Voilà pour l'heure. Et dire que toutes ces aventures auraient pu ne point se dérouler : l'impéritie du consulat syrien de Genève a failli m'empêcher de partir ! Mais un réseau d'amicale solidarité s'est mis en place (je témoigne ici une infinie reconnaissance au facteur de Forel et à M. Frasse de Boscus Sardou, ce dernier ayant écourté sa nuit de noce pour m'amener mon passeport sur le quai de la gare à Lausanne).

C'est de Kish que je vous écris, îlot situé dans le détroit d'Ormuz, en face des Émirats Arabes Unis, seule île iranienne à accueillir des estivants balnéaires. Il fait chaud (et c'est peu dire). Il y a d'ailleurs eu eu rébellion à bord du bateau, mais ceci vous sera conté ultérieurement, brevitatis causa ;-)

8 mehr 1389 selon le calendrier iranien calqué sur la mort du Prophète, soit le 30 septembre 2010.

Vous trouverez quelques photos dans ma Galerie Photos.
D'autres nouvelles sur Facebook ou encore la page dédiée aux aventures de Rugolino au Moyen-Orient.
Par Marco del Rugo - Publié dans : Voyages
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Vendredi 17 septembre 2010 5 17 /09 /Sep /2010 15:25

image0-2010-09-17-17-52-45--0430Avant que je ne compose mon premier message d'Iran, voici une annonce publicitaire ! Si d'aventure vous échouerai un jour dans la région de Kashan, je ne puis que vous conseiller Mlle Leila Sabbaghi (c'est la fille à gauche, habillée des habits traditionnels du village d'Abyaneh). Guide anglophone haute comme trois pommes, elle saura vous faire apprécier la région, de Qom à Ispahan (Kashan et ses somptueuses maisons historiques, Niasar et sa rafraichissante cascade, Abyaneh, village préservé faisant partie du Patrimoine mondial de l'Unesco ou encore Qom et son sanctuaire sacré). Et qui sait si vous finirez comme moi dans un de ses cours d'anglais, à échanger en anglais avec ses jeunes étudiants avides du monde, ou encore invité chez sa famille de son patron (vous saurez alors ce que signifie l'hospitalité persane)... Si donc vous voyagez en Iran, n'hésitez pas à la contacter : Miss Leila Sabbaghi, Kashan (Iran) mobile phone : +98 91 32 60 88 39 mobile phone : +98 938 7 54 52 78 Email : sabbaghil@yahoo.com

Par marco on the road - Publié dans : Voyages
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Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /Août /2010 18:00

Courriel envoyé ce jour aux TPF - Transports publics fribourgeois

Madame, Monsieur,

En tant qu'utilisateur quotidien des bus en ville de Fribourg, permettez que je vous conte la fort désagréable mésaventure survenue vendredi 27 août 2010, à 17h12, au terminus de la ligne 3 du Jura. Alors que j'étais dans le bus immatriculé FR 300'438, une dame, de moi inconnue, essayait péniblement d'obtenir un billet auprès de vos automates dont la complexité est devenue source de nombreuses railleries. Afin que le bus ne parte point sans elle, j'ai donc appuyé sur le bouton d'ouverture des portes. Alors que le billet était en cours d'impression (je l'ai vu sortir), le conducteur a mis en route son véhicule n'attendant pas l'usagère désemparée.  Croyant qu'il ne l'avait pas vue, je lui ai demandé, de loin, d'attendre. Comme il continuait à appuyer sur la pédale des gaz, j'ai rejoint l'avant du véhicule en le rendant attentif à la présence de cette personne dont la seule envie était de rejoindre le bus.
Ce chauffeur, vraisemblablement de langue suisse allemande, n'a rien voulu savoir, arguant d'un horaire à respecter. Je l'ai alors rendu attentif au service qu'il se doit de rendre aux clients de votre entreprise. Arrivé au feu rouge à hauteur du minigolf, à mon grand étonnement, il m'a prié de sortir ou de me taire. Il n'avait que faire de quelconques arguments. Fort étonné de cette réponse qui trahissait un caractère des plus obtus, je l'ai assuré de ma volonté de rester dans le bus. C'est alors qu'il a mis sa main sur ma joue (sans que son geste puisse être considéré comme une giffle). Mon étonnement crût de plus belle. J'ai alors exigé qu'il me donne son nom, chose qu'il a refusé de faire, me demandant à nouveau de sortir. Tout cela arriva de manière fort rapide puisque le feu se mit au vert.
Toute cette histoire m'a stupéfié car j'entretiens de bons rapports avec les divers chauffeurs que le hasard de vos horaires me donne à côtoyer. Il ne s'agit pas de jeter la pierre sur cet obscur personnage. Ce courriel a pour seul but de vous rendre attentifs à la formation qu'il y a lieu de leur proposer. Et au besoin de rappeler à ce chauffeur en particulier les règles de la bienséance. De par mon activité professionnelle, je sais cependant le stress induit par la productivité exigée par les employeurs dans une société qui se veut toujours plus productive. Peut-être est-ce ce stress qui explique son comportement...
Voilà. Je vous remercie d'avance de l'attention que vous ne manquerez pas d'apporter à la présente. Puisse l'utilisation des bus rester conviviale en ville de Fribourg, cité à taille encore humaine.
Bien à vous.
Par Marco del Rugo - Publié dans : Commentaires
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Mardi 13 juillet 2010 2 13 /07 /Juil /2010 22:00
 
coffretkiarostami.jpg Et voilà qu'une indicible expérience cinématographique prend fin, avec le visionnement de six films du cinéaste iranien Abbas Kiarostami, issus d'un coffret DVD édité par MK2.

Un réalisateur qui questionne plus qu'il ne donne de réponse. Avec des perles primées au Festival de Cannes (Au travers des oliviers et Le goût de la cerise) et à la Mostra de Venise (Le vent nous emportera).

Le film Ten quant à lui ravira tous les défenseurs de la cause féminine. Se déroulant entièrement dans une voiture, véhicule qui fait office de caisse de résonance de tous les soucis quotidiens, la liberté des femmes persanes se mesure à l'aune du degré de serrage de leur voile autour du visage ! Le coffret se termine par un documentaire tourné de manière originale par l'auteur, dans une voiture, encore et toujours, 10 on Ten, véritable leçon de cinéma par un autodidacte.

A retenir, cette blague tirée du film Le Goût de la cerise, contée par un vieux passager, le dernier à entrer dans la voiture du héros suicidaire :
Un Turc va chez le médecin. Il lui dit : "Quand je touche mon corps avec mon doigt, j'ai mal. Quand je touche ma tête, j'ai mal, mes jambes, j'ai mal, mon ventre, ma main, j'ai mal." Le docteur l'examine, puis lui dit : "Votre corps n'a rien, mais votre doigt est cassé !". Cher Monsieur, ton esprit est malade mais toi, tu n'as rien. Change-toi les idées !
abbas.jpg

Présentation du cinéaste par Arte, une des rares chaînes TV à le programmer !
Fiche de présentation du site AllôCiné
Biographie du site culturel Evène
Interview sur le site de l'éditeur
Diverses vidéos

Par Marco del Rugo - Publié dans : Cinéma
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