J'avoue ne pas avoir mis à disposition mes plus belles vidéos sur le net car cela demande du temps ! Néanmoins, voici une fonction sympa permise par DailyMotion, le JukeBox. En attendant que j'alimente mon compte... Bon visionnement à vous !
Stèles
Victor Segalen
Mon classement : *
J'avoue être hermétique à la poésie. Ce qui explique le temps qu'il m'aura fallu avant de lire le recueil de Victor Segalen, Stèles, bouquin reçu d'un collègue à Noël 2004 (cela change des pots de Nutella). Celui qui m'a offert ce cadeau a sans doute pensé que j'étais un exote (néologisme forgé par Victor Segalen), "voyageur idéal éternellement étranger et inlassablement xénophile". Dans un de ses poèmes, il donne d'ailleurs des Conseils au bon voyageur : Repose-toi du son dans le silence, et, du silence, daigne revenir au son. Seul si tu peux, si tu sais être seul, déverse-toi parfois jusqu'à la foule. Moi qui aime être seul, ce texte me parle; ainsi, j'aurai pu écrire comme lui que je n'ai point [...] d'exploits à accomplir. Pour régler ma vie singulière, je me contemple seul en mon ami quotidien.
Comme le précise en préface Pierre-Jean Remy, Victor Segalen a poursuivi sa vie durant le dialogue entre le Réel et l'Imaginaire. Non qu'il parle exclusivement de la Chine, mais la Chine l'aura inspiré dans la création de Stèles. Pour preuve, ce texte qui reflète la soumission confucéenne du peuple chinois : Du Père à son fils, l'affection. Du Prince au sujet, la justice. Du frère cadet à l'aîné, la subordination. D'un ami à son ami, toute la confiance, l'abandon, la similitude. D'ailleurs, voici comment il parle d'un ami : Celui que j'ai fait Noble de mon amitié et ailleurs de préciser : O fourberie d'une amitié parfaite.
Extraits et tournures appréciés :
[...] jusqu'aux symboles nus courbés à la courbe des choses.
Attentif à ce qui n'a pas été dit; soumis par ce qui n'est point promulgué; prosterné vers ce qui ne fut pas encore
[...] la Raison qui est une
Le Sage dit : Etant sage, je ne me suis jamais occupé des hommes
Ceci ne vaudrait pas un exergue, à peine d'être dit
[...] honorons [...] le temps dans sa voracité.
La mort est fort habitable.
Par respect de l'indicible [...]
Tout ce qui peut se faire [...] nous l'avons fait.
[...] ne t'en va point de moi que tu habites
J'y ai appris de nouveaux mots (dico) :
Des rangées de monts lancéolés
Ils laissent un cartouche où s'inscrit la dévolution
Des points interlopes
Sans commentaires ni gloses inutiles
Ces ors que la pluie lave
Je n'ai pas obtenu le jappement de l'eau pure et profonde
Inabreuvé, toujours penché, j'ai vu, oh ! soudain, un visage
Deux mondes s'abouchent ici
Toute la Mongolie-aux-Herbes déploie son van au bord de l'horizon
La moire de tes veines
Hormis l'incuse nécessaire à ton creux
La Conquérante aux âpres remparts, aux redands
Belles cavales de toutes les couleurs : celle-ci pourpre et aubère-rose
En savoir plus sur Victor Segalen en consultant Wikipedia ou alors le site de la Poésie francophone, Anthologie. Il y a également le site de l'Association Victor Segalen. Magie de l'internet, vous pouvez lire le texte intégral de Stèles en cliquant ici et celui de Equipée en cliquant là.
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Que l'éditeur me permette de reproduire ici trois poèmes in extenso, ceux qui m'ont le plus touché :
Pour lui complaire
A lui complaire, j'ai vécu ma vie. Touchant au bout extrême de mes forces, je cherche encore à imaginer quoi pour lui complaire :
Elle aime à déchirer la soie : je lui donnerai cent pieds de tissu sonore. Mais ce cri n'est plus assez neuf.
Elle aime à voir couler le vin et des gens qui s'enivrent : mais le vin n'est pas assez âcre et ces vapeurs ne l'étourdissent plus.
Pour lui complaire je tendrai mon âme usée : déchirée, elle crissera sous ses doigts.
Et je répandrai mon sang comme une boisson dans une outre :
Un sourire, alors, sur moi se penchera.
On me dit
On me dit : Vous ne devez pas l'épouser. Tous les présages sont d'accord, et néfastes : remarquez bien, dans son nom, l'EAU, jetée au sort, se remplace par le VENT.
Or, le vent renverse, c'est péremptoire. Ne prenez donc pas cette femme. Et puis il y a le commentaire : écoutez : "Il se heurte aux rochers. Il entre dans les ronces. Il se vêt de poil épineux..." et autres gloses qu'il vaut mieux ne pas tirer.
Je réponds : Certes, ce sont là présages douteux. Mais ne donnons pas trop d'importance. Et puis, elle est veuve et tout cela regarde le premier mari.
Préparez la chaise pour les noces.
Ordre au soleil
Mâ, duc de Lou, ne pouvant consommer sa victoire, donna ordre au soleil de remonter jusqu'au sommet du Ciel.
Il le tenait là, fixe, au bord de sa lance : et le jour fut long comme une année et plein d'une ivresse sans nuit.
Laisse-moi, ô joie qui déborde, commander à mon soleil et le ramener à mon aube : Que j'épuise ce bonheur d'aujourd'hui !
Las! il échappe à mon doigt tremblant. Il a peur de toi, ô joie. Il s'enfuit, il se dérobe, un nuage l'étreint et l'avale,
Et dans tout mon coeur il fait nuit.
Histoire couleur terre
Kim Dong-Hwa
Mon classement : ** - Commentaire :
Pour qui, comme moi, est déjà allé en Corée, les manhwas (la BD coréenne) de Kim Dong-Hwa, auteur d'une rare sensibilité, permettent de s'y replonger à moindres frais ;-)
Jeunes ou vieilles, les femmes sont des créatures bien étranges. A chaque pluie de printemps, leur curiosité devient un peu plus grande. Avec une telle
entrée en matière, je ne pouvais passer à côté de ce coffret contenant les 3 tomes d'Histoire couleur terre, chronique de la vie dans la campagne coréenne. Histoire d'une jeune veuve et sa fille,
cette dernière étant confrontée à l'éclosion de sa féminité. L'auteur y distille savamment les anciennes traditions coréennes. Grâce au travail de la traductrice, on y apprend également quantité
d'expressions locales comme celle-ci : Tout le monde sait que tu es aussi endurant qu'un moineau (l'équivalent coréen de l'expression "rapide comme un
lapin") à laquelle la veuve répond, taquine : Hélas, un moineau n'a pas le bec qu'il faut pour boire dans une carafe.
Lecture jouissive, avec l'agrément d'un dessin au trait subtil, pour adultes (quoiqu'une adolescente puisse y trouver source d'inspiration poétique).
4e de couverture
Histoire couleur
terre se singularise par une poésie lancinante et douce, un romantisme tendre et touchant, une sensualité dans le jeté du trait et un humour ironique et léger à l'égard des choses de la vie. Ici,
l'auteur invente quelque chose d'intermédiaire entre l'Asie et l'Europe : une histoire universelle qui parle à tous de l'amour.
Et voici un conte illustrant le triste sort de la femme coréenne, jadis (tiré du tome 2) :
Il était une fois une belle jeune fille qui était en âge de se marier.
Le jour de ses épousailles, sa mère lui donna le conseil suivant.
Fais comme si tu n'as rien vu, rien entendu et rien compris.
C'est le seul moyen de supporter la vie chez la belle-famille.
Obéissante, la jeune fille passa trois ans comme une muette.
Trois ans comme une aveugle, et encore trois ans comme une sourde.
Au bout de ces trois fois trois années, les persils donnèrent des fleurs.
Mais furieux d'avoir une brue muette, le beau-père décida de la renvoyer
chez elle. Alors que le palanquin se rapprochait de la demeure familiale,
un ri de faisan se fit entendre. La jeune femme s'écria alors.
"Oh, un faisan vient de s'envoler vers le bosquet."
Ravi de découvrir enfin le son de sa voix, le beau-père fit arrêter le palanquin.
Puis il ordonna aux valets d'aller attraper sur le champs le faisan.
Aussitôt dit, aussitôt fait.
"Rentrons immédiatement chez nous", déclara le beau-père.
De retour chez la belle-famille, elle fit cuire le faisan
au feu de bois et le distribua à la ronde. Voici pour vous les ailes,
cher beau-père, vous qui aimez tant vous donner de grands airs.
Voici pour vous le bec, chère belle-mère, vous qui aimez tant médire.
Voici pour vous les yeux, chère aïeule, vous qui aimez tant espionner.
Voici pour vous le croupion, cher aïeul, vous qui êtes sujet aux flatulences.
Voici pour vous la bile, chère belle-soeur, vous qui êtes sujet à la jalousie.
Voici pour vous les pattes, mon cher époux, vous qui n'êtes jamais là
quand on a besoin de vous. Et je garde pour moi le coeur,
car un trop plein de chagrin a fini par briser le mien.
Il n'existe pas de pire épreuve que la vie de la femme mariée.
Mes larmes ont fini par déteindre sur les dix pans de ma jupe.
Mes larmes ont finir par chiffonner les manches de mon beau corsage.
J'ai saigné
Blaise Cendrars
Mon classement : **(*) - Commentaire :
Ce court récit, le premier que j'ai lu de cet auteur suisse, est d'une puissance aussi forte que les méfaits de la guerre qu'il décrit. L'auteur écrit d'ailleurs que si l'esprit humain a pu concevoir l'infini, c'est que la douleur du corps humain est également infinie et que l'horreur elle-même est illimitée et sans fonds. Il précise que leurs hurlements égarés étaient plus ignobles que leurs chairs déchiquetées.
Le texte publié par les Editions Zoé dans leur collection MiniZoé, tiré de La Vie dangereuse, est un hommage à Mme Adrienne P... (qui s'appelait en fait Madame Berger). L'auteur écrit : Si je ne méprise pas absolument les femmes c'est que j'ai connu celle-là et rencontré deux, trois autres infirmières du même cran durant la guerre, qui toutes ont su payer de leur personne.
4e de couverture :
En 1938, celui qui publie son deuxième volume d'Histoires vraies, La Vie dangereuse, est connu et reconnu en tant qu'écrivain-reporter, aventurier au long cours: Blaise Cendrars fait partager à ses lecteurs des expériences vécues, il s'attaque à la réalité. Avec "J'ai saigné ", récit autobiographique du recueil La Vie dangereuse, Cendrars attire son lecteur au cœur du souvenir de Champagne, en 1915, dix jours après son amputation du bras droit. Sa vie lui a filé entre les doigts, mais il veut survivre. En 1938, alors que le carnage est prêt à recommencer, le poète témoigne de sa guerre, de sa peur de mourir et, de fait, de son humanité.
Postface de Christine Le Quellec Cottier
Extraits, tournures et expressions appréciés :[...] les séquences du 75 qui tirait à bouche que veux-tu [...]
Ils n'en foutent pas une datte.
[...] et il y a de la fesse. Quant à la becquetance, elle est fameuse. [...] Mais chez les curetons tu seras bien soigné. Ne t'en fais donc pas. T'es verni.
[...] la pénultème marche [...]
J'y ai appris de nouveaux mots (dico) :
La cour de la tréfilerie
Des hommes couraient se carapater entre les monceaux de ferrailles qui s'éboulaient en les ensevelissant
Des portefaix
Ces embusqués qui font des turlupettes auprès des Dames de France
Et le galonnard, ha, parlons-en, mon colonel !
Je suis vanné
Et tu pourras te pagnoter
- Espèce de ballot [...] Tu ne voudrais pas une cibiche
Jusqu'au toit dont je devinais les massives solives
Je perçus un frissoulis de robes
L'étage supérieur avait été aménagé en lazaret de sang
La neurasthénie
On lui eût désigné sa cagna
Son visage était hâve
En sortir le drain
Une dose massive de pantonpon
L'autoclave
La moustache d'amadou
Faire risette
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Les mondes d'Aldébaran - Cycle 2 Bételgeuse
Leo
Mon classement : **(*) - Commentaire :
Depuis tout petit déjà, je me suis intéressé à la BD grâce aux prêts de la bibliothèque communale ici à Fribourg. Iznogood et autres Astérix ont donc bercé ma jeunesse. A mon adolescence, mon ami Raoul m'a mis au contact d'autres auteurs comme Moebius et Schuiten & Peeters. Quelques années plus tard, mon neveu Caetano m'aura initié aux mangas japonais qui m'ont tout naturellement amené aux manhwas coréens.
Ô joie des jours chômés, j'ai eu l'occasion ce jour de me plonger dans le cycle 2 des mondes d'Aldébaran, Bételgeuse, du dessinateur et scénariste Leo. Et malgré les années qui passent, inexorablement, je me dois de constater le plaisir que je prends à lire des BD intelligentes. Cette série est une fantastique épopée humaniste et les créatures créées par l'auteur sont stupéfiants. Lecture recommandée s'il en est. Vivement le cycle 3 (Antarès) dont un premier album a été publié en avril 2007... Mais l'achat attendra car je compte lire d'une seule traite tout le cycle !