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Dimanche 30 avril 2006
L'humanité disparaîtra, bon débarras !
Yves Paccalet


Mon classement : ** - Commentaire :

La cupidité de l'espèce humaine m'incite à partager le pessimisme de l'auteur... et son humour aussi !

Fribourg, le 30 avril 2006

4e de couverture :
L'espèce humaine provoque des bouleversements irréversibles de son environnement. Notre avenir est aussi bouché que celui des dinosaures ! Peut-on encore espérer que l'Homo sapiens acquière enfin la sagesse dont il se rengorge, alors que toutes les grandes questions (pollutions, saccages des terres et des mers, climats, nouveaux virus...) sont négligées ou méprisées ? D'où vient cette folie suicidaire ? De ce que l'homme est un grand singe égoïste. Il obéit à trois pulsions : sexuelle, territoriale et hiérarchique. Sa soif de domination le pousse à tous les crimes, y compris contre lui-même... Guerre nucléaire, climats en folie, empoisonnement de l'air et de l'eau, nouvelles maladies... Tout cela sera très drôle. Et après ? Rien... La vie créera de nouvelles espèces jusqu'à ce que le Soleil brûle définitivement la planète, dans environ un milliard d'années.
Un essai d'humour noir... à la fois provocant et désespéré. Yves Paccalet, philosophe et écologiste engagé, mais aussi enragé, nous met face à nos fatales incuries.

Extraits et tournures appréciés (ou vérités qui font mal en l'espèce) :

J'y ai appris de nouveaux mots :
grégaire
engeance
les sylves originelles
des chancres
le trilobite
avec l'accent provençal, une belle cagade
Nous aimons nos reîtres, nos spadassins, nos soudards, nos uhlans, nos mercenaires
leurs épigones
la hideur
le rythme du collapsus...
lesquels nous accompagnent en tant que commensaux
un brouillard méphitique
au pire, c'est un oxymoron

Les seuls titres des chapitres sont édifiants :
Un barbare à deux pieds sans plumes
Nous sommes tous des papous
Dévorons nos bébés!
Quelque chose en nous d'un peu nazi...
Ah! Dieu que la guerre est jolie...
Treize bonnes raisons de mourir
Conclusion : Fin de partie

Le cancer de la déforestation envoie ses métastases dans la contrée...

Sur notre planète, les jours du géant vert sont comptés. L'énoncé du problème est simple : sachant que, dans quelques décennies, la sylve des Papous ne sera plus qu'un souvenir, à quelle autre forêt vierge allons-nous nous attaquer ? La réponse claque comme une gifle : aucune ! C'était la dernière.

L'humanité [...] fornique et accouche. Elle obéit à sa pulsion lapinesque; le
latiniste dirait : "cuniculesque". [...] Chaque seconde, trois
Homo sapiens tombent sur notre planète ahurie [...]

[...] la Modeste proposition... de Jonathan Swift. Elle consisterait à manger les nouveau-nés [...]

L'homme est le cancer de la Terre.

Comme dirait madame Evidence, non seulement rien n'a changé, mais c'est toujours la même chose.

Tous les hommes naissent libres et égaux en droit, à l'exception de la majorité d'entre eux.

Nous ne partageons que le superflu; et encore, à condition que cela se sache.

L'éthologie, la science des comportements (du grec
êthos, "moeurs", et logos, "discours"), fondée par Konrad Lorenz et Nikolaas Tibergen. [...] L'éthologie nous enseigne que, comme tout être vivant (de l'amibe au chêne, de la crevette au gorille), l'Homo sapiens obéit à trois pulsions principales : le sexe, le territoire et la hiérarchie. La reproduction, la possession et la domination.

Phrase que j'avais inscrite sur les murs de la Sorbonne, une nuit de Mai Soixante-huit : "Individualistes de tous les pays, restez-le !" J'adhère à ce slogan de mes vingt-trois ans.

Quarere fontes Nili ("Cherchez les sources du Nil") : ce proverbe latin résume la curiosité humaine; notre aptitude au rêve; notre envie de savoir. Désormais, la quête humaine risque de se résumer en un verbe : survivre !

L'eau est consubstantielle à la vie. Indispensable à l'homme, aux animaux et aux plantes. A l'industrie, é la production d'énergie et aux transports... L'eau des océans abonde, mais elle est salée. L'eau douce est rare (deux et demi pour cent de l'hydrosphère) et surtout solidifiée dans les calottes de l'Antarctique et du Groenland. L'eau douce liquide est rarissime (sept pour mille du total). L'homme en prélève environ cinq mille kilomètres cubes par an. Il en utilise (et en gaspille !) des quantités inégales selon qu'il est américain (sept cents litres par personne et par jour), européen (trois cents litres) ou africain (trente litres). Aujourd'hui, un milliard trois cents millions de nos congénères (un sur cinq) n'ont aucun accès à l'eau potable. Dans vingt ans, ils seront trois milliards (deux sur cinq). Avec des tragédies sanitaires...

[...] nous avons créé cette société de consommation qui nous rend si vaniteux; que nous appelons "progrès", et dont nous feignons de croire qu'elle est universellement partagée (en réalité, par un humain sur six) et qu'elle sera éternelle (en vérité, elle agonise). Goinfrerie, dépendance... Nous sommes drogués. En état d'addiction. Cet esclavage nous rend fous. Nous en voulons sans cesse davantage. Peu nous importent les conséquences. [...] Il faudra bientôt passer à la caisse.

Une autre illusion, créée et entretenue par les gros agriculteurs, est celle des "carburants verts", ou "biocarburants".
[...] Un calcul simple montre que, pour alimenter en biocarburants les moteurs des automobiles qui roulent aujourd'hui sur la surface de la Terre, il faudrait y consacrer la totalité des surfaces agricoles de la planète ! En vérité, il n'existe aucune autre solution au problème mondial de l'énergie qu'une diminution de notre consommation.

L'Homo sapiens se croit tout : il n'est rien. Je n'ai pas peur de ma mort : je redoute celle de mon espèce. J'y tiens encore un peu. Pas tous les jours, je le confesse... Je n'irais pas non plus donner ma vie pour tous les sujets qui la composent... je suis convaincu qu'elle s'éteindra en moins de temps qu'il ne lui en faudra pour apprendre à réagir de façon raisonnable. Je l'apostrophe dans ces pages : "Tu disparaîtras, bon débarras !" Mais son suicide me consterne. Quand je songe à mes enfants, je forme des voeux pour que le processus ne s'accélère pas trop.

La nature ne se trompe jamais.

[...] les dauphins [...] s'échouent en nombre croissant. On cherche à comprendre pourquoi. [...] on observe un effondrement catastrophique de leurs défenses immunitaires. Dû à quoi ? [...] Il est imputable aux pollutions humaines [...]

Quoique je trouvasse la viandasse fadasse
[...]

La premier qui dit la vérité expérimente ce que j'appelle le "paradoxe de Cassandre". La devineresse troyenne était haïe pour les malheurs qu'elle annonçait. Si je dois brosser un tableau du futur, je promets des désagréments (au contraire de l'astrologue). Si ces désastres surviennent, on m'en rend responsable : un vieux fonds de croyance magique attribue la cause du malheur à celui qui en parle. Le paradoxe de Cassandre s'énonce ainsi : supposons que je lance une alerte sur un risque. mes congénères m'écoutent et modifient leur conduite. Le danger est conjuré. Donc, j'ai eu tort; la situation n'était pas si grave; je ne suis qu'un poltron alarmiste; la prochaine fois, on aura raison de ne pas me croire !

L'analyse des microbulles d'air contenues dans les glaces de l'Antarctique nous l'a révélé : depuis le début de l'ère industrielle, nous avons fait passer le taux de CO2 atmosphérique de deux cent soixante-quinze à plus de trois cent cinquante parties par million. Une ascension brutale. Et qui continue...

Le sol toujours gelé de L'Antarctique (le permafrost) se met... à dégeler.

Les hommes pourront réfléchir à ce qu'il en coûte d'outrager la planète. S'il reste des hommes. Si notre espèce entière n'a pas été définitivement rendue à la mer, ce liquide amniotique de la vie.

[...] "développement durable" ne signifie rien de précis. Chacun y met ce qu'il veut, selon sa fantaisie et son intérêt... [...] la croissance indéfinie est impossible sur une planète aux ressources limitées [...]

[...] indicateur appelé l'"empreinte écologique".

En ce début de vingt et unième siècle, si tous les hommes consommaient comme les Européens, il ne nous faudrait pas moins de trois planètes pour satisfaire nos besoins. S'ils avaient le mode de vie américain, il nous en faudrait six. Question : où tournent les cinq planètes qui nous manquent ?

Si l'humanité s'éteignait, la vie continuerait sans elle et sans aucun problème. Nulle morale, là-dedans.

Jules Renard allait répétant que la vie est courte, mais qu'elle a des longueurs.



Biographie
d'Yves Paccalet. Vous pouvez aussi écouter son passage sur Recto-Verso, une émission de la Radio Suisse romande, en cliquant ici (avancer le lecteur RealPlayer jusqu'à la minute 8:18).

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par Marco Rugo publié dans : Lectures
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Mardi 25 avril 2006
Match du Monde en Asie du sud-est
no 8 du magazine Match du Monde


Mon classement : ** - Commentaire :

Indispensable à l'amateur du sud-est asiatique que je suis, lecture que je ne peux que vous recommander.

Fribourg, avril 2006



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Dimanche 23 avril 2006
Ma vie avec Mozart
Eric-Emmanuel Schmitt


Mon classement : *(*) - Commentaire :

Cet échange musico-épistolier confine à l'intime.

Lu d'une traite à Fribourg, ce dimanche 23 avril 2006, avec Mozart en accompagnement musical, ayant plus particulièrement apprécié le morceau 11 du CD audio accompagnant le livre (concerto pour piano no 21, andante)

4e de couverture :
Un jour Mozart m'a envoyé une musique. Elle a changé ma vie. Depuis, je lui écris souvent. Quand ça lui chante, il me répond, toujours surprenant, toujours fulgurant.

Extraits et tournures appréciés :

la moindre gavotte
quelque chose de probe
[...] des infirmières en galoches [...] les chariots chromés avec leur bimbeloterie
lorsque vaticine Bartolo
le chanteur peroxydé
son grand chambellan
distribue blâmes ou satisfecit
[...] une succession de grimaces et de mignardises empruntées
la prolixité


Si la mort s'avérait le sens de la vie, alors la vie n'avait plus de sens.

[...] je suis enfin devenu un homme, si l'on entend par là celui qui cesse d'aspirer à l'amour pour le faire.

Aux esprits confus, tout est confus. Aux esprits clairs, tout est clair : même ce qui leur échappe. Dès lors, plus une intelligence est lumineuse, plus elle peut appréhender le mystère.

Au cours d'une vie, chaque individu part en quête de son identité, parfois au milieu des autres; cependant lorsqu'il se trouve c'est en lui-même, pas à l'extérieur de lui.

[...] tu me fais ressentir combien il est bon pour deux hommes de s'admirer.

L'homme de foi murmure en souriant, seul le prédicateur incertain s'époumone sur une estrade.

"Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?" demandent les philosophes.
"Il y a !" répond la musique.
Et incarnatus est.

L'enfance ne s'aperçoit qu'une fois quittée.

Défaut de jeunesse, le savoir. La simplicité arrive ensuite.

Mon cher Mozart, la légèreté aérienne de tes notes avait alourdi les éphèbes et épaissi les sylphides [...]

Requiem ou prélude au silence... Personne n'entendra la messe que l'on jouera lors de ses funérailles.

[...] être heureux, ce n'est pas se protéger du malheur mais l'accepter.

[Mozart,] tu quittes la terre le 5 décembre 1791. Depuis, tu ne nous as plus jamais abandonnés.



Site officiel d'Eric-Emmanuel Schmitt

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par Marco Rugo publié dans : Lectures
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Samedi 22 avril 2006
Mu, le maître et les magiciennes
Alexandro Jodorowsky


Mon classement : **(*) - Commentaire :

Le "sorcier des kôans" reste toujours aussi passionné et passionnant que le scénariste connu jadis, durant mon adolescence, à la lecture des BD de Moebius, dont l'Incal.

Fribourg, le 22 avril 2006

4e de couverture :
Alexandro Jodorowsky, artiste chilien polymorphe dont les œuvres cinématographiques (La Montagne sacrée) et littéraires (Le cycle de l'Incal notamment) ont marqué plusieurs générations, fut initié au zen au Mexique dans les années 1970. Il nous offre ici le récit picaresque, et en même temps hautement spirituel, de cette période propice à toutes les expériences. Tandis qu'il apprend à explorer les profondeurs de son être sous la conduite du maître Ejo Takata, des femmes remarquables, dont la célèbre peintre surréaliste Leonora Carrington, l'entraînent dans des aventures truculentes. Ces " magiciennes " l'aident à se dépouiller de ses cuirasses émotionnelles, à élargir son cœur et sa vision de la vie. Il alterne ainsi les rigoureuses méditations silencieuses menant à la paix de l'esprit, et la plongée aux tréfonds du sexe, du rêve et de la création, jusqu'aux limites de la folie. On ne sort pas indemne de ce livre halluciné, à travers son parcours épique d'aventurier du corps et de l'esprit, ce grand artiste nous tend un miroir où chacun peut lire le sens de sa propre histoire.

Extraits et tournures appréciés :

[...] où les verres d'alcool étaient vidés avec une élégante facilité.
un silence testiculaire
divas égolâtres
une future vieille baderne
[...] se déplaçant avec la tranquillité d'une particule de poussière
pansu
l'idiosyncrasie

Un kôan est une question que le maître zen pose au disciple afin qu'il la médite, l'analyse, puis lui donne une réponse.Cette énigme est par essence absurde, il est impossible d'y répondre par la logique. Et c'est précisément en cela que consiste sa finalité : faire que notre point de vue individuel s'ouvre à l'universel, que nous comprenions que l'intellect - des mots, des mots et encore des mots - ne sert pas pour répondre...

"Comment sortirais-tu une grande oie d'une bouteille sans la briser ni blesser l'oie ?"...
- J'ai enfin résolu le kôan!...
- Comment ? lui demanda le roshi
Pour toute réponse, l'élève s'exclame : "L'oie est sortie !"... En réalité, on ne parle pas d'une bouteille et d'un oiseau réels. On parle d'un principe vivant enfermé dans des limites inertes. Le disciple s'est libéré de son intellect logique qui le séparait de la réalité, et il est entré dans la vie globale où son être fait partie du tout...

"[...] sauras-tu me dire le son  d'une claque faite avec une seule main ?"...
"Quel est le son d'une claque sans main ?"

[...] un kôan d'Ejo : "Pourquoi ne vois-tu pas que tu ne vois pas ?"

Ejo alluma une cigarette [...]. Remarquant mon regard réprobateur, il me cita un texte de la philosophie Advaita Vedânta, attribué au mythique poète Dattatraya : "Ne te soucie pas des défauts du maître. Si tu es sage, tu sauras extraire ce qui est bon en lui. Lorsque tu dois traverser un fleuve, même si la barque est peinte d'une horrible couleur, tu es reconnaissant qu'elle te transporte sur l'autre rive."

"L'éveil n'est pas une chose. Ce n'est ni un but ni un concept. Ce n'est pas quelque chose qu'on obtient. C'est une métamorphose... Si la chenille pensait que le papillon auquel elle donne naissance, ce sont des ailes et des antennes qui lui poussent à elle, il n'y aurait pas de papillon. La chenille doit accepter de disparaître en se transformant. Quand le merveilleux insecte vole il ne reste rien en lui de la chenille...

Entrer dans l'esprit d'une telle femme, c'était s'immerger pour resurgir baptisé.

Ils [les maîtres] disent : "Pour avancer, je fais un pas de plus dans le vide." Ils osent continuer à grimper, ils prennent le risque de pénétrer dans l'inconnu, où il n'y a ni indications ni mesures, où le moi s'efface, où la conscience s'élève au-dessus du monde, sans essayer de le changer, jusqu'à percevoir ce qui n'est pas paroles. Là, tu n'as pas de définition, rien, tu n'es que ce que tu es sans te demander qui tu es, sans te comparer, sans te juger, sans soif d'honneur. Tu comprends ?"

Peur de ne pas être aimés ? La liberté, c'est aimer sans demander qu'on nous aime.

Pour les humains, la perfection est inaccessible, l'excellence oui.

[...] j'avais appris à quel point la mort d'un être aimé laissait le monde vide. Où plutôt, comme elle le remplissait de son absence.

[...] j'avais le sentiment que mes empreintes s'effaçaient avant d'avoir fait les pas qui auraient dû les imprimer.

[...] dona Magdalena [...] Je l'entends murmurer : "La clé de toute porte, c'est l'humilité."

Tu es arrivé couvert des restes d'un animal assassiné. []... La peau tout entière est un oeil qui absorbe le monde. Fais attention aux matériaux avec laquelle tu la couvres. Tout objet à son histoire.

(Paroles du foie) "Ne deviens pas mon ennemi, ne m'attaque pas avec des substances que je ne peux assimiler, non seulement tu es ce que tu manges mais tu manges aussi ce que tu es : si tu introduits dans mon temple des matières, des pensées, des sentiments, des désirs qui te sont étrangers, ils se transforment en toxines..."

Tandis qu'Ejo mangeait, les paysans s'agenouillèrent. Ils avaient compris que c'était un homme sacré.

"La vérité ne s'obtient jamais de personne, On la porte toujours en soi."

[...] mon âme avait des racines dans la plaine du néant...

A chaque émotion, à chaque doute, les maîtres répondaient : "Le mont Sumeru", laissant entendre que cette masse monolithique ne parlait pas, que les sentiments ne la submergeaient pas, qu'elle ne s'interrogeait pas sur la naissance où la mort, laissait imperturbablement passer les saisons, ne forçait pas la nature, ne subissait pas la dualité acteur-spectateur. En résumé, la panacée était de croiser les jambes et de rester immobile comme un cadavre.

"[...] quand ton esprit formule un souhait avec passion, le miroir que nous appelons réalité le fait apparaître devant toi."

Me voyant épuisé, muet de tant de plaisir, elle (Reyna d'Assia, fille de Gurdjieff) redevint mon institutrice. "Ce que tu viens de connaître est la première des techniques que toute femme doit développer pour satisfaire ses amants : la technique manuelle. Les trois autres sont la buccales, la vaginales et l'anale. Mon saint père assimilait ces quatre techniques aux centres intellectuel, émotionnel, sexuel et corporel. Bien sûr, la voie manuelle correspond au corps, la vaginale au sexe et la buccale à l'intellect. Il est donc clair qu'en employant la technique anale, nous pouvons contrôler les émotions de l'homme. Veux-tu essayer ?"

"[...] ou alors mettre en pratique certaines techniques orales que je ne t'ai pas encore montrées." [...] Reyna me montra comment le larynx peut réaliser des mouvements surprenants sur on le fait vibrer à l'aide de mantras tibétains. Après avoir été soumis plusieurs fois à cette jouissance, je fus envahi par une sensation d'intense vide organique et tombai endormi comme une souche dans les bras de mon délicieux bourreau.

Le coeur désireux d'être aimé, jamais satisfait car il se nourrit du futur [...]

" [...] Vous apporterez la conscience à ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre ."
(Tiens, j'ai déjà lu cela dans l'Evangile selon Thomas)

Lorsqu'une fleur s'ouvre, c'est le printemps sur toute la terre. Si un seul homme s'éveille, tous les êtres s'éveillent.

[...] les mots ne sont pas le chemin direct, ils l'indiquent mais ne le parcourent pas.

La mort d'Ejo
(son maître spirituel). "Oui, Jacqueline, ça fait mal. Ca fait très mal mais la vie continue. Quand on coupe une branche à un arbre, elle ne repousse jamais, la blessure reste sur le tronc pour toujours. L'arbre la recouvre d'une couche de cellules et il fait de nouveaux rejets. La blessure, sous l'écorce, devient un trou où poussent des champignons qui en tombant nourrisent la terre dont l'arbre se fortifie."
[...]
Que sa tombe
ne soit pas la tombe
de ceux qui n'osent pas
traverser seuls
la dissolution de leur conscience.

"Entre faire ou ne pas faire, il faut toujours choisir de faire."


Biographie
d'Alexandro Jodorowsky

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Lundi 17 avril 2006
Non content de se faire photographier posant maladroitement sa main droite sur la tête d'un bouddha (sacrilège pour tout bouddhiste qui se respecte), article paru le 6 juillet 2004 dans l'hebdomadaire Migros Magazine, Me Poncet, qui prétend être historien amateur, se la joue jeune.

Dans un article paru ce jour dans Le Matin (rubrique "La vie est un roman"), le voilà maintenant à qualifier les oeuvres complètes de Sartre ("C'est à chier") et un bouquin de Norman Davies, "Europe, a history" : "C'est un chef-d'oeuvre absolu, on se branle en le lisant tellement c'est génial". L'éditeur n'avait manifestement pas prévu de réaliser une version imperméable  ;-)

Comme dirait mon ami Vincent, si "Sartre est à chier", c'est que ce dernier a véritablement compris qu'il n'est que le miroir de ce qu'il est, c'est-à-dire rien. A force de vouloir briser la "Pensée" sans jamais y arriver, Me Poncet démontre, par ses dires, qu'il ne peut que "se mettre librement en enfer" (cf. Huis-Clos, de Sartre).
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Dimanche 16 avril 2006
Comme à mon habitude, j'ai lu Le Matin Dimanche, plus par routine que par passion. Christophe Gallaz y est toujours aussi brillant et sa plume acerbe vient donner une once de raison à ce journal populaire. Deux autres articles auront attiré mon attention :

1. Y est présenté M. Jean Garzoni, directeur du Vivarium de Lausanne et émérite herpétologue. A la question de savoir combien d'enfants il a, voici sa réponse, formidable : "Je ne sais pas" !

2. Aventure extraordinaire que celle de Mlle Sarah Marquis, Valaisanne qui arpente l'Amérique du sud dans des conditions difficiles. Elle a donc franchi le désert d'Atacama (je vous invite d'ailleurs à lire le recueil de Luis Sepulveda, "Les roses d'Atacama", des roses qui n'éclosent que durant une journée avant de se faire brûler par le désert). Cette marcheuse doit subir les mentalités des Américains du sud, peu habitués à voir une femme sortir de chez elle : elle se fait chasser à coup de lancer de cailloux ! Dure expérience de l'insécurité qui règne. Une des raisons qui me font préférer l'Asie à l'Amérique du sud...
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Dimanche 16 avril 2006
Beaux seins belles fesses
Mo Yan


Mon classement : *(*) - Commentaire :

Il m'aura fallu atteindre le chapitre 28 (4e partie) après plus de 400 pages de lecture pour commencer à apprécier ce roman (qui fait prêt de 900 pages) !

Fribourg, le 16 avril 2006

4e de couverture :
Shangguan Lushi donne naissance, dans la province du Shandong, à neuf enfants dont un seul garçon, Jintong, Enfant d'Or. Ce dernier est un obsédé surdoué. Narrateur de cette vaste fresque de la société rurale, son attachement immodéré et obsessionnel au sein maternel l'entraîne dans des situations tragiques et burlesques. Les destins du garçon et de ses huit sœurs sont irrésistiblement liés aux aléas de l'histoire de la Chine au XXe siècle ; de la résistance antijaponaise à la révolution maoïste, du Grand Bond en avant au néo-capitalisme sauvage. Après ses grands romans, Les Treize Pas et Le Pays de l'alcool, la publication de Beaux Seins, belles fesses confirme de manière éclatante le génie singulier de Mo Yan.

Extraits et tournures appréciés :

De ses doigts gourds / un garçon malingre / une tige de sétaire / la margelle du puits / elle sauta lestement du sterculier sur le grand catalpa de Mandchourie / qui lutinait une vierge / espèce de sale engeance / comme une jument gravide / une longue estafilade / les cadavres roides / une bractée violette / se balançait comme un poussah / une holothuerie desséchée

On sait que les démons avancent en évitant les hommes vertueux

Monsieur Sha, vous êtes comme le crapaud qui voudrait goûter la chair du cygne, vous pouvez toujours rêver !

Chez une femme, la décrépitude commence par les seins, et pour les seins la décrépitude commence par le mamelon.

Le visage des femmes est source d'ennuis infinis.

Le coeur des femmes est plus nocif que le poison

- La vie d'une femme ne vaut pas grand-chose, et les femmes il faut les battre, lança Shangguan Lüshi [une femme donc]. Les femmes battues sont dociles, la pâte bien pétrie est meilleure.

[...] le cou d'une femme de la cinquantaine, s'il ne ressemble pas à une grosse saucisse boursouflée, est comme un morceau de bois pourri.

Est-ce que tu ne connaîtrais pas le proverbe : "Quand on est gravement malade, le premier médecin fait l'affaire" ?

[...] une prostituée du "Pavillon où l'on oublie ses peines"

On ne peut oublier les bienfaits de qui vous a sauvé.

Le bonheur succède au malheur, et le malheur, on ne peut y échapper.

Qui survit à un grand malheur connaîtra un grand bonheur.

Qui a évité le Nouvel An [chinois] ne coupe pas au quinze du mois !

Même un beau parleur peut pas faire du thé dans une théière sans fond

Chaque nuit, tel un paysan infatigable, il labourait les terres fertils de Vieille Jin.

Comme le dit le Maître : "On apprend du nouveau en répétant les choses anciennes."

L'amour poussé à l'extrême se transforme en haine. [...] quand une chose atteint une limite extrème, elle tourne à son contraire [...]

Sa puanteur leur faisait froncer les narines.

[...] ne dit-on pas qu'"on ne verse pas son purin dans le champ des autres" ?

Il n'y a pas de remède en vente contre le remords.



Biographie
de Mo Yan

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