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Vendredi 20 mai 2005
Bonjour à vous tous !

Voici donc mes dernières nouvelles avant que je m'envole vers la Suisse samedi matin. Quelle tristesse... mais quelle tristesse ;-)

La Justine de Yangshuo. Vous souvenez-vous de mon insolation survenue lors d'une journée en vélo avec ma guide à Yangshuo ? Le lendemain, ayant repoussé mon départ, j'ai recroisé Lavender, la guide locale justement. Pour se faire pardonner, elle m'a proposé un massage que je ne pouvais décemment refuser. En fait de massage, je me suis fait frictionner le dos avec une mixtion à base d'alcool local et de gingembre ! Elle m'a carrément arraché la peau oui ! Fallait voir l'état de mon dos une fois la torture terminée. A ce jour, je n'ai toujours pas compris le mal dont elle voulait m'extirper !?!

Le Roi (déchu) des baguettes. Mon étape à Canton, berceau de la gastronomie chinoise, m'oblige à évoquer cette cuisine particulière qu'est la cuisine chinoise (il faudrait en réalité parler des cuisines chinoises). Si elle est très épicée, c'est qu'il y a bien longtemps, les mets étaient offerts aux dieux et il fallait bien les titiller afin de s'attirer leurs bonnes grâces. C'est à Canton qu'ont été inventé les fameux "dim sum", des bouchées farcies cuites à la vapeur. Je serais devenu la Roi de la baguette mais c'est déja pas facile de les utiliser de la main droite, alors imaginez le faire de la main gauche (en raison de mon bras droit plâtré). Difficile également de faire plus frais qu'ici : les animaux attendent dans leur cage à l'entrée des restos qu'un client porte leur choix sur eux... et tchak, à la casserole ! Bien entendu, je me suis gavé de thé froid... vert bien sur ! Et pour la 1ère fois en Asie, j'ai enfin gouté au jus de canne qui est débité à tous les coins de rue (l'hygiène douteuse m'a toujours retenu jusqu'a maintenant) : un vrai délice.

Huit d'affillée. Il ne m'aura fallu pas moins de huit moyens de locomotion afin de relier Canton à Putuo Shan, dans l'archipel de Zhoushan, comptant plus de 1'300 îles. Un avion, deux taxis, un ferry, un speed-boat, un bus et deux mini-bus plus tard, me voici arrivé dans la 3e partie de mon périple, qui devait être celle placée sous le signe de la mer. Mais ici, point d'exploitation balnéaire, malgré quelques belles plages. Le Mont Putuo est un endroit de pélerinage, un peu comme Lourdes, comptant quantité de monastères et de pagodes. La déesse Guanyin, qui protège l'île, m'aura protégé moi aussi : cette fois-ci, aucun singe pour m'attaquer sur ce Mont sacré bouddhiste où j'ai aimé musarder ! A l'image de Monsieur Li, du roman "Quatre générations sous le même toit" de Lao She, tout Chinois est incapable d'expliquer d'où vient sa foi; il ne croit ni au Bouddha, ni à l'Empereur du Ciel, ni aux sages Confucius (voire Lao-tseu), mais plutôt aux trois en même temps. A tout cela, se mêle une forme de superstition qui ne le pousse pas à se donner bonne conscience uniquement en brûlant de l'encens et en vénérant des statues; il préfère montrer sa conscience morale par des actes de justice et de bonne action. Je n'y ai donc pas ressenti l'esprit religieux propre aux pays bouddhistes. L'attitude des moines n'y aident pas. Tous ou presque avaient leur téléphone portable à hurler dans les pagodes. Je ne sais s'ils étaient en contact direct avec le Bouddha mais en tous les cas, le no de ce dernier m'est inconnu.

Et les Chinoises ? me demanderez-vous. Que de fluettes filles se sont offertes à mon regard... Et le charme opère lorsqu'elles cachent de leur main leur sourire timoré. Mais peu de chance que j'en "ramène" une, je me suis laissé dire que se marier durant cette année 2005 du Coq porte malheur aux couples. Ce qui me permet de vous parler du Petit Empereur, ainsi nomme-t-on l'enfant unique. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les Chinois approuvent cette politique car eux-mêmes trouvent qu'ils sont trop nombreux en Chine !!! J'ai en effet pu le constater moi aussi dans les endroits touristiques, que de Chinois. Cela a tout de même un grand avantage : les sites touristiques ne sont pas mis au goût occidental à l'image d'une Khao San Road de Bangkok. Une Chinoise a cependant rassuré le (faux) jumeau que je suis : si des jumeaux naissent, l'amende mensuelle de 400 yuans (CHF 60.-, ce qui est beaucoup pour un Chinois) n'est pas appliquée, ouf ! Comment conclure sur cet immense pays ? La Chine n'a pas la ferveur bouddhiste d'une Birmanie, ni l'authenticité du Laos, les filles n'ont pas la grâce propre aux Vietnamiennes et l'accueil n'est pas aussi chaleureux que celui d'une Indonésie musulmane. La jovialité n'est pas aussi grande qu'aux Philippines et on ne ressent pas les meurtrissures d'un Cambodge (et pourtant, son histoire millénaire en a connu des tragédies). Mais cela reste l'Empire du Milieu et il deviendra sans nul doute la première puissance mondiale d'ici 2050... La Grande Muraille des 10'000 lis, qui n'a jamais protégé la Chine des invasions "barbares", avait plus pour fonction de retenir le peuple à l'intérieur des frontières, faisant de la Chine une véritable prison. Mais j'ai ressenti une très grande ouverture d'esprit des quelques jeunes avec qui j'ai discuté et cela est de très bon augure. Pour rester dans l'ambiance chinoise, cliquez donc ici et choisissez ensuite le menu "Slide Show" (vous verrez c'est superbe et y a même un fonds sonore) : http://www.yannlayma.com/summary.php. Autre site perso qui devrait vous donner envie de venir découvrir ce pays : http://www.gravelet.net/chine.

Pour ma part, je n'en oublie pas que vaste est le monde et qu'il continue à m'ouvrir ses bras. Merci de votre attention et de vos messages personnels. Au plaisir de vous revoir bientôt pour la plupart d'entre vous.

Marco sur le retour, ici à Shanghai, le 20 mai 2005
par Marco Rugo publié dans : Voyages
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Samedi 14 mai 2005
Ni hao ! Bonjour à tous !

Certain(e)s d'entre vous sont déja au courant : mon voyage aurait pu déja se terminer avec un rapatriement d'urgence, ce qui heureusement n'a finalement pas été le cas, seul mon bras droit est dans le plâtre. Sur un mont sacré, tout est allé de guingois. Mais lisez plutôt...

De Suzhou, j'ai donc rejoint Nankin. Où mieux que dans cette ville meurtrie aurais-je pu lire le roman de l'écrivain(e) Shan Sa "La joueuse de go" narrant la rencontre entre une jeune joueuse de go mandchoue et un officier japonais ? Les Chinois affirment aujourd'hui que les Japonais ont massacré 300'000 Chinois durant l'occupation; ils en ont fait un bien émouvant Mémorial. A noter que les journaux chinois de l'époque parlaient de 30'000 victimes. Peu importe le nombre devant l'horreur. Mais c'est oublier un peu vite les 30 millions de victimes du Grand Bond en avant de '58 et la Révolution culturelle qui a suivi, avec un tout aussi grand nombre de morts, événements voulus tous deux par Mao, sans parler de la Campagne des Cents Fleurs... En attendant, les Chinois manifestent une hainne anti-japonaise, manifestations auxquelles j'ai été convié bien involontairement à mon arrivée à Shanghai, à la recherche de mon auberge !

Cette seconde partie du voyage se sera déroulée sous le signe des Montagnes. A Tunxi, ville de 1,5 millions d'habitants, j'ai retrouvé une ambiance villageoise (enfin "village" de plus d'un million d'habitants, à la mesure de l'immense Chine). Ainsi, qu'elle ne fut pas ma surprise que "Kate", une charmante et jeune Chinoise, m'accompagne jusqu'à mon bus... en me refilant son no de portable une fois arrivés. Je ne me savais pas si tombeur ;-) Tout près, se nichent de charmants villages dont quelques-uns ont été restaurés (à la Chinoise, seul le résultat touristique comptant). Autant dire que tous les autres ont été rasés ! Avec toujours ces canaux qui quadrillent les villages. Comme le dit un vieux proverbe : "Mieux vaut, comme la richesse, accumuler l'eau que de la laisser divaguer" ! Faites-vous donc une idée de cette région du Wannan en cliquant ici : http://www.acse.asso.fr/chawu/. Ensuite, les Montagnes Jaunes se sont offertes à moi. Une mer de nuages (le côté féminin, le yang) embrassant un massif de pics impressionnants (le côté masculin, le yin). Laissons l'excentrique géographe Xu Xiake (1586-1641) en parler : "Qui a vu les Cinq Montagnes sacrées n'a nulle envie de connaitre d'autres cimes; mais qui a vu les Huangshan n'éprouve plus aucun plaisir à regarder les Montagnes Sacrées". Une fantasmagorie peinte et décrite par les plus grands artistes chinois (quelques photos à cette adresse : http://www.huangshanguide.com/photo.htm). Xu Xiake ne pouvait bien entendu pas préciser que les prix du coin sont explosifs, bien loin d'un budget du routard que je suis, premiere région touristique de Chine oblige (qui plus est, j'y étais en plein congés nationaux, début mai).

Le tango de Nankin. J'ouvre une brève parenthèse pour préciser que le haut pouvoir d'achat helvétique permet d'exploiter sans vergogne les pays à plus faible revenu. Ainsi, je me fais masser pratiquement tous les deux jours, mes souliers sont régulierement cirés, la coupe de cheveux avec massage de la tête durant 30 bonnes minutes ne revient qu'à Fr. 2,40, j'utilise souvent les taxis, mon linge est nettoyé et je mange comme un pape ! Pour ce qui est du massage des pieds, jamais encore je n'avais été massé dans le luxe de ce salon de Suzhou. Autre surprise : une fois rentré dans un établissement de bains, j'ai eu quelque souci lorsque j'ai constaté que j'étais bien seul, nu sous le regard des employés, tous des hommes. Un de ceux-ci m'a proposé un massage. Et là, j'ai eu droit à une sorte de pelling énergique de tout mon corps. Ce dernier n'ayant jamais été frotté de la sorte, j'imagine bien la saleté qu' il a dû retirer. Et cela s'est terminé par de petits claquements dus au massage qui, avec l'écho de la piscine, faisaient penser à un véritable tango ! Ce n'est qu'à la sortie que j'ai été rassuré : les bains se remplissaient d'hommes aisés. Pas un oscur coin louche donc... (ceux qui auront vu le film de Yang Zhang "Shower (Xizhao)" comprendront). Dernier massif montagneux au programme, le Jiuhuashan, un des quatre monts sacrés des bouddhistes chinois (les taoistes en comptent donc cinq). Moins spectaculaire, on y ressent une certaine ferveur bouddhiste. Mais allez expliquer aux singes présents que je ne leur voulais aucun mal ! C'est autant difficile que d'expliquer à des médecins chinois le mal dont je souffre après l'altercation avec dits singes !!! Vous l'aurez deviné : en raison d'une sauvage attaque d'un vieux singe à qui ma tête ne devait pas revenir, je suis tombé sur mon poignet. Et rebelote, voici à nouveau mon radius fissuré et donc mon bras droit dans le plâtre. Heureusement que ce blaireau ne m'a point mordu mais le bougre a tout de même réussi à me piquer mon pied de caméra. Ma grande peur aura été de tomber tout en bas des escaliers très (mais vraiment très) raides. La REGA m'a formellement déconseillé de me faire opérer dans la région où je me trouvais. Mais comme la capitale provinciale de Nanchang était a plus de 10 heures de route, je me suis rendu à un petit hosto (du moins il en portait le nom) à 25 km de là, grâce à l'aide de toute la maisonnée qui m'hébergeait. Quatre docteurs se sont occupés de moi; un étranger dans leur hôpital, l'événement du mois ! Le tout a donc fini par un bras platré, ce qui me permet de continuer le périple avec quelques adaptations hélas... Ce que j'en retiens ? L'extraordinaire solidarité des Chinois (avec toujours cependant de l'argent a avancer). Et je suis maintenant l'objet des plus grand égards ;-) En bon taoïste, "j'accepte ce qui doit arriver quand cela doit arriver (ce qui) ne laisse de place ni pour l'affliction ni pour la joie".

Je ne pouvais tout de même pas rater les magnifiques pics karstiques de Guilin n'est-ce pas ? Ce décor féerique vaut largement les quelques désagréments d'un bras platré (http://yangshuo.feilipu.com/yangshuo_f.htm, vous pouvez agrandir les images en cliquant dessus). Fanstasmagorie mise en scène dans un superbe spectacle aquatique dirigé par le réalisateur Zhang Yimou (mais les moustiques étaient également invités...). J'ai même réussi à convaincre une ravissante Chinoise de m'accompagner en tandem afin que je puisse découvrir les villages environnants (impossible pour moi d'utiliser un vélo tout seul en l'état). Luis, un jeune Irlandais, était aussi de la partie. Envoûtante que cette campagne où l'on parle en silence avec les paysans du coin, les visages remplaçant les mots. Silence bien loin du brouhaha habituel dont les Chinois m'habituent. Etre à coté d'un Chinois qui répond à son téléphone portable équivaut à entendre un caporal engueuler ses recrues. J'ai d'ailleurs remarqué que tous les Chinois hurlent ce qui me laisse penser qu'ils sont tous sourds. Le journaliste Frédéric Koller donne cette explication dans ses "Portraits de Chine" : leurs tympans sont altérés lors de leur 1ère Fête du Printemps (qu'on appelle Nouvel An chinois avec ses fameux pétards et leur vacarme sans fin). Hélas, la ballade en vélo m'aura causé une vilaine insolation me clouant au lit ce vendredi 13... Serait-ce là un bon augure afin de m'éviter le voyage en sleeping-bus vers Canton que j'ai du reporté à samedi soir ?

Trois grands courants ont façonné ce peuple : le Confucianisme, le Taoisme et enfin le Bouddhisme. Pour conclure, je ne résiste pas à vous faire partager cet excellent aphorisme taoiste tiré du texte "Le rêve du papillon" de Tchouang-Tseu : Zhuangzi rêva qu'il était papillon, voletant, heureux de son sort, ne sachant pas qu'il était Zhuangzi. Il se réveilla soudain et s'apercut qu'il était Zhuangzi. Il ne savait plus s'il était Zhuangzi qui venait de rêver qu'il était papillon ou s'il était un papillon qui rêvait qu'il était Zhuangzi.

Trêve de jabotage et bien à vous.

Marco ici à Yangshuo le 14 mai 2005, en partance pour Canton et la côte
par Marco Rugo publié dans : Voyages
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