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Vendredi 30 mai 2008

C'est tout bête. Mais au moment de choisir quel t-shirt vous achetez, vous pouvez décider des conditions de travail dans lesquelles le produit est réalisé. Ainsi, Sasi Rekha ne travaillera que 8 heures dans des conditions décentes ou alors 16 heures (voire plus), 6 jours par semaine (voire 7), en se ruinant la santé. C'est vous qui choisissez. En optant pour des produits avec un label social, vous pouvez imposer des conditions de travail respectant l'être humain. Le film ci-dessous, du cinéaste Mathias Stickel, résume bien la situation.


Et ce raisonnement s'applique à toute marchandise dont vous vous portez acquéreur. Vous aussi, optez pour une mondialisation à visage humain dans le respect d'autrui.

Accessoirement, signez la pétition de la Déclaration de Berne dont le but est de mettre la pression sur l'industrie suisse de la mode. Le tout dans le cadre d'une campagne internationale Clean Clothes.


par Marco del Rugo publié dans : Commentaires
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Mercredi 28 mai 2008
Seize. Ils sont seize. Seize hommes courageux. Seize membres de la Ligue nationale pour la démocratie, le principal parti d'opposition au terrible régime birman encore en place. Ils savent qu'ils vivent dans un pays opprimé. Ils savent qu'en levant leur bras pacifiquement ils risque leur vie. Ils savent qu'en réclamant la libération d'Aung San Suu Kyi ils seront forcément emprisonnés, avec une haute probabilité d'être torturés. Et malgré ces menaces, ils ont osé se lever et crier, crier leur colère. Oublions un instant la folie génocidaire de la junte au pouvoir. Oublions un instant la tragédie du cyclone Nargis. Oublions également les  discours diplomatiques du secrétaire de l'ONU Ban Ki-moon. Et pensons. Pensons au courage de ces seize Birmans. Aujourd'hui ils sont seize. Qui sait, peut-être seront-ils plus nombreux un jour. Une foule habitée le courage. Le courage de se libérer de cette prison que représente la Birmanie actuelle, que les généraux appellent Myanmar. A travers ce billet, je voulais leur rendre hommage. Rendre hommage à ces seize hommes courageux, qui sont peut-être encore emprisonnés dans les terribles geôles birmanes.

Article du journal Le Temps qui a suscité ce billet.

par Marco del Rugo publié dans : Commentaires
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Mardi 27 mai 2008
Moi qui ai connu des modes de communication semblables à internet avant que ce dernier ne conquiert le grand public (je parle du défunt vidéotex, pendant helvétique du minitel français), je ne cesse d'être émerveillé par la révolution qu'induit le réseau des réseaux. Et nous n'en sommes qu'à l'aube...

Exemple dans le monde de l'art avec Blublu.org. Grâce à la diffusion vidéo sur la toile, tout un chacun peut découvrir le résultat d'un concept original et génial : Muto, film d'animation réalisé sur un support inédit, à savoir les murs de Buenos Aires, en Argentine. Une oeuvre éphémère peinte sur divers supports de rue avec des litres et des litres de peinture, et ensuite photographiée pour en tirer un film d'animation des plus originaux. Voyez donc le résultat ci-dessous. Merci à Télérama qui m'a fait connaître ce projet.
par Marco del Rugo publié dans : Commentaires
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Dimanche 25 mai 2008
L'UDC aime à utiliser la presse dominicale pour répandre ses idées nauséabondes. Voilà que ce parti rebondit sur l'idée d'un radical genevois de fixer un seuil d'élèves non francophones dans les classes d'école. L'UDC préconise carrément de ne pas intégrer les personnes ne maîtrisant pas l'idiome du pays ! Cette stigmatisation récurente de l'étranger en devient lassante. Bel exemple d'intégration que voici !!! Allons-y de mon originale proposition : interdire de classe tous les élèves qui n'ont pas un QI de 120. Cela ne change pas grand chose aux propositions précédentes si ce n'est mettre de côté un peu plus les personnes en difficulté (qui sait si les membres de l'UDC obtiendrait cette limite...).

Le problème est qu'il est inutile de donner des arguments, l'UDC les rejetant d'emblée. Ainsi, une ancienne étude du PNR - Programme national de recherche avait démontré que les fils d'immigrés italiens faisaient en moyenne plus d'études que les nationaux. Mais il est vrai que l'UDC, à qui l'intelligence porte dédain, n'aime pas réfléchir, pour preuve : ce parti veut justement supprimer les crédits du PNR. A croire qu'il a la science infuse !

D'ailleurs, leurs arguments ont suscité le présent billet. Ainsi dans cette même presse dominicale, l'UDC (ou plus précisément le
comité en faveur de l'initiative) en appelle à dire OUI à l'initiative sur les naturalisations (titre trompeur à l'image du parti) soumise au peuple ce 1er juin avec comme argument : "Contre le laisser aller dans le domaine de l'immigration". Mélange de pinceaux s'il en est. En quoi la naturalisation influe-t-elle sur l'immigration, il faudra bien me l'expliquer. Difficile de me faire avaler que la procédure actuelle attire les immigrés sachant qu'elle est une des plus dures des pays occidentaux pour obtenir la nationalité helvétique tant convoitée. Et l'UDC (ou plutôt sifa, une association de la même mouvance, "pour avancer avançons masqués") de rapprocher dite naturalisation avec "La violence des jeunes étrangers naturalisés" (notez que la taille de la police du dernier mot est inférieure au titre lui-même). En reprenant leur argumentaire, on pourrait conclure que si un Genevois tuait un Fribourgeois, on devrait alors lui supprimer la nationalité suisse... Encore un amalgame qui fait croire que sans naturalisation, il y aurait moins de délits.


Mon récent voyage en Roumanie m'a fait prendre conscience que les méthodes utilisées par les parties sont universelles. Une d'entre elles consiste à véhiculer la peur. Importe peu la pertinence du propos. Ainsi, le vert de l'UDC s'est transformé en orange à Bucarest où Vasile Blaga martèle son "SOLUTII, NU DISCUTII!". Il est vrai que l'UDC amène souvent des solutions irréalistes dont la simplicité n'a d'égale que la complexité du problème soulevé. Pour en revenir à l'initiative du 1er juin sur les naturalisations, peu écouteront la voix de 69 personnalités académiques qui appellent à rejeter le texte. Pourquoi ? Peut-être parce que ces personnalités réfléchissent justement...
par Marco del Rugo publié dans : Naturalisation
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Jeudi 22 mai 2008
La symphonie du loup
Marius Daniel Popescu


Mon classement : ** - Commentaire :


C'est bien à-propos que la lecture de ce récit de 400 pages a commencé durant mon voyage en Roumanie. Le fait que le français ne soit pas la langue maternelle de cet auteur d'origine roumaine explique sans nul doute l'originalité de son écriture, précise comme l'acte chirurgical d'un médecin. Une écriture particulière, prenant conscience de chaque mot, comme un chef de cuisine dosant les ingrédients de sa recette qu'il veut réussie. Un écrivain à cheval entre deux cultures (votre pays d'ici et votre pays de là-bas) qui semble marquer les critiques (cf. les liens web ci-dessous).

Certaines expressions m'ont particulièrement plu, comme par exemple :
- [...] lave tes fesses et ton oiseau !
- Dans la maison de ton oncle, c'est la femme qui est le coq.
- [...] tu voyais sur leur visage la dentelle de la pitié.
- la transpiration dansait en petites gouttes
- [...] "que ta mère soit enculée par le Diable! que toute ta parenté bouffe du caca!"
- ta mémoire n'arrive plus à dormir [...] il regardait plutôt dans sa mémoire que dans ce wagon-restaurant
- [...] comme si Dieu était en train de souder à l'arc électrique la montagne et la plaine.

Exemple avec la manière de parler de la lumière lorsque l'auteur invite un inconnu rencontré dans la rue : La lumière du jour s'était étalée autour de vous comme le liquide de la pâte d'une crêpe, avant la cuisson. La lumière du jour goûtait aux tables, aux nappes, aux tasses et aux cafés, elle lisait les journaux. [...] les gens entraient dans le café et sortaient avec la lumière du jour dans leurs poches, sur leur mentons, sur leurs joues. [...] La lumière du jour se transformait, elle se cachait dans les cendriers, elle jouaient à la marelle sur les carreaux du café. [...] "La lumière du jour est une coquine [...]".

Au-delà du récit, l'auteur s'interroge sur les mots, leur sens, leur utilisation, affirmant souvent qu'ils ne devraient pas exister ! Extraits : Tu ne t'arrêtes pas aux mots ni à leur sens. Tu ne t'arrêtes pas aux perceptions des cinq sens ni aux méthodes d'analyse habituelles. Tu cherches la vérité à ta manière et tu es original dans le fait que tout ce que les autres incluent dans le mot "vérité", pour toi, n'est que bagatelle. [...] Les mots saisissent peu du monde, ils naviguent sur l'immensité et ils donnent l'impression de flotter. [...] Tu as appris tôt la duplicité du monde, la duplicité des gens, la duplicité des mots. Tu as appris depuis petit que le même mot peut provoquer ou arrêter une bagarre. Même le mot cerisier, tu savais qu'il est à la fois donneur de vie et meurtrier. Tu avais su qu'une personne qui habitait la rue s'était fait tuer par son voisin à cause d'un cerisier. [...] Le mot "arbre" n'est pas l'arbre [...] La chose la plus pénible c'est qu'on doit utiliser les mots pour démontrer l'inutilité des mots. [...] ces mots à lui n'étaient qu'une résonance qui datait du monde d'avant les paroles.

On y apprend par bribes le fonctionnement du parti unique (le parti communiste) et de son chef (Ceausescu, mot jamais prononcé). Un parti dont l'auteur a malgré tout réussi à s'affranchir (Ton père t'a appris à prendre parti en dehors de tous les partis). Extraits : Tu veux comprendre comment ces partis fonctionnent. Tu veux comprendre comment le parti unique s'impose aux autres partis qui ne sont pas reconnus. Les autres partis existent mais ils ne sont pas légalisés. Les autres partis sont les restes des partis d'avant la Deuxième Guerre mondiale. Il y a des milliers de gens qui ne font pas partie du parti unique. Je suis un de ceux qui ont souffert à cause de ce parti unique. Tu sais cela. Tu sais que le parti unique nous a pris deux maisons et tout le terrain que ton arrière-grand-père nous a laissés. Tu sais que le parti unique m'a interdit de pratiquer le métier d'instituteur dans les villes. Tu sais que j'ai dû divorcer de ta grand-mère pour que mes deux fils, ton père et ton oncle, puissent faire des études universitaires. Tu sais que le parti unique a confisqué toutes mes armes de chasse. Tu sais que le parti unique nous donne aujourd'hui du pain contre des bons et que chaque personne a un ticket de pain sur lequel on coche chaque jour les cinq cents grammes qu'on achète et qu'on mange. Tu sais que pour l'enterrement de ton père nous avons dû demander un ticket spécial pour le pain que mangeraient les gens venus à l'enterrement de ton père. [...] Quand il parlait des membres du parti unique, ton père [...] disait "Ils ne pensent pas : ils masturbent la pensée !" [...] Ton père a couché avec plusieurs femmes de membres du parti unique. Ton père s'amusaient à coucher avec des femmes qui avaient comme maris des membres du parti unique. Ton père appelait le parti unique "le parti des cocus et des masturbateurs". [...] Les membres du parti unique voulaient tout savoir sur tout le monde et ils avaient fait de ce désir leur doctrine de parti. [...] Il n'y a plus, depuis longtemps, de choeurs de village dans notre pays, le parti unique a transformé les choeurs de villages en choeurs de gens à la solde du parti unique, les chansons populaires appartiennent au parti unique, les chanteurs appartiennent au parti unique, le village tout entier appartient au parti unique. [...] Vous viviez vos vies en essayant de vous protéger mutuellement des malheurs que l'agonie du parti unique créait aux gens de toutes les couches de la société en déroute. A cette époque, dans beaucoup de magasins alimentaires de la ville, les étagères étaient remplies d'un seul produit et ce produit était souvent des boîtes de conserve de petits pois. Chaque magasin alimentaire présentait aux clients des milliers de boîtes de petits pois, les gens vivaient comme dans un mauvais film, ils avaient de l'argent et ils n'avaient rien à acheter avec cet argent, il y avait le sucre et l'huile et le pain et la viande qui étaient vendus sur des bons, comme au temps de la guerre, l'essence était rationnée, les bonbonnes à gaz étaient devenues introuvables, les membres du parti unique appelaient cet état "notre marche vers l'époque de la lumière", les amoureux n'avaient pas de préservatifs, les femmes n'avaient pas de pilules contraceptives, l'avortement était interdit par la loi du chef du parti unique qui voulait doubler la population de son pays afin de devenir "une grande nation" dans cette "époque de lumière". [...] Dans les magasins de chaussures il n'y avait pas de souliers destinés à l'exportation. Dans les magasins de chaussures du pays, il y avait des souliers que les gens surnommaient des souliers "pour le dernier chemin". [...] Ton beau-père voulait que tu passes par des études universitaires afin de commencer un travail, il te conseiller de t'inscrire dans le parti unique, il te disait : "Regarde, sois conscient que personne ne peut faire carrière sans faire partie du parti unique, ils supervisent tout, ils regardent tout, ils veulent tout faire et tout savoir donc va t'inscrire chez eu !" Il pensait qu'en étant membre du parti unique, tu pouvais avoir des avantages dans la vie, beaucoup de gens se sont trompés en cherchant à profiter des avantages du parti unique. [...] A cette époque, le pain, le sucre, l'huile de cuisine s'achetaient avec des bons que les membres du parti unique distribuaient chaque mois aux familles et aux gens qui habitaient seuls. Trois cents grammes de pain par personne et par jour. A la campagne et dans les villes, tout le monde avait des bons sur lesquels les vendeuses cochaient la caise sur laquelle était inscrite la date et la ration. La police du parti unique contrôlaient les bagages des travailleurs en train ou en autobus. Les policiers cherchaient des gens qui pourraient avoir plus de pain dans leurs sacs que le pain inscrit sur le carton de rationnement.  Plusieurs personnes ont été arrêtées et emprisonnées pour quelques pains de plus dans leurs bagages. [...] La plupart des gens achetaient de la viande sur le marché noir, dans les frigidaires des boucheries du parti unique il n'y avait que des os et des paquets d'un kilo de pattes de poulet que les gens appelaient des "patriotes" et ils blaguaient en disant que les pattes de poulets sont des "patriotes" parce que le reste du poulet avait quitté le pays, pour s'enfuir à l'étranger.

Certaines coutumes roumaines sont dévoilées : certains, en signe de deuil, ne s'étaient plus rasés depuis la nouvelle de la mort de ton père et tu savais que cela signifiait l'application d'une coutume qui les obligeait à ne pas se raser pendant six semaines, comptés à partir du jour de la disparition d'une personne chère. [...] "[...] la coutume veut que le fossoyeur reçoive une poule vivante en plus de son argent !


Et les scènes relatées prennent parfois les couleurs folles et épiques d'un Gabriel Garcia Marquez : [...] le cheval était là. Ils l'avaient tiré avec une corde dans l'enceinte, ils l'avaient placé sur une grande plaque de tôle en acier et ils lui avaient soudé les sabots au métal. L'auteur emprunte des citations d'illustres prédécesseurs : "Le charme subtil des convalescences consiste en ceci : revenir à ses habitudes avec l'illusion de les découvrir" (Cesare Pavese). "Tout est sauvé si l'on demeure capable d'étonnement" (Jean Guéhenno) "Vaine est la sagesse du sage qui ne saurait servir à lui-même" (Cicéron).

En conclusion, Daniel Popescu, immigré roumain conduisant ses bus dans la région lausannoise (c'est là son emploi nourricier), doit se reconnaître dans ses propres propos : il aimait bien voir des gens de tous les pays, il avait beaucoup voyagé et il savait regarder les autres comme on regarde les étoiles [...]
 

4e de couverture :
Dès l'ouverture, limpide et poignante, de cette chronique polyphonique que constitue La Symphonie du Loup, le lecteur est saisi par la puissance expressive et narrative de l'auteur, évoquant initialement la scène capitale de son adolescence, au jour où lui fut annoncé la mort accidentelle de son père. D'emblée aussi, la modulation vocale du récit, par le truchement de la voix du grand-père paternel, figure tutélaire faisant pendant à celle du père disparu, inscrit cette remémoration dans le flux et les rythmes d'une véritable épopée personnelle au temps du Parti unique. Dans cette Roumanie de la dictature du « socialisme réel » dont nous découvrons peu à peu le décor déglingué et la vie quotidienne, avec une frise de personnages hauts en couleurs dont la vitalité expansive colore et réchauffe un univers teinté d'absurde, Marius Daniel Popescu puise une substance romanesque effervescente, que son talent de romancier fixe en visions inoubliables, comme celle du cheval martyrisé. En contrepoint de ses rhapsodies « gitanes »proches parfois de la transe, se dessine le motif tout de douceur et de délicatesse de la vie présente de l'écrivain, où le fils éperdu se reconstruit dans son rôle de père attentionné et de « loup »pacifié.
Il y a comme une « chronique européenne » en raccourci dans ce grand récit alterné, profus et généreux, qui brasse plusieurs cultures et les expériences de plusieurs générations, finalement ressaisi dans l'unité d'une langue-geste originale.


Extraits, tournures et expressions appréciés :

[...] ton père [...] n'est jamais allé à l'église [... il] ira à l'église pour son enterrement.

[...] ton père [...] te disait que c'est mieux d'aller aux filles dès l'âge de onze ans plutôt que de se masturber jusqu'à dix-huit ans.


[...] comme le dos de la carte de visite. Derrière l'étiquette de quelqu'un, il y a toujours un monde insaisissable, des secrets.



[...] des sensations que tu n'as jamais oubliées.



Ta grand-mère maternelle [...] entrait dans la cour de la maison de son fils [...] et [...] disait "cher [ex-] mari, j'ai un cadeau pour toi !" puis elle sortait de derrière son dos un gros bouquet d'orties qu'elle lui donnait. Lui, il ne voulait pas prendre son cadeau.


[...] son visage était [...] lumineux


"Les êtres humains, pendant leur vie, amassent tant de chose qu'ils te donnent l'impression qu'ils sont convaincus qu'ils peuvent prendre ces choses avec eux, dans la tombe !"

(dans un train) [...] il s'est levé pour soulever la femme qui toussait et la lumière d'une lampe de poche l'a ébloui : c'était le contrôleur qui lui a dit : "Couche-toi, grand-père, il n'y a rien de grave, elle suce ma queue, elle vient de payer son billet !"

[...] un mur beaucoup plus grand, beaucoup plus impénétrable que tous les murs : le mur de la solitude.

La grand-mère voyageait rarement en train, elle voyageait rarement tout court.

[...] elle avait l'envie de parler à quelqu'un, tu n'avais envie de parler à personne.

[...] ta respiration, ton existence du moment.

[...] son monde à elle, plein de compromis, d'esclavage, de vide.

D'une certaine manière, tu gardes tous les objets que tu trouves sur ton chemin. Tu les gardes dans ta maison ou dans ta mémoire.

[...] ton oncle croyait en Dieu sans passer le seuil des lieux de culte

[...] "vis ta vie mon fils, vis ta vie comme Dieu te la donne !"

[...] il n'y a pas de culture nationale, nimporte quelle culture est conçue par l'imbrication de plusieurs éléments qui appartiennent à toutes les cultures qui font notre diversité, il n'y a pas de culture nationale, c'est tout !

[...] l'euphorie de l'imperceptible

[...] le printemps griffait la façade de la maison

[...] vous êtes de nouveau entrés dans le silence

[...] tu suivais ta vie comme elle se présentait devant toi, tu ne tenais pas à être le faiseur tout-puissant de ta vie

Le temps se comportait comme un vieux poisson qui connaît et qui contourne tous les appâts des pêcheurs [...]

[...] une mise en mot [...]


J'y ai appris de nouveaux mots (dico) :

La petite a les yeux pers
la maraude des objets
une dame-jeanne de dix litres
le récamier dans lequel vous dormiez
il s'encoublait
un cuvier en bois




Présentation de l'auteur sur le site de son éditeur, José Corti. Il a le soutien d'amis écrivains, à l'image de JLK et d'Alain Bagnoud. Autres critiques élogieuses d'Anne Pitteloud  ou encore de l'universitaire Jean-Pierre Longre (Transports en commun poétiques, qui revient sur le précédent ouvrage de l'auteur, un recueil de poésies, et Hurlement de la vie, épuisement du langage). Deux articles du Temps sont aussi intéressants : Enfance roumaine (avec plusieurs extraits) et Un écrivain est né (de Laurent Wolf).

Achetez le bouquin sur Amazon.

par Marco del Rugo publié dans : Lectures
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Jeudi 8 mai 2008
A peine revenu du Siam, me voici à repartir de par le monde. L'objet de mon étonnement sera cette fois-ci la Roumanie, nouvelle venue dans l'Union européenne. Comme je n'attends rien de ce voyage, tout n'en sera que plus captivant. C'est Vincent qui m'accompagnera, moine errant à la recherche de l'Absolu. En bon Suisse, je ne pouvais que préparer minutieusement ce voyage, mais une préparation qui laissera place à l'étonnement, à l'imprévu propre à nous laisser un agréable souvenir...


Ainsi donc, Swiss nous déposera sur le tarmac de Bucarest, la capitale du pays. Le lendemain, nous nous envolerons avec Tarom pour Satu Mare, ville qui n'attend aucun touriste ce qui a tout pour nous réjouir. Nous parcourerons ensuite le Maramures (vu la seule semaine de notre présence, l'alternative était celle-là : la Bucovine ou le Maramures, c'est cette dernière région qui l'a finalement emporté). Direction le Sud avec arrêt à Sibiu, capitale européenne de la culture 2007, puis Brasov. Notre séjour se terminera par où il a commencé, Bucarest, la capitale, où nous pourrons nous recueillir sur la tombe du défunt Ceausescu...

Mais pourquoi donc la Roumanie ? "Pourquoi pas" serait la réponse la plus adéquate. Quoiqu'il en soit, le film "4 Mois, 3 Semaines, 2 Jours" n'est pas étranger à cet original choix touristique, et plus encore "Comment j'ai fêté la fin du monde", l'histoire de la fin de Ceausescu vécue par les différents habitants d'un quartier. Notons que ce pays cultive une certaine francophonie et la langue de Dante est maîtrisée par un grand nombre de locaux, ce qui facilitera nos contacts avec la population. Laissons-nous donc emporter par le charme champêtre de ce pays (les Roumains sont foncièrement ruraux). C'est sac au dos que nous nous déplacerons, principalement en train. Pour le logis, nous privilégierons les pensions et autres gîtes ruraux, à commencer par le Flower's B&B, à Bucarest. Dans le Maramures, nous espérons trouver un logement chez l'habitant à l'image de ce qu'offre Florin Muntean. La culture ne sera pas étrangère à notre périple ni d'ailleurs le traditionnel repas indien (autre anachronisme difficile à comprendre mais qui est devenu un rituel quel que soit le pays visité).

Comme le disait si bien Proust : le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux...

En dehors du Routard et du Petit Futé (j'ai laissé de côté le Lonely Planet, faut pas exagérer), deux livres m'accompagneront, livres de circonstances (merci à l'ami Noël pour son conseil) :

Trois romans et un texte qui est le testament spirituel de
Panaït Istrati, écrivain roumain, réunis chez Folio : "Nerrantsoula", "Tsatsa-Minnka", "La famille Perlmutter" et "Pour avoir aimé la terre". Et également le récit d'un immigré roumain, chauffeur de bus en Suisse romande, "La symphonie du loup" de Marius Daniel Popescu.

Pour vous donner un petit aperçu de ce qui m'attend, jetez donc un oeil au diaporama ci-dessous : Bienvenue en
Roumanie ;-)  Aux dernières nouvelles, les photos en question auraient été tirées d'un site web russe dont le but était de dénigrer la Roumanie...



Vous pouvez m'écrire à mon adresse de voyage : marcoontheroad@hotmail.com

par Marco del Rugo publié dans : Voyages
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Lundi 5 mai 2008

Désertant la télévision, à l'exception d'émissions que j'enregistre sans prendre le temps de les visionner, mais fan du voyage sous ses diverses formes, me voici inscrit pour la seconde fois à l'émission de M6
Pékin Express, n'en déplaise aux sceptiques. Espérons que cette fois-ci soit la bonne. L'an dernier, nous n'avions été sélectionnés que dans le premier cercle. Nous ? Steffi et moi pardi. Une chouette fille que je connais depuis belle lurette et dont l'amitié n'a fait que croître durant notre périple en Thaïlande et à Hong Kong. Quoiqu'il en soit, notre candidature a été envoyée aujourd'hui. Et comme Dieu fait tout pour le mieux...


par Marco del Rugo publié dans : Commentaires
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Dimanche 4 mai 2008
Un article du Matin Dimanche nous apprend la venue à Genève d'un intellectuel anglais d'origine palestinienne, M. Azzam Tamimi. Se prononcer sur ses propos sortis de leur contexte me semble être un exercice périlleux. Par contre, je suis consterné de lire la réaction de M. Patrice Mugny, actuel maire de Genève. Je cite : "Si cet homme vient lancer à Genève un appel aux attentats suicide, il faut l'en empêcher !"

Heureusement que nous sommes en Suisse et que la liberté d'expression y est d'usage. Car mettez un Patrice Mugny à la tête d'un système totalitaire (comme il en existe encore bien trop en ce monde) et le pauvre Azzam se retrouverait en prison avant même qu'il ait pu prononcer un quelconque mot. Au lieu de l'empêcher de s'exprimer, il vaudrait mieux le convier dans des institutions helvétiques où il pourrait se rendre compte de la possibilité qu'ont des communautés distinctes de vivre sur un même territoire. Et la Suisse en est un bel exemple. J'ai souvenir de camps de vacances où sont conviés sur sol helvétique des jeunes Israéliens et de jeunes Palestiniens afin qu'il puisse communiquer entre eux. Voilà le genre d'action qu'il nous faut promouvoir afin que la haine entre ses deux peuples s'estompe. Une plus haute tenue langagière et des idées un brin plus lumineuses auraient été souhaitées de la part d'un élu à la tête d'une ville internationale comme Genève.

La Parole de l'Ecclésiaste ne devraient pas être oubliée : "Nous multiplions les discours, et nous ne parvenons à rien".

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Jeudi 1 mai 2008
Réduire la Thaïlande aux seuls délices de la fornication tarifée dont s'abreuvent les sociétés de contemporains serait bien malheureux tenant compte de tout ce que peut offrir ce pays enchanteur. Il est vrai que tout touriste est amené à croiser de nombreux séducteurs, souvent âgés, en compagnie de femmes thaïes, souvent jeunes. Mais c'est là le résultat d'un déséquilibre financier mondial où l'homme occidental, le falang en recherche d'une femme, répond à la demande sécuritaire de filles éduquées dans le seul but de le servir et d'assumer financièrement les vieux jours de leurs parents. Ecueil dû à la démocratisation des voyages.

Un mot sur
Qatar Airways. Si cette compagnie du golfe arabe veut se hisser au niveau d'Emirates, une des meilleures compagnies d'aviation qu'il m'ait été donné de fréquenter, il y a encore du travail ! Son aéroport international est loin de ressembler à un hub digne de ce nom : difficile de trouver une autre activité que la fréquentation du magasin duty free ! De plus, l'internationalisation des équipages enlève le parfum exotique propre à des compagnies nationales à l'image de Swiss ou encore Thaï qui s'exhale dès l'entrée dans l'avion. On prend d'ailleurs l'avion comme le bus de nos jours : durant ce séjour de moins de 3 semaines, ce n'est pas moins de 9 avions que j'aurai empruntés !!! Preuve de cette banalité, les hôtesses de l'air ne prennent même plus la peine de présenter les instructions en cas d'urgence. Mais le site Crash Aérien veille...

Un des buts du déplacement était donc de se faire une idée concrète quant à un établissement dans le pays, pour gérer un restaurant ou une pension (appelée plus généralement une guesthouse). J'étais d'ailleurs accompagné en partie de Yuan, la tenancière du
Shanti Lodge, à Bangkok. Les prix du raï (mesure thaïlandaise correspondant à 1600 m2) restent raisonnables dans des endroits perdus mais aussitôt vous vous approchez des sites touristiques, voilà que les terrains sont vendus à des prix d'or ne correspondant en rien au pouvoir d'achat local. Exemple à Pai, au Nord de la Thaïlande, près de la frontière birmane, avec un rai à un peu plus de 1'000'000 baths, soit moins de CHF 40'000.-. Par contre, à Phuket,  le raï peut se négocier à 20 millions de baths en bord de mer, soit près de 700'000 francs suisses !!! La faute aux investisseurs internationaux, soit les falangs : après les Chinois, ce sont les Russes qui arrivent les bras chargés de roubles. Nous avons d'ailleurs vu des devantures de restaurants en russe et en russe seulement (rappelons que nous nous trouvions en Thaïlande)... Pour tous ceux qui s'intéressent à investir dans l''immobilier en Thaïlande, entre autres agences : Vauban. De notre côté, nous irons voir du côté du Cambodge début 2009...

Sinon, le
programme de notre séjour a plus ou moins été respecté. Pai, niché au creux d'une vallée près de la frontière birmane, recèle encore un résidu de junkies. Dommage car la population est hospitalière. Quant au Sud, Krabi et Koh Phi Phi, ce sont là des endroits définitivement perdus, s'étant vendus au tourisme de masse. Point d'orgue de notre voyage : le Songkran, soit le Nouvel An thaï. Avec un superbe cortège lors du festival de Chiang Mai et trois journées plus qu'arrosées (d'eau) : les deux vidéos ci-dessous vous en donneront un aperçu.



Excellent souvenir que ce séjour au Siam avec Mijo, agréable compagnon de voyage, qui n'aura émis une quelconque plainte (malgré son habitude à fréquenter les 5 étoiles), se contentant de ce que le pays avait à offrir, non sans se délecter de sa cuisine succulente. Comme une pointe de regret m'envahit à chaque retour de voyage, je ne puis que me consoler en me plongeant dans le superbe ouvrage "Thaïlande - 9 jours dans le royaume par 55 photographes internationaux"...




par Voyage publié dans : Voyages
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