Vendredi 28 décembre 2007
La Cage aux lézards
Karen Connelly
Mon classement : ** - Commentaire :
Toute personne qui a déjà foulé le sol birman ne pourra qu'être touchée par ce récit émouvant du monde carcéral, une des nombreuses armes qu'utilise la junte au pouvoir. Les généraux ont réussi jusqu'à ce jour à boucler ce pays pour en faire une véritable prison où la suspicion règne en maître. Implacable quadrillage des villes et des villages illustré par cette anecdote personnelle : avec mon parrain Léon nous visitions la seconde ville du pays, Mandalay, chacun dans un rickshaw. Longeant un long mur, mon chauffeur s'est quelque peu éloigné de son collègue afin de m'expliquer qu'il s'agissait là du mur d'une grande prison où la torture est monnaie courante. Ainsi, il ne faisait pas même confiance à son collègue avec qui pourtant il travaillait tous les jours !A mesure que Teza, le héros incarcéré, se libère de son emprisonnement mental, le lecteur de ce roman prend conscience de différents préceptes bouddhistes que tout hsayadaw, abbé de l'école monastique, inculque aux novices, en langue pali, que le Bouddha lui-même parlait. "La seule façon d'arrêter une guerre est de cesser de haïr son ennemi". Merveilleux précepte que tout bouddhiste atteignant les 4 états sublimes (metta, karuna, mudita, upekkha) n'aura aucune peine à appliquer. Metta est le premier état sublime : amour et bienveillance, vouloir le bonheur pour soi et pour autrui. Karuna est le deuxième : la compassion envers soi et autrui. Mudita est le troisième état sublime : se réjouir du bonheur d'autrui. Enfin upekkha, le quatrième : équanimité devant ce qu'on ne peut changer. Et Teza de se demander s'il deviendra peut-être un Hpaya-Laung, un bodhisattva (l'équivalent d'un saint), bien que son père était zairbadi, un musulman birman. Il ne manque pas de réciter les Huits Préceptes :
S'abstenir de tuer tout être sensible.
S'abstenir de voler.
S'bastenir de commettre l'adultère.
S'abstenir de mentir.
S'abstenir de consommer de l'alcool et des drogues.
S'abstenir de manger après l'heure de midi.
S'abstenir de chanter, de santé, et de s'adonner à des plaisirs sensuels.
S'abstenir de dormir dans des lits hauts et confortables.
Un bon bouddhiste doit s'efforcer de respecter les cinq Premiers Préceptes. Les personnes qui font une retraite de méditation doivent suivre les Huit Préceptes en entier. Les moines ont une liste encore plus longue. Quant aux pagodes, elles sont le lieu idéal pour augmenter ses mérites. Par exemple en achetant des moineaux et les relâcher. Mais le bouddhisme est indissociable de la pratique de la méditation dans laquelle la respiration, cette mince ligne d'air lancée entre l'esprit et la mort, et sa maîtrise jouent un rôle primordial, où il s'agit de
respirer
inspirer
expirer
inspirer
expirer
inspirer
Sotapatti magga est la première étape pour devenir un éveillé; entrer dans le courant, cela veut dire recevoir le premier aperçu du nibbana.
"L'eau de la rivière n'est jamais la même" affirme le sage, auquel le dalaï-lama ajoute : "Il en va de même de celui qui la regarde". C'est la vérité de l'annica : rien n'est permanent. L'impermanence des choses et des êtres. Rien n'est jamais pareil pour personne. Alors, nous essayons de faire preuve d'upekkha, de vivre avec upekkha. Ca veut dire accepter le changement qui vient et le vivre sereinement. A genoux, les mains devant la poitrine, les yeux fermés, Teza récite silencieusement la prière pali :
Sabbe satta aham sukhita hontu.
Sabbe satta nidukka hontu.
Sabbe satta avera hontu.
Sabbe satta abyapajjha hontu.
Sabbe satta anigha hontu.
Sabbe satta sukki attanam pariharantu.
Que tous les êtres, quels qu'ils soient, soient heureux.
Que tous les êtres, quels qu'ils soient, soient exemptés de souffrance.
Que tous les êtres, quels qu'ils soient, soient exemptés d'hostilité.
Que tous les êtres, quels qu'ils soient, soient exemptés de malveillance.
Que tous les êtres, quels qu'ils soient, soient exemptés de maladie.
Que tous les êtres, quels qu'ils soient, puissent protéger leur bonheur.
Sans parler des éléments propres à ce pays que tout touriste aura plaisir à se remémorer avec des hommes qui fument des cheroots, l'omniprésence des boîtes de thanakha (la fameuse poudre dont se fardent les femmes et les enfants), le gène birman de l'apathie qui finalement a le mérite de tranquilliser (ou d'énerver, c'est selon) le voyageur stressé occidental, les kyats, la monnaie locale, le royaume de Pagan qui s'appelait Tattadesa, la terre desséchée, la ville de Yangon, un nom qui veut dire "l'ennemi est parti", le bol de mohinga garni d'un bel oeuf (cette soupe salée-sucrée où se noient des nouilles de riz moelleuses), une petite théière de le-phe-yeh, le thé amer, la cérémonie du ahlu - une noble offrande d'habits neufs pour les novices, ou encore le shin-byu, grand banquet d'ordination offert par la famille quand un fils entre au monastère.De plus, on y apprend quelques expressions birmanes (traduites phonétiquement, l'alphabet birman étant composé de 33 consonnes et 15 voyelles, un enchevêtrement de ronds et de traits) :
Ya-deh, ya-deh, ya-ba-deh (pas grave, ce n'est pas grave);
Ya-ba-deh, gey-sha ma shee ba boo (ce n'est pas grave, pas de problème);
La-may ja-may (ça viendra, en son temps);
Hpay hpay (papa);
Anadeh (le savoir-vivre);
Sanda (la lune, terme utilisé également comme prénom);
Nyi lay (petit frère);
Ako (grand frère);
Né gaun la ? (votre santé est bonne ?);
De gé la ? (vraiment ?);
Ko (la formule de politesse la moins formelle);
Ako, now-muh dwee-may (à bientôt grand frère).
Lecture que je vous recommande donc, en plus de mon billet sur la récente répression dont ont été victimes les moines bouddhistes. D'ailleurs, cette contestation qu'en Birmanie on appelle thbeik hmauk (une contestation étudiante) n'est pas nouvelle puisque les siècles passés ont déjà connu des grévistes de la faim, quand les moines ont voulu protester contre la corruption et la violence du roi et de ses favoris. Car derrière le joyau d'un sourire que le gamin offre à Teza, chacun son karma dans cette chienne de vie, remplie de souffrance, inévitable souffrance. Qui sait si la narcojunte au pouvoir fêtera ses 50 ans de règne ininterrompu en 2012 ?
4e de couverture :
Teza est un étudiant de vingt-cinq ans quand il est arrêté par les services secrets birmans pour avoir trop chanté contre la junte militaire qui dirige le pays depuis des décennies. Jeté dans une geôle putride et sombre de la prison de haute sécurité de Rangoon, appelée la " cage ", il est condamné à vingt ans de détention en isolement total. Coupé de sa famille depuis sept longues années et interdit de contact avec les autres prisonniers, il est la victime jour après jour des violences sadiques d'un gardien-chef fou. Pour seuls compagnons de cellule il n'a que quelques lézards et insectes, pour uniques nouvelles du " Dehors " des fragments de journaux qui font office de papier à cigarette ; pour toute ressource, ses convictions bouddhistes. A l'issue d'un événement dramatique, Teza noue une amitié avec Nyi Lay, un orphelin de douze ans élevé dans l'enceinte de la prison. C'est ce lien extraordinaire entre eux qui fait naître enfin une lueur d'espoir au c?ur de l'obscurité, de la violence et de l'injustice, brillante comme une promesse de fraternité et d'humanité. Admirablement écrit et riche en rebondissements imprévus, La Cage aux lézards est un livre impressionnant entre thriller haletant et émouvant témoignage engagé. Premier roman de Karen Connelly, il a déjà pris une place de choix auprès des célébrations littéraires de la résistance et de la dignité humaines.
Extraits et tournures de phrases appréciés : - Si tu mens, vieil homme, tu le regretteras toute ta vie. [...]- Mon ami, combien d'hommes vous ont dit la vérité et l'ont regretté toute leur vie ?[...] pourquoi les livres sentent le bois humide ? Parce que chaque livre, dans sa vie antérieure, était un arbre.Des chaussures dépourvues de pieds sont capables de porter de terribles accusations.
Elles sont pourtant bien intéressantes, les diverses expressions du silence. Il est en train d'en apprendre le lexique complet, chaque pause étant pleine de signification.
Il savait qu'un corps sans sépulture n'a pas d'autre choix que de devenir un fantôme.
[...] jusqu'au ciel, qui est miséricordieusement bleu, et traversé de véloces nuages blancs.
[...] pour prévenir toute déception [...]
[...] comme le murmure de tous les mots cachés dans l'encre [...]
Il était parti, l'insulte à la bouche [...]
Il se souvient du monde, cet arbre toujours croissant de pensée et de possibilité.
S'il était fumeur, il pourrait avoir l'air occupé tout en ne faisant absolument rien.
Le directeur n'est pas grand, mais il porte le pouvoir de son poste comme il porte son grade. Le silence, c'est lui qui le gère.
Lorsque le gamin aura dit au revoir au chanteur, leurs vies changeront. Eux-mêmes changeront, comme un animal se transforme en un autre animal ou une pierre devient chair ou une cascade d'eau bleue prend soudain feu.
[...] il affiche un sourire prophylactique [...]J'y ai appris (ou retrouvé) de nouveaux mots (dico) :Lorsqu'il a fini son dépiautage
Des femmes louvoyaient prudemment dans la foule
Il me laisse te mettre de l'eau en rabe
Sen Yun avance une lippe dubitative
Le capitaine lui a collé un coquard
Un jeune péquenot
Qui se redresse dans sa guérite
Mais les chansons sont devenues élégiaques
La cendre des cheroots tombe sur les frettes
La cour en flaques bouillasseuses
Cet embrouillamini d'herbes et d'ordures
Beau Gosse a fait valdinguer son plateau
Sen Yun continue à bavasser
Je suis le grouillot des politiques
Une mèche luisante de gomina
La terreur s'est dégagée de sa longe
Il vaut mieux laisser Beau Gosse continuer à pousser sa gueulante
Des shrapnels venant d'exploser
Je ne peux pas saquer ces saloperies de rats
Cette huile épicée chapardée
De peur d'être pris dans l'algarade
Un petit bonhomme bougon
Les tantouzes ont des plus belles nippes que sa femme
Quatre détenus ont été envoyés au mitard
Cet autel bancal
Finalement, le cuistot ne va pas clamser, dommage !
Les lazzis de leurs surveillants
Le babillage de moineaux en pleine discussion
La terreur réside dans cette inévitabilité
Récit de lune
Guo Songfen
Mon classement : * - Commentaire :
La littérature chinoise est ma foi très attirante, malgré la trahison inéluctable de toute traduction. Guo Songfen, l'auteur taiwanais décédé, est un homme mais son récit est féminin, comme la lune, comme Wenhui que suit le narrateur, comme la trahison, dont sera victime Tiemin, l'amour de Wenhui.
4e de couverture :
Taiwan, années cinquante. Atteint de tuberculose, hanté par les souvenirs de la guerre et les bombardements américains, Tiemin est soigné avec un grand dévouement par Wenhui, sa jeune épouse. Une fois guéri, il se voit impliqué dans une tempête politique dont il tient sa femme à l'écart. Une insidieuse angoisse s'installe, qui vient s'immiscer dans leur relation. La conjonction fatale de la maladie, de l'engagement politique et de la jalousie les pousse alors aux implications les plus extrêmes.
Extraits et tournures appréciés :La nature y est fort présente, aux abords de Taïpei, la capitale de Taiwan :
[...] le ciel pâlissait au chant des mésanges.
Au-dessus d'elle surgirent les étoiles, qui, une à une, s'accrochèrent au ciel lisse.
Le vent du soir se leva. Elle lui offrit ses joues brûlantes [...]
Des éclairs zébrèrent le ciel [...]
Leur existence nouvelle prenait racine dans le jardin potager.
[...] ils s'en retournaient en vélo, emportant avec eux la lumière de toute une journée.
L'écriture ciselée :
[...] il s'était déjà composé un visage grave [...]
[...] partir vers un ailleurs.
Et l'inéluctable affirmé :
Devant le miroir, elle tressaillit. Elle avait peine à se reconnaitre. Elle était trop jeune encore pour vieillir, mais une main invisible l'avait déjà agrippée et la tirait à elle.
Avec de terribles considérations sur la femme :
[...] les femmes sans enfants, tôt ou tard, se retiraient dans un petit coin obscur, oppressées par un sentiment de vide indicible.
[...] comme une femme qui vient de concevoir, le coeur rempli de joie, mais qui se garde de le révéler inconsidérément.
Peut-être que l'essentiel peut être résumé à ceci :
[...] un rythme qui répondait à une certaine idée de la vie, faite de sérénité et d'équilibre, mais aussi d'un espoir ardent.
Elle n'était parvenu à rien, tout lui échappait.
En guise de conclusion :
"Peut-être est-on toujours seul, dans la vie" se dit alors Wenhui pour la seconde fois.
J'y ai appris de nouveaux mots (dico) :
toujours un peu plus loquace
une porte à deux battants munies de jalousies
s'élançait vers le ciel à travers la bruine
le Dr Cai se montra aussi disert
d'un halo qui s'agrandissait lentement
le parfum d'huile de tung
une extrême déréliction
Dimanche 16 décembre 2007
En bon secoueur de fonctionnaires que je suis, je ne pouvais décemment vous priver de la remarque faite sur ma demande de renouvellement du permis d'établissement ici en Suisse... La seul manière pour moi d'y échapper serait de demander ma naturalisation helvétique... j'y réfléchis ! Car je doute qu'un quelconque changement ait lieu...

Comme l'image est minuscule, voici la transcription du texte manuscrit, sachant qu'il est écrit plus haut : "Signature de l'étranger".
Et si vous pensiez à modifier ce terme, devenu péjoratif dans l'esprit collectif ? On pourrait par exemple utiliser le mot "requérant".
Cette remarque peut être ignorée, ou alors, si vous en épousez le sens, transmise à vos supérieurs pour qu'un sain changement ait lieu. Merci de votre attention.
Cette histoire-là
Alessandro Baricco
Mon classement : **(*) - Commentaire :
Ecriture étincelante que celle d'Alessandro Baricco, étincelante comme l'étaient les carrosseries surgies dans la vie d'Ultimo Parri, le héros de cet extraordinaire roman, celui du XXe siècle, siècle marqué par deux guerres mondiales, qui à leurs tours, marqueront Ultimo, sur les rives du Tagliamento, au Frioul (pays des mes origines).
4e de couverture :
Ultimo Parri est un jeune homme qui vieillit en s'efforçant de remettre de l'ordre dans le monde. Il a cinq ans lorsqu'il voit sa première automobile, l'année de la course mythique Versailles-Madrid de 1903, dix-neuf le jour de la grande défaite de Caporetto en 1917, vingt-cinq lorsqu'il rencontre la femme de sa vie, et beaucoup plus le soir où il meurt, loin de sa campagne piémontaise natale. Cette histoire-là est son histoire, qui nous emporte dans une course effrénée à travers le vingtième siècle, à laquelle l'écriture brillante et habile d'Alessandro Baricco confère une formidable vivacité, pour en faire une de ses plus belles réussites.
Extraits et tournures appréciés :Ultimo s'appelait ainsi parce qu'il avait été le premier enfant.
- Et le dernier, avait aussitôt précisé sa mère, dès qu'elle eut repris ses sens après l'accouchement.
Il fut donc Ultimo, le dernier.
Si tu aimes quelqu'un qui t'aime, ne démolis jamais ses rêves. Le plus grand, le plus absurde de ses rêves, c'est toi.
Libero Parri découvrit ensuite que la cuisinière arrondissait ses revenus grâce à une chambre au premier étage, où, disait-elle, on pouvait se reposer un peu. Le comte se reposa un peu. Libero s'en tint au lapin. Qui n'était pas mal en effet.
[...] cette route qui sinuait vers les hauteurs avec la froideur d'un serpent était une hyperbole de l'imagination.
[...] le vrai talent est d'avoir les réponses, quand les questions n'existent pas encore.
[...] n'étaient qu'une gêne promise à l'effacement.
Dans le cerveau-enfant capable d'un tel axiome - que c'est la route qui dompte les automobiles et non l'inverse - était déjà inscrite une vie entière. Curieux comme les gens sont eux-mêmes, bien avant de le devenir.
[...] il aimait conduire la nuit tous phares éteints, pour surprendre ses adversaires et, disait-il, pour ne pas déranger la lune.
[...] les yeux baissés, enfermé dans sa royauté.
[...] mourir et donner des noms, on ne fait sans doute rien de plus sincère, pendant tout le temps où on vit.
[...] un facteur anarchiste qui avait trois filles et les avait appelées Liberté, Egalité et Fraternité.
[...] pour celui qui est né paysan, l'ouvrier est toujours un chien à la traîne. [...] il sentit distinctement l'odeur du fumier prendre congé de sa vie, à jamais.
[...] le Palais Royal. Ils ne le trouvèrent pas, puisqu'il n'était pas là.
[...] comme une incarnation du péché qu'aucun bordel n'arriverait jamais à égaler.
Avec la mélancolie qui est le cadeau ultime du vin [...]
[...] personne ne doit jamais penser qu'il est seul, car en chacun de nous vit le sang de ceux qui nous nt engendrés, et cette chose-là remonte à la nuit des temps.
Il eut l'intuition que tout mouvement tend à l'immobilité et que seul le trajet qui conduit vers soi-même est beau.
[...] mais les choses tournèrent autrement, et ce fut aussi bien.
Il avait trente-six ans et aucune raison d'être au monde [...]
Ultimo senti le sang s'absenter momentanément de tous les endroits où il aurait dû être.
Ainsi se refermait le cercle des évènements, dans la quiétude en apparence inchangée des choses.
Ultimo regardait les montagnes indifférentes. C'était toujours difficile de s'expliquer le mystère de cette silencieuse mansuétude d'animal domestique qui ne réagissait pas à l'obscénité de ce que les hommes lui infligeaient, en le meurtrissant avec leur guerre de bombardements et leurs barbelés, sans aucun respect ni répit. On se damnait pour faire d'elle un cimetière, et pourtant la montagne était là, immobile, sans se soucier des morts, recousant heure après heure le tissu des saisons et maintenant la promesse de perpétuer la terre et de la transmettre. Les champignons poussaient, et les bourgeons s'ouvraient. Il y a avait des poissons, dans les rivières, qui déposaient leurs oeufs. Des nids parmi les branches. Des bruits dans la nuit. Ce qui demeurait peu clair, c'était quelle leçon tirer de ce message muet d'indifférence inaltérable. Un signe de l'insignifiance de l'homme, ou au contraire l'écho de la reddition définitive du monde devant la folie humaine.
[...] pure présence au monde.
[...] ou alors morts, [...] accrochés aux barbelés comme des âmes sur un fil à linge.
[...] ça peut vouloir dire tellement de choses, un incendie, dans la grammaire de la guerre.
[...] un shéma immuable de la perception.
[...] une disponibilité extraordinaire au sacrifice [...]
[...] aux yeux des soldats qui cherchaient une quelconque certitude dans les miens, je ne fus capable de renvoyer que la dilatation absurde de cet instant [...]
[...] la guerre, quelquefois, c'est par l'observation des détails qu'on la comprend.
[...] la guerre avait continué à tuer bien après que les armes eurent cessé de tirer. C'était comme un animal qui avait emporté ses victimes au creux de sa tanière, et maintenant les dévorait calmement, en les gardant en vie le plus longtemps possible, pour que la chair vivante reste tiède.
[...] rien de ce qu'ils cherchaient ne se décidait à apparaître.
Mais Ultimo, je n'ai pas envie de le corrompre. Lui, c'est un cristal à sauver.
Je voudrais vivre là où l'Histoire n'arrive pas.
Puis toutes les fois où j'ai peur sans qu'il y ait de raisons d'avoir peur. C'est comme un piano qui se met à jouer tout seul, sans personne qui joue.
[...] notre propre vocation atavique à la tragédie.
Je n'ai plus d'illusions sur la noblesse des gens, et c'est pourquoi je sais apprécier chez eux cet art inestimable de cohabiter avec leurs propres imperfections.
[...] les gens vivement pendant tellement d'années, mais en réalité ils ne sont vivants que quand ils arrivent à faire ce pour quoi ils sont nés. Avant et après, ils ne font qu'attendre et se souvenir.
[...] la tristesse des jeunes est toujours irrémédiable, et leur souffrance sans motif.
[...] ces gens-là avaient la patience de l'insecte et la détermination du rapace,. Ils n'avaient pas reçu le luxe du doute en héritage.
[...] parce qu'elle avait beaucoup vécu pendant toutes ses années, sans mourir, jamais.
Pour tant de gens, ç'avait été une folie, alors que ce n'était qu'un geste exact, arraché au chaos de la contingence, et qu'ils avaient fait ensemble.
Il avait depuis longtemps perdu le contact avec certains de ses rêves de jeunesse et il avait l'impression que vivre n'était désormais plus guère qu'une manière honorable de limiter les dégâts.
Le personnel de l'hôtel n'avait pas manqué de juger avec sévérité un tel ménage à trois, mais les pourboires d'Elizaveta Seller avaient quelque chose de spectaculaire et au bout de quelques semaines le seuil de pudeur, entre les murs de l'hôtel et dans tout le village, se révéla d'une étonnante souplesse.
[...] tous les amants se croient uniques et aucun ne l'est.
[...] chaos infini que sont toutes les vies [...]
Et elle comprit ce qui nous émeut dans les livres [...]
J'y ai appris de nouveaux mots (dico) :
l'allure dégingandée
des peausseries
ils sortirent de la peupleraie
Ultimo laissa tomber son havresac
- Aboule ta ration, dit le petit.
Phalènes dans la lumière
Une grande claque qui envoyait valdinguer son casque
Vos carambouilles
Ce cabrage
En savoir plus sur Alessandro Baricco sur Wikipedia ou Evène. Pour ceux d'entre vous qui comme moi comprennent l'italien, il y a un site web incontournable : OceanoMare où vous apprendrez les dernières nouvelles de cet auteur. Et enfin le site web que l'éditeur a consacré à "Questa storia", avec une courte vidéo très bien réalisée où Alessandro Baricco raconte la naissance de son roman et ce qui l'a inspiré.
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Mercredi 12 décembre 2007
Moi qui crois aux grands équilibres de Mère Nature, je ne peux que me réjouir de l'éviction démocratique du conseiller fédéral Christoph Blocher. A force de vociférer contre tous les abus, le voici bouté hors de l'exécutif helvétique. Tout boomerang lancé maladroitement finit toujours par revenir vers le lanceur et causer d'indicibles dégâts... Bhéhéhéhéhé...