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Jeudi 21 août 2008
Un collègue cultivé (et donc apprécié) m'avait jadis appris l'existence d'un poème à mon prénom composé par Paul Verlaine. Je ne résiste pas à l'envie de vous le livrer, sans commentaire, comme il sied à la poésie.

   Marco.

    Quand Marco passait, tous les jeunes hommes
    Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes
    Où les feux d'Amour brûlaient sans pitié
    Ta pauvre cahute, ô froide Amitié ;
    Tout autour dansaient des parfums mystiques
    Où l'âme en pleurant s'anéantissait,
    Sur ses cheveux roux un charme glissait ;
    Sa robe rendait d'étranges musiques
    Quand Marco passait.

    Quand Marco chantait, ses mains sur l'ivoire
    Évoquaient souvent la profondeur noire
    Des airs primitifs que nul n'a redits,
    Et sa voix montait dans les paradis
    De la symphonie immense des rêves,
    Et l'enthousiasme alors transportait
    Vers des cieux connus quiconque écoutait
    Ce timbre d'argent qui vibrait sans trêves
    Quand Marco chantait.

    Quand Marco pleurait, ses terribles larmes -
    Défiaient l'éclat des plus belles armes ;
    Ses lèvres de sang fonçaient leur carmin
    Et son désespoir n'avait rien d'humain ;
    Pareil au foyer que l'huile exaspère
    Son courroux croissait, rouge, et l'on aurait
    Dit d'une lionne à l'âpre forêt
    Communiquant sa terrible colère
    Quand Marco pleurait.

    Quand Marco dansait, sa jupe moirée
    Allait et venait comme une marée,
    Et, tel qu'un bambou flexible, son flanc
    Se tordait, faisant saillir son sein blanc :
    Un éclair partait. Sa jambe de marbre,
    Emphatiquement cynique, haussait
    Ses mates splendeurs, et cela faisait
    Le bruit du vent de la nuit dans un arbre
    Quand Marco dansait.

    Quand Marco dormait, oh ! quels parfums d'ambre
    Et de chair mêlés opprimaient la chambre !
    Sous les draps la ligne exquise du dos
    Ondulait, et dans l'ombre des rideaux
    L'haleine montait, rhythmique et légère ;
    Un sommeil heureux et calme fermait
    Ses yeux, et ce doux mystère charmait
    Les vagues objets parmi l'étagère,
    Quand Marco dormait.

    Mais quand elle aimait, des flots de luxure
    Débordaient, ainsi que d'une blessure
    Sort un sang vermeil qui fume et qui bout,
    De ce corps cruel que son crime absout ;
    Le torrent rompait les digues de l'âme,
    Noyait la pensée, et bouleversait
    Tout sur son passage, et rebondissait
    Souple et dévorant comme de la flamme,
    Et puis se glaçait.


Texte tiré des Poèmes saturniens et publié sur le site Toute la Poésie avec une brève introduction. Un original internaute a même créé le site officiel de Paul Verlaine  ;-)

Par Marco del Rugo - Publié dans : Lectures
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