Témoins d'un monde disparu
Ella Maillart / Nicolas Bouvier
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Ce week-end s'annonce sous les meilleurs auspices avec la lecture matinale ce samedi de "Témoins d'un monde disparu", véritable éloge qu'a dressé Nicolas Bouvier de
l'écrivain-voyageur Ella Maillart, dont Paul Morand dit d'elle qu'elle a désappris à parler. Ce petit livre de la collection Mini Zoé des Editions Zoé contient 20 photos de celle
qui m'aura donné envie de découvrir l'Inde (alors que j'effectuais un périple dans le
Sud-Est asiatique) à travers la lecture de "Ti-Puss ou l'Inde avec ma chatte".
Il y est question de l'Inde bien sûr mais n'étant ni sage ni indien, Nicolas Bouvier aborde ce chapitre avec circonspection. L'Inde, et ces doux bavards épris
d'essentiel. Mais aussi ces gourous en toc et sâddhus de pacotille qui viennent ici s'engraisser de notre jobardise occidentale.
Et il y est forcément question du voyage qui permet de ressentir les harmoniques qui lient les êtres et les choses plutôt que d'en rester à ce qui les sépare. Ella Maillart écrit qu'autrefois
elle voyageait pour se réjouir des différences et aujourd'hui pour se réjouir des ressemblances. Et cite le maître chinois Chuang-Tzou : "Si nous abordons les choses par leurs différences, même
le foie et la rate sont aussi éloignés que les villes de Ch'u et de Yueh. Si nous les abordons par leurs ressemblances, le monde est un."
Ce texte ravira les asiatisants qui auront succombé à cette fabuleuse dérive du voyage où soi-même - avec quel soulagement - on se sent disparaître. Et les poussera à se
replonger dans les ouvrages d'Ella Maillart comme "Oasis interdites" que Bouvier tient pour un chef-d'oeuvre {...} dont les protagonistes sont l'espace, le silence et une forme de bonheur
dont on ne guérit jamais.
Le monde disparaît certes, et c'est là mouvement naturel, mais il ne cesse de réapparaître, enchanté, en s'offrant aux yeux de ceux qui le regardent et l'écrivent
ensuite.
4e de couverture :
«J'ai rencontré Ella Maillard en 1952 pour lui demander des avis sur la route Genève-Madras qu'elle avait faite à deux reprises et que nous comptions, un ami et
moi, emprunter. Ses conseils furent d'une sobriété toute britannique: "Partout où des hommes vivent, un voyageur peut vivre aussi..." »
Ce petit livre présente vingt photos parmi les plus surprenantes de la célèbre voyageuse (1903-1997), et le plus beau portrait qui fut écrit sur elle, celui de Nicolas Bouvier.
Extraits, tournures et expressions appréciés :
Ces deux fadettes à boucles puis à franges [...]
La religion de ces vestales sportives est faite [...]
[...] on leur fait fête [...]
[...] queue qui bat la semelle à la consigne [...]
[...] pas l'ombre de ces calembredaines chamanistiques ou divinatoires qui ont mis le fâcheux Gurdjieff si fort à la mode.
Elle est plus dure à la peine qu'un chien eskimo.
[...] ces deux héros boucanés et littéralement muets de bonheur. Déception pour les
échotiers du microcosme colonial [...]
On rencontre parfois de braves gens qui nous tuent avec quelques lambeaux de mystique indienne aussi seyants qu'un turban rajpout sur un costume d'armailli. C'est n'est qu'une mode, elle passera
au profit de la suivante.
J'y ai appris de nouveaux mots ou apprécié
des mots oubliés (dico) :
les zélateurs français
trois sans-filistes perclus de solitude
à force de tarabuster leur poste-radio
alors que les horions pleuvent
quatre vieux tringlots
cet immense chaudrons de grésil
ce texte [...] a besoin d'un codicille
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Par Marco del Rugo
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Publié dans : Lectures
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