Mémoire de mes putains tristes
Gabriel Garcia Marquez
roman
Mon classement : *(*) - Commentaire :
Toute la verve latine de ce Prix Nobel pour raconter le seul amour du narrateur, grand amateur d'amours tarifés.
Fribourg, le 6 juillet 2005
4e de couverture :
"L'année de mes quatre-vingt-dix ans, j'ai voulu m'offrir une folle nuit d'amour avec une adolescente vierge. Je me suis souvenu de Rosa Cabarcas, la patronne d'une maison close qui avait l'habitude de prévenir ses bons clients lorsqu'elle avait une nouveauté disponible.
Je n'avais jamais succombé à une telle invitation ni à aucune de ses nombreuses tentations obscènes, mais elle ne croyait pas à la pureté de mes principes. La morale aussi est une affaire de temps, disait-elle avec un sourire malicieux, tu verras."
G.G.M.
Extraits et tournures appréciés :
Avec cette discipline désinvolte qui m'a fait perdre tant d'amoursMa mère, sur son lit de mort, m'avait supplié de me marier jeune avec une femme blanche et d'avoir au moins trois enfants [...]. Je voulais exaucer son voeu, mais j'avais une idée si large de la jeunesse que je n'ai jamais eu l'impression qu'il pouvait être trop tard.
... mais l'attirance satanique qu'elle exerçait sur moi
J'arrivais [...] avec un cadeau quelconque, babioles artisanales ou chocolats suisses (là je précise que l'auteur est Colombien et que moi j'habite en Suisse ;-)
La veille du mariage, le bal du Poder de Dios s'est achevé par une cérémonie qui n'avait pu surgir que de l'imagination d'un curé espagnol embourbé dans la concupiscence, lequel avait revêtu toutes les filles de voiles et de fleurs d'oranger, afin de me les donner en mariage par un sacrement universel. Ce fut une nuit de grands sacrilèges au cours de laquelle vingt-deux d'entre elles m'ont juré amour et obéissance et moi fidélité et protection jusqu'à l'au-delà de la tombe.
Ximena Ortiz a quitté le pays le soir même et n'est revenue qu'une vingtaine d'années plus tard, bien mariée et avec les sept enfants qui auraient pu être les miens.
Sur un ton solennel, comme s'il venait de l'inventer, il m'a dit : le monde va de l'avant. Oui, ai-je répondu, il va de l'avant, mais en tournant autour du soleil.
Une femme ne pardonne jamais à un homme de n'avoir pas daigné l'étrenner.
Je ne fais pas bon ménage avec les animaux, pas plus qu'avec les enfants qui ne savent pas encore parler. Je trouve qu'ils ont l'âme muette.
... au fond de ma gorge j'ai senti se serrer le noeud gordien de toutes les amours qui auraient pu être et n'avaient pas été.
... j'ai découvert des lézardes qui n'étaient pas là l'hiver précédent. La plus grande avait commencé à inonder le côté droit de la bibliothèque. Je me suis dépêché de porter secours aux auteurs grecs et latins qui vivaient dans les parages...
... de même qu'on oublie des événements réels, certains qui n'ont jamais existé peuvent demeurer dans la mémoire comme s'ils avaient eu lieu.
C'était incroyable : en la voyant en chair et en os et en la touchant, elle me semblait moins réelle que mes souvenirs,.
... la force invincible qui mène le monde, ce ne sont pas les amours heureuses mais les amours contrariées.
Le sexe c'est la consolation quand l'amour ne suffit pas.
... ses têtons s'ouvraient comme des fleurs sans même que je les touche.
... elle écoutait sans ouvrir les yeux, et elle me répondait avec le langage naturel de son corps.
L'information officielle, prolixe en gros titres mais avare de détails...
... c'était un téléphone sans coeur.
... j'ai constaté une fois de plus avec horreur qu'on vieillit davantage et plus mal sur les portraits que dans la réalité.
En lisant Les Ides de Mars, j'ai trouvé une phrase sinistre que l'auteur attribue à Jules César : II est impossible de ne pas finir par être tel que les autres vous voient. Je n'ai pu vérifier sa véritable origine dans l'oeuvre de César ni dans celles de ses biographes, de Suétone à Jérôme Carcopino, mais elle valait la peine d'être retenue.
... un vieil amour à trois francs six sous...
Nous sommes vieux, a-t-elle soupiré. L'ennui, c'est qu'au-dedans on ne le sens pas, mais qu'au-dehors, tout le monde le voit.
L'air conditionné était en panne, et la fine fleur des arts et des lettres mijotait au bain-marie dans une salle comble...
... la distraction a conduit mes pas rue des Notaires.
Biographie de Gabriel Garcia Marquez
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