Histoire couleur terre
Kim Dong-Hwa
Mon classement : ** - Commentaire :
Pour qui, comme moi, est déjà allé en Corée, les manhwas (la BD coréenne) de Kim Dong-Hwa, auteur d'une rare sensibilité, permettent de s'y replonger à moindres frais ;-)
Jeunes ou vieilles, les femmes sont des créatures bien étranges. A chaque pluie de printemps, leur curiosité devient un peu plus grande. Avec une telle
entrée en matière, je ne pouvais passer à côté de ce coffret contenant les 3 tomes d'Histoire couleur terre, chronique de la vie dans la campagne coréenne. Histoire d'une jeune veuve et sa fille,
cette dernière étant confrontée à l'éclosion de sa féminité. L'auteur y distille savamment les anciennes traditions coréennes. Grâce au travail de la traductrice, on y apprend également quantité
d'expressions locales comme celle-ci : Tout le monde sait que tu es aussi endurant qu'un moineau (l'équivalent coréen de l'expression "rapide comme un
lapin") à laquelle la veuve répond, taquine : Hélas, un moineau n'a pas le bec qu'il faut pour boire dans une carafe.
Lecture jouissive, avec l'agrément d'un dessin au trait subtil, pour adultes (quoiqu'une adolescente puisse y trouver source d'inspiration poétique).
4e de couverture
Histoire couleur
terre se singularise par une poésie lancinante et douce, un romantisme tendre et touchant, une sensualité dans le jeté du trait et un humour ironique et léger à l'égard des choses de la vie. Ici,
l'auteur invente quelque chose d'intermédiaire entre l'Asie et l'Europe : une histoire universelle qui parle à tous de l'amour.
Et voici un conte illustrant le triste sort de la femme coréenne, jadis (tiré du tome 2) :
Il était une fois une belle jeune fille qui était en âge de se marier.
Le jour de ses épousailles, sa mère lui donna le conseil suivant.
Fais comme si tu n'as rien vu, rien entendu et rien compris.
C'est le seul moyen de supporter la vie chez la belle-famille.
Obéissante, la jeune fille passa trois ans comme une muette.
Trois ans comme une aveugle, et encore trois ans comme une sourde.
Au bout de ces trois fois trois années, les persils donnèrent des fleurs.
Mais furieux d'avoir une brue muette, le beau-père décida de la renvoyer
chez elle. Alors que le palanquin se rapprochait de la demeure familiale,
un ri de faisan se fit entendre. La jeune femme s'écria alors.
"Oh, un faisan vient de s'envoler vers le bosquet."
Ravi de découvrir enfin le son de sa voix, le beau-père fit arrêter le palanquin.
Puis il ordonna aux valets d'aller attraper sur le champs le faisan.
Aussitôt dit, aussitôt fait.
"Rentrons immédiatement chez nous", déclara le beau-père.
De retour chez la belle-famille, elle fit cuire le faisan
au feu de bois et le distribua à la ronde. Voici pour vous les ailes,
cher beau-père, vous qui aimez tant vous donner de grands airs.
Voici pour vous le bec, chère belle-mère, vous qui aimez tant médire.
Voici pour vous les yeux, chère aïeule, vous qui aimez tant espionner.
Voici pour vous le croupion, cher aïeul, vous qui êtes sujet aux flatulences.
Voici pour vous la bile, chère belle-soeur, vous qui êtes sujet à la jalousie.
Voici pour vous les pattes, mon cher époux, vous qui n'êtes jamais là
quand on a besoin de vous. Et je garde pour moi le coeur,
car un trop plein de chagrin a fini par briser le mien.
Il n'existe pas de pire épreuve que la vie de la femme mariée.
Mes larmes ont fini par déteindre sur les dix pans de ma jupe.
Mes larmes ont finir par chiffonner les manches de mon beau corsage.
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Monsieur Rugo,
Comme à l'accoutumée, nous nous réjouissons de pouvoir vous emprunter l'ensemble des livres dont vous assurez si remarquablement les commentaires.
Notre porte-monnaie en sera d'autant plus soulagé grâce à vous !
Merci d'avance.
Boris Ducon