La justice de l'inconscient
La justice de l'inconscient
Frank Tallis
Mon classement : ** - Commentaire :
Extraits, tournures et expressions appréciés :
J'y ai appris de nouveaux mots (dico) :
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Frank Tallis
Mon classement : ** - Commentaire :
Je ne sais si la Fête nationale du 1er Août me touchera davantage une fois naturalisé helvète, toujours est-il que je me suis abandonné à une singulière lecture ce 1er août 2008. Singulière à plus d'un titre. En premier lieu, le bouquin m'a été offert par Jaya, sympathique libraire d'origine indienne à la Fnac de Fribourg, alors que j'achetais d'autres titres. Ensuite, je n'ai pas pour habitude de lire des polars.
J'avoue que "La justice de l'inconscient", de la collection "Grands détectives" des Editions 10/18, se lit plaisamment. L'intrigue est captivante avec d'intrigants rebondissements. Ces "Carnets de Max Liebermann" (série avec déjà trois ouvrages parus) donnent à découvrir la Vienne du début du XXe siècle : on y croise le Dr Freud et le chef d'orchestre et compositeur Gustav Mahler, l'antisémitisme est omniprésent, tout comme les effluves du brandy, des cigares de Cuba et des fameuses pâtisseries viennoises. C'est un roman bercé par les lied que chantent l'inspecteur Oskar Rheinhardt (il me faudra d'ailleurs écouter Das Wandern, chant joyeux composé à la gloire du voyage, qui ouvre le cycle de La Belle Meunière, de Schubert), accompagné au piano par son ami le Dr Max Liebermann, psychiatre, discipline médicale qui n'en est qu'à ses balbutiements. Une saine amitié les lie :
- Je ne peux pas te donner de conseil, Max, car chaque homme doit aller son chemin dans la vie. Mais je peux te parler un peu de mon expérience. Peut-être que ça pourra t'aider, peut-être pas.
L'intérêt est sans doute expliqué par la profession de l'auteur anglais, qui est docteur en psychologie (on y apprend par exemple que le rêve dont nous nous souvenons est une version modifiée de l'original). Les portraits et les méthodes d'investigation s'en ressentent. Il relate d'ailleurs l'humour juif du Dr Freud :
Deux Juifs se rencontrent devant les bains publics. "Tu as déjà pris un bain ? demanda l'un. - Pourquoi ? répliqua l'autre. Il en manque un ?"
ou encore :
- A quoi reconnaît-on que Jésus était juif ?
- Je ne sais pas. A quoi reconnaît-on que Jésus était juif ?
- Il a vécu chez ses parents jusqu'à trente ans, il a repris l'affaire de son père et, pour sa mère, il était Dieu !
Intéressantes également les descriptions des ambiances viennoises :
- Il va tomber des cordes, dit-il en regardant par la vitre
Dehors, Vienne avait succombé à un crépuscule surnaturel.
Le tonnerre gronda une nouvelle fois - grognement mécontent d'une divinité de second ordre.
Le sol était encore mouillé, [...] un archipel de flaques.
Une bourrasque nimba l'allée d'un voile de bruine diaphane.
Sous ce firmament vindicatif, Vienne ressemblaient à une cité biblique décadente, mûre pour le châtiment, purifiée par un feu sacré.
N'oublions pas non plus l'évolution du rôle des femmes dans la société :
Liebermann reconnut que ses compatriotes, surtout les sympathisants du mouvement pangermanique, s'opposaient avec violence à l'entrée des femmes en politique et à leur participation à la vie publique. Pour eux, l'éducation des femmes devait servir un seul but : les préparer à être mères. Bien que l'université ait ouvert ses portes aux étudiantes en médecine, l'ensemble du corps enseignant s'y était opposé. Il fallut que le vieux François-Joseph en personne exige que les musulmanes bosniaques soient soignées par des doctoresses pour que la concession fût lâchée. Il était d'ailleurs toujours impossible à une femme d'étudier le droit et il y avait peu de chances que la situation évolue.
4e de couverture :
J'avoue que "La justice de l'inconscient", de la collection "Grands détectives" des Editions 10/18, se lit plaisamment. L'intrigue est captivante avec d'intrigants rebondissements. Ces "Carnets de Max Liebermann" (série avec déjà trois ouvrages parus) donnent à découvrir la Vienne du début du XXe siècle : on y croise le Dr Freud et le chef d'orchestre et compositeur Gustav Mahler, l'antisémitisme est omniprésent, tout comme les effluves du brandy, des cigares de Cuba et des fameuses pâtisseries viennoises. C'est un roman bercé par les lied que chantent l'inspecteur Oskar Rheinhardt (il me faudra d'ailleurs écouter Das Wandern, chant joyeux composé à la gloire du voyage, qui ouvre le cycle de La Belle Meunière, de Schubert), accompagné au piano par son ami le Dr Max Liebermann, psychiatre, discipline médicale qui n'en est qu'à ses balbutiements. Une saine amitié les lie :- Je ne peux pas te donner de conseil, Max, car chaque homme doit aller son chemin dans la vie. Mais je peux te parler un peu de mon expérience. Peut-être que ça pourra t'aider, peut-être pas.
L'intérêt est sans doute expliqué par la profession de l'auteur anglais, qui est docteur en psychologie (on y apprend par exemple que le rêve dont nous nous souvenons est une version modifiée de l'original). Les portraits et les méthodes d'investigation s'en ressentent. Il relate d'ailleurs l'humour juif du Dr Freud :
Deux Juifs se rencontrent devant les bains publics. "Tu as déjà pris un bain ? demanda l'un. - Pourquoi ? répliqua l'autre. Il en manque un ?"
ou encore :
- A quoi reconnaît-on que Jésus était juif ?
- Je ne sais pas. A quoi reconnaît-on que Jésus était juif ?
- Il a vécu chez ses parents jusqu'à trente ans, il a repris l'affaire de son père et, pour sa mère, il était Dieu !
Intéressantes également les descriptions des ambiances viennoises :
- Il va tomber des cordes, dit-il en regardant par la vitre
Dehors, Vienne avait succombé à un crépuscule surnaturel.
Le tonnerre gronda une nouvelle fois - grognement mécontent d'une divinité de second ordre.
Le sol était encore mouillé, [...] un archipel de flaques.
Une bourrasque nimba l'allée d'un voile de bruine diaphane.
Sous ce firmament vindicatif, Vienne ressemblaient à une cité biblique décadente, mûre pour le châtiment, purifiée par un feu sacré.
N'oublions pas non plus l'évolution du rôle des femmes dans la société :
Liebermann reconnut que ses compatriotes, surtout les sympathisants du mouvement pangermanique, s'opposaient avec violence à l'entrée des femmes en politique et à leur participation à la vie publique. Pour eux, l'éducation des femmes devait servir un seul but : les préparer à être mères. Bien que l'université ait ouvert ses portes aux étudiantes en médecine, l'ensemble du corps enseignant s'y était opposé. Il fallut que le vieux François-Joseph en personne exige que les musulmanes bosniaques soient soignées par des doctoresses pour que la concession fût lâchée. Il était d'ailleurs toujours impossible à une femme d'étudier le droit et il y avait peu de chances que la situation évolue.
4e de couverture :
En ce début de XXe siècle à Vienne, où l'on peut croiser Freud, Schoenenberg, Klimt et bien d'autres encore, les cafés sont le lieu de débats fiévreux. C'est dans cette atmosphère d'effervescence artistique et scientifique que Max Liebermann, jeune psychiatre et pianiste à ses heures, mène ses enquêtes avec son ami Oskar Rheinhardt, inspecteur et… chanteur lyrique amateur. Et ils vont avoir fort à faire avec le cas de cette jeune et jolie médium retrouvée morte chez elle dans une pièce fermée de l'intérieur. Une note griffonnée de ses mains laisse penser à un suicide. Pourtant, les indices déroutants s'accumulent : l'arme du crime, un pistolet, a disparu, et aucune trace de la balle n'est retrouvée durant l'autopsie... Serait-ce l'intervention d'un esprit maléfique ?
Extraits, tournures et expressions appréciés :
Des gémissements qui semblaient émaner de voix impies [...]
- C'est un remède très en faveur [...]
Ils étaient compagnons de hasard et non d'élection.
[...] tout comme ses exhalaisons méphitiques.
[...] la maximum latine : Festina lente. Hâte-toi lentement.
Hölderlin agita la clochette pour appeler le valet qui se matérialisa presque aussitôt.
Le résultat était étrangement élégiaque.
[...] l'attitude contrite de son ami.
- Un dessin de la serrure à détecteur inventée par Jeremiah Chubb. Elle a été breveté en 1818. Un chef-d'oeuvre, à mon avis.
[...] l'habilité avait besoin du secours de l'intuition.
- Nous avons réussi à tenir une conversation guindée dans la voiture [...]
[...] l'oeuvre vénérable d'un botaniste érudit.
Ses poumons peinaient à emplir d'air sa cage thoracique [...] (description des symptômes physiques de l'anxiété)
Le silence se figea, [...] lourd de possibilités dérangeantes.
Une dernière salve de venin [...]
[...] les hommes désespérés sont dangereux.
- Je croyais que les médecins reconnaissaient la physiognomonie.
- Beaucoup souscrivent à la doctrine de Lombroso, selon laquelle ile st possible d'identifier un criminel par la forme de ses oreilles ou la taille de ses mâchoires. Quant à moi, j'éprouve très peu de sympathie pour cette école de pensée.
[...] sa silhouette ronde n'excédait pas les limites de la beauté selon Rubens.
A Vienne, le café avait remplacé le théâtre.
[...] un chérubin ailé qui empalait joyeusement la vieille sorcière figurant la Peste.
Le portail de la cathédrale était ouvert. Uberhorst se glissa dans le monde froid, rédempteur, de Saint-Etienne. [...] Le silence sépulcral [...]
Cosima von Rath [...] trop grosse [...] sur la chaise dure en bois, son vaste arrière-train s'épanouissant au-delà du siège.
[...] le précipice de sa volumineuse poitrine.
- Bon, disons que Cupidon n'a peut-être pas encore décoché la flèche décisive, mais il a certainement vidé son carquois dans ma direction.
[...] fumée grise qui s'élevait telle une âme quittant le corps d'un défunt.
Malin, rusé, retors...
[...] écho creux qui alla se dissoudre dans la vastitude d'un désert de glace imaginaire.
- C'est un remède très en faveur [...]
Ils étaient compagnons de hasard et non d'élection.
[...] tout comme ses exhalaisons méphitiques.
[...] la maximum latine : Festina lente. Hâte-toi lentement.
Hölderlin agita la clochette pour appeler le valet qui se matérialisa presque aussitôt.
Le résultat était étrangement élégiaque.
[...] l'attitude contrite de son ami.
- Un dessin de la serrure à détecteur inventée par Jeremiah Chubb. Elle a été breveté en 1818. Un chef-d'oeuvre, à mon avis.
[...] l'habilité avait besoin du secours de l'intuition.
- Nous avons réussi à tenir une conversation guindée dans la voiture [...]
[...] l'oeuvre vénérable d'un botaniste érudit.
Ses poumons peinaient à emplir d'air sa cage thoracique [...] (description des symptômes physiques de l'anxiété)
Le silence se figea, [...] lourd de possibilités dérangeantes.
Une dernière salve de venin [...]
[...] les hommes désespérés sont dangereux.
- Je croyais que les médecins reconnaissaient la physiognomonie.
- Beaucoup souscrivent à la doctrine de Lombroso, selon laquelle ile st possible d'identifier un criminel par la forme de ses oreilles ou la taille de ses mâchoires. Quant à moi, j'éprouve très peu de sympathie pour cette école de pensée.
[...] sa silhouette ronde n'excédait pas les limites de la beauté selon Rubens.
A Vienne, le café avait remplacé le théâtre.
[...] un chérubin ailé qui empalait joyeusement la vieille sorcière figurant la Peste.
Le portail de la cathédrale était ouvert. Uberhorst se glissa dans le monde froid, rédempteur, de Saint-Etienne. [...] Le silence sépulcral [...]
Cosima von Rath [...] trop grosse [...] sur la chaise dure en bois, son vaste arrière-train s'épanouissant au-delà du siège.
[...] le précipice de sa volumineuse poitrine.
- Bon, disons que Cupidon n'a peut-être pas encore décoché la flèche décisive, mais il a certainement vidé son carquois dans ma direction.
[...] fumée grise qui s'élevait telle une âme quittant le corps d'un défunt.
Malin, rusé, retors...
[...] écho creux qui alla se dissoudre dans la vastitude d'un désert de glace imaginaire.
J'y ai appris de nouveaux mots (dico) :
son manteau en astrakan
une marquise mal fixée claquait comme une voile
la pluie envahissait tout. Cette saucée violente
On n'apercevait que le coin d'une courtepointe bise.
Des boucles blondes retombaient en longues anglaises
une série de tritons et de néréides
Faraud, il continua simplement vers la porte
Liebermann se carra dans son fauteuil
un sourire matois
un mezzotinto encadré
un vieillard en caftan
une douairière à l'air aristocratique
sentier inégal et criblé de fondrières
sa respiration devint stertoreuse
les bajoues de Schelling tressautèrent
une auréole flamboyante de cheveux frisottés
démons vengeurs et succubes repoussants
masse amorphe de chancres suintants et de nodules enflés
un chapeau à voilette
un broc
l'étiologie des symptômes
Zaborsky semblait s'être chargé de chaperonner la médium
un cochon attifé pour quelque obscure fête de village
Une épaisse fumé flottait tel un dais
son menton encadré de rouflaquettes gris argent
un nez aquilin
distinguer le Biedermeier des articles de pacotille; un miroir Biedermeier doré
tel un bulot dans sa coquille. Il portait un fez
la lourde chair rubiconde
entouré d'une coterie d'admirateurs
il a reçu une guinée
divers stades de leur agrégation
le coeur léonin
un phaéton à roues en caoutchouc
les nombreuses éraflures à la surface de la paillasse
un baume purifiant, émollient et apaisant
L'appariteur donne quelques indications sommaires
Le receveur [...] encaissa un ticket de plus
une marquise mal fixée claquait comme une voile
la pluie envahissait tout. Cette saucée violente
On n'apercevait que le coin d'une courtepointe bise.
Des boucles blondes retombaient en longues anglaises
une série de tritons et de néréides
Faraud, il continua simplement vers la porte
Liebermann se carra dans son fauteuil
un sourire matois
un mezzotinto encadré
un vieillard en caftan
une douairière à l'air aristocratique
sentier inégal et criblé de fondrières
sa respiration devint stertoreuse
les bajoues de Schelling tressautèrent
une auréole flamboyante de cheveux frisottés
démons vengeurs et succubes repoussants
masse amorphe de chancres suintants et de nodules enflés
un chapeau à voilette
un broc
l'étiologie des symptômes
Zaborsky semblait s'être chargé de chaperonner la médium
un cochon attifé pour quelque obscure fête de village
Une épaisse fumé flottait tel un dais
son menton encadré de rouflaquettes gris argent
un nez aquilin
distinguer le Biedermeier des articles de pacotille; un miroir Biedermeier doré
tel un bulot dans sa coquille. Il portait un fez
la lourde chair rubiconde
entouré d'une coterie d'admirateurs
il a reçu une guinée
divers stades de leur agrégation
le coeur léonin
un phaéton à roues en caoutchouc
les nombreuses éraflures à la surface de la paillasse
un baume purifiant, émollient et apaisant
L'appariteur donne quelques indications sommaires
Le receveur [...] encaissa un ticket de plus
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