Nouvelles du Proche-Orient (Jordanie)
Ami(e)s de mes péripéties, Bonjour !
Dans le minibus pour me rendre à la gare routière, j'ai pu joyeusement échanger avec trois dames voilées et fort loquaces (nous étions seuls). Mais une fois quatre ouvriers embarqués, des hommes donc, elles sont devenues mutiques ! Au rythme des passagers qui sortaient et entraient, j'ai fait ami-ami avec le chauffeur Ahmed, mon contemporain. Mais il ne baragouinait que quelques mots d'anglais. Amineh, une jeune demoiselle montée par la suite et faisant office de traductrice arabe-anglais, permit au dialogue de s'enrichir. Je me suis aventuré à discuter de la mauvaise image véhiculée par la Syrie en Occident, image contrecarrée par les magnifiques jours passés dans ce pays. Tous les passagers intervinrent et la discussion, nourrie, fut intense. Notez que la demoiselle savait dire "Je suis célibataire", en français s'il-vous-plaît ! Par ailleurs, devant impérativement quitter ce pays avant minuit, expiration du visa oblige, je n'ai pu honorer l'invitation d'Ahmed, qui voulait me présenter sa famille :-(
Puis ce fut un jeune chauffeur de taxi à l'aspect cocaïnomane, père de trois enfants, qui me fit passer la frontière syrio-jordanienne. J'ai vite saisi qu'il faisait simultanément du trafic de cigarettes, arrosant le douanier et livrant sa marchandise 100 mètres plus loin ! En parlant de douane, mon visa jordanien a été établi au rythme du feuilleton TV qui semblait passionner le fonctionnaire multitâche. Dans la rue, à une effigie syrienne, celle d'el-Assad, omniprésente, succède une autre effigie, celle du Roi Abdullah II (accompagné souvent de son défunt père, Hussein), tout aussi présente dans l'espace public jordanien. Bienvenue en Jordanie !
Me voici donc à Irbid, une grande ville universitaire qui n'a aucun attrait pour retenir le touriste. Ayant pris froid (les nuits sont fraîches et les transports sont amis des courants d'air), en plus d'acheter une écharpe d'été, je suis entré dans une pharmacie. Et d'être accueilli en italien; le patron ayant étudié 10 ans dans la botte ! Il m'a refilé du Cirrus, un médicament fabriqué... par UCB Farchim, à Bulle !!! Et accessoirement, à l'entendre, bien sombre lui semble l'avenir, pire encore au Proche-Orient :-(
La capitale Amman, l'ancienne Philadelphie, n'a pas vraiment voulu de moi puisqu'elle m'a réservé un jour complet de pluie (bienfaisante sur ces terres arides). Qui ne m'aura nullement gêné grâce à l'accueil du patron palestinien du petit hôtel choisi. Grande est la générosité de ses habitants avec les gens de passage, plus ou moins long. Pour preuve, les centaines de milliers de réfugiés que la Jordanie a accueillis, qu'ils soient Palestiniens, Libanais ou plus récemment Irakiens.
C'est tout naturellement que ce pays tire son nom du Jourdain, le fleuve cher à Saint Jean-Baptiste, qui alimente la Mer Morte, située 400 mètres au-dessous du niveau habituel de la mer. Si quelqu'un vous affirme y avoir vu un requin, mettez en doute sa probité. Pour y avoir flotté grâce à une exceptionnelle teneur en sel, je puis vous le confirmer : aucun poisson ne peut y vivre (ce n'est pas pour rien qu'elle s'appelle Morte cette mer) ! C'est ici le pays de Moab, contrée de nombreux récits bibliques : Jericho, que Moïse aura contemplée depuis le Mont Nebo, où il est mort, Béthanie, où le Christ s'est fait baptiser, et autres Sodome et Gomorrhe, où il s'en passait des choses !
"À moins que tu n'y viennes, tu ne sauras jamais à quoi ressemble Pétra. Sache seulement que tant que tu ne l'auras pas vu, tu n'auras pas la plus petite idée de la beauté que peut revêtir un lieu." Ce sont là les paroles de T. E. Lawrence. Maintenant que j'y suis (et que donc je sais dorénavant la beauté que peut revêtir un lieu), je profite de lire son chef-d'œuvre de 944 pages "Les sept piliers de la sagesse" et me replonger ainsi dans les aventures qu'il a jadis vécues dans ces contrées. Cela tombe bien car ici à Aqaba, station balnéaire de la Mer Rouge d'où je vous écris, il n'y a rien à faire sinon se promener au soleil et adorer la beauté de l'instant. Seule entorse à ce farniente bienfaisant, le snorkeling, plongée avec masque, tuba et palmes : il y a là une barrière de corail parmi les plus belles du monde où batifolent des poissons aux multiples couleurs :-)
Autre originalité jordanienne : certaines pièces de monnaie sont heptagonales ! Par contre, originale, sa cuisine l'est moins. Mais comme Syrie, pays aux peuples frères, on y retrouve les fameux (et non moins délicieux) mezze, chers aux Turcs et aux Libanais. Ce sont des petits plats d'exquis apéritifs, tant chauds que froids, avec le humus qui règne en maître. Sinon, avouons que la cuisine syro-jordanienne n'est pas des plus variées : peu de légumes verts et question viande, c'est poulet ou mouton, avec plus rarement des camélidés.
Comme un goliard de jadis, je quitterai bientôt le royaume hachémite pour un autre pays mythique, l'Égypte, avec comme seul regret de n'avoir rencontré ni la sublime ancienne Reine Noor ni la ravissante actuelle Reine Rania ;-)
Aqaba, Jordanie, le 20 décembre 2010
Vous pouvez visionner mes dernıers clıchés, soit la Jordanie, en cliquant ici.
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