Nouvelles du Proche-Orient (Egypte)

Publié le par Marco del Rugo

Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l'étourdissement des paysages et des ruines, l'amertume des sympathies interrompues. Il revint.   Gustave Flaubert


Ami(E)s lecteurs,

WadiRumM'efforcant de voyager avec des yeux pleins de l'étonnement du jour, avant de rejoindre l'Égypte, la Jordanie m'aura réservé une dernière et heureuse surprise : le Wadi Rum, pays où vécut jadis le fameux Lawrence d'Arabie. Il s'agit d'un désert au sable ocre où d'immenses djébels, des à-pic aux vertigineuses parois, imposent leur silence; silence presque respecté en cette basse saison touristique. Grâce à une famille de bédouins, j'ai pu découvrir les plus beaux sites d'une nature préservée, en compagnie d'Irene et Rick Butler, un couple de voyageurs canadiens. Irene est journaliste free-lance et a d'ailleurs écrit un ouvrage de leurs précédentes aventures. Le repas du soir fut cuit traditionnellement dans un four à même le sable. Le Wadi Rum a fait naître en moi des envies de méharées aux longues processions camélidées...

Je ne sais si c'est le Père Noël ou la Strega Befana (une gentille sorcière populaire en Italie), toujours est-il que je me suis ensuite offert un cadeau "Super Deluxe" : 3 jours au Mövenpick Tala Bay, 5 étoiles s'il-vous-plaît ! Cette chaîne hôtelière helvétique sait conjuguer l'Excellence : ce ne fût que luxe et volupté, de quoi quitter la Jordanie avec le sourire en tannant mon oisiveté au soleil bienfaisant :-) Seul regret, l'autochtone est denrée rare dans ce genre d'établissements hôteliers édifiés à Tala Bay, sur la côte Sud jordanienne, à la lisière de l'Arabie Saoudite.

Devant l'interdiction de mon médecin ORL de pratiquer la plongée sous-marine (avec bouteille), je me suis rattrapé avec une entière journée en bateau (snorkeling sur divers spots) et une exploration sous-marine à bord du Neptune, navire français aménagé. Dieu que le monde sous-marin est beau ! Ce fut une fantasmagorie subaquatique insoupçonnée où la silencieuse quiétude contrastait avec les caquetages exclamatoires des passagers émerveillés.

L'Égypte aura finalement été abordée par la mer, la Rouge. Si je puis comprendre l'intérêt que l'on peut avoir pour Nuweiba, à la limite Daha, chère aux routards plongeurs, Sharm El-Sheikh représente à mes yeux tout ce qu'une station balnéaire a d'exécrable ! D'ailleurs, les (délicieux) fruits de mer ingurgités auront été rejetés par le même canal; c'est dire l'idylle qui me lie à Sharm ! Une avanie du ferry m'aura heureusement fait éviter Hourghada (16 heures de bus incommodes pour rejoindre Louxor par un long détour sur le Sinaï, dernière Terre Sainte de mon long périple).


04Saïd

Avec Pétra, Louxor aura indubitablement été l'un des points forts de mon séjour. Charmé par les sites archéologiques en plein coeur de la ville (à l'image du complexe de Karnak). Mais plus encore charmé par les paysans exploitant leurs terres grâce à la prodigalité fluviale du Nil (c'était temps de récolte de la canne à sucre) et les habitants de la ville. C'est dire que j'aurai apprécié mon séjour dans une gueshouse nichée dans la campagne, havre de paix nommé Flower of Light Centre et géré par un sympathique Irlandais (Dònal) et son épouse, sur la rive Ouest, celle de la fameuse Vallée des Rois, explorant les alentours tant à vélo qu'à moto. En revanche, le vent est souverain; j'ai dû m'incliner face à sa force et accepter de ne point découvrir l'éclat de Louxor depuis une montgolfière qui n'a jamais décollé ! Ensuite, il m'a été difficile de ne point retrouver cette magie à Assouan, plus au Sud, ville que j'ai fuie aussi (et tant pis pour le temple d'Abou Simbel) pour rejoindre directement Alexandrie en train de nuit. La Nubie, contrée où les peaux des hommes s'assombrissent, s'est donc refusée à moi. Puisse le Nil m'y reconduire un jour...

En l'honneur du Grec macédonien Alexandre le Grand, c'est la seule ville à son nom qui l'a gardé jusqu'à nos jours. Hélas, trois fois hélas, Alexandrie n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fût jadis : elle s'est pratiquement vue confier le rôle ingrat de banlieue d'une capitale, Le Caire, où s'agglutinent 18 millions d'habitants. Avec ses 4 millions d'âmes venus des campagnes, leur ruralité n'a pas su investir l'esprit citadin flamboyant qui animait la légendaire Alexandrie, que ce soit celui des Ptolémée (il y a plus de 2000 ans), des Romains par la suite ou encore l'esprit du XIXe siècle; son cosmopolitisme s'est éteint. Il n'y a qu'à constater l'indigence de son programme culturel (pour une si grande ville), sans parler de l'état d'abandon de sa superbe architecture. La somptueuse Blibliotheca Alexandrina n'est hélas que l'exception qui confirme la règle. Ce haut-lieu de la sapience fait revivre l'ancienne Grande Bibliothèque qui contenait plus de 700'000 manuscrits, tous détruits dans un incendie. Alexandrie renvoie également au fameux phare de la Méditerranée, monument qui guidait les marins et se trouvait sur l'île de Pharos (d'où son nom). Autre nom tiré du lieu : les nécropoles. Il y a là de superbes catacombes romaines récemment mises à jour qui nous rappelles notre propre finitude. Ce sombre tableau dressé, je dois avouer que j'y aura passé presque une semaine fort agréable. Comme souvent en Egypte, il aura suffit de s'approcher de la population le sourire aux lèvres pour la voir s'ouvrir à mes requêtes et au-delà. Mes ballades photographiques au hasard des rues n'auront été que demandes de leur part de se faire photographier. Alors que les "choucrane" auraient dû être de mon côté, ce sont eux qui me remerciaient ! En allant visiter une ville toute proche, Rashid (que nous connaissons mieux sous le nom de Rosette), j'ai fait la connaissance d'un entrepreneur qui a vécu 9 ans en Italie. Il a tenu à m'amener au poste de la police touristique pour des raisons de sécurité. J'ai ensuite eu droit à une escorte policière pour visiter les quelques demeures ottomanes qui ne font que mettre en relief la pauvreté alentour (les rues n'étaient que boue). Dommage car cela me coupait du contact spontané avec la population; l'accueil y fut admirable, tout comme les regards portés à cet étranger qui sortait des sentiers asphaltés (relativement aux millions de touristes qui visitent les lieux devenus communs). Notez que la fameuse pierre qui a permis à Champollion de démêler le maelstroem des dessins hiéroglyphique y est exposée. N'hésitez pas à venir visiter Alexandrie, patrie de Cléopâtre, non parce que St-Marc est venu y prêcher, mais parce qu'elle vous permettra de jouir dès 2012/2013 du Musée d'archéologie sous-marine, un projet fou puisque le bâtiment se trouvera sous la mer, avec une vue directe sur les pièces archéologiques dont se nourrit la mer depuis des millénaires ! Pour en finir avec Alexandrie, sachez encore que Claude François est un tartufe : je n'y ai rencontré aucune sirène ;-)

Et mon séjour se sera terminé au Caire, en privilégiant les activités culturelles. Ainsi de la visite obligée du Musée égyptien, véritable capharnaüm pharaonique. Un effort pédagogique se doit d'être entrepris car pour l'heure, c'est plus un amoncellement de milliers de pièces archéologiques, les unes plus riches et importantes que les autres. Espérons que le Grand Musée Egyptien, projet cher au président Moubarak (tout contesté soit-il) qui devrait voir le jour en 2012, y pourvoira. Quoiqu'il en soit, ma préférence est allée vers le musée de Louxor et celui d'Alexandrie, plus petits. Il est piquant de confronter la tridimensionnalité des admirables statues exposées (notamment une représentation ithyphallique) à la bidimensionnalité des fresques hiéroglyphiques aux traits si caractéristiques. Peut-être devons-nous y voir là une dimension cachée que seuls les Dieux possèdent, dimension inaccessible aux pauvres mortels que nous sommes. Ici, même les sépultures sont profanées pour répondre à la curiosité des touristes ! Ce n'est pas Toutânkhamon qui pourra me contredire, lui dont les mirifiques objets sépulcraux sont exposés. De même que leurs corps momifiés; ils ont beau être Egyptiens, beaucoup d'entre eux ont le "pied grec" ;-) Quant aux pyramides de Gizeh et le fameux Sphynx aux abords, bien qu'impressionnants, leur exploitation touristique effrénée en a tué toute la magie (magie toujours présente à Pétra). Retour final au Caire, mégalopole tentaculaire, où le quartier islamique réserve de bien belles surprises qui m'ont replongé dans les souvenirs de ville comme Damas ou Alep, sans toutefois en atteindre la beauté. C'est l'opéra Aïda, de mon compatriote Verdi, qui aura clos mon séjour moyen-oriental au Cairo Opera House. Cerise sur le gâteau, Salah, un vieux veuf qui vivote comme chauffeur de taxi et avec qui j'ai passé les deux derniers jours, m'aura embrassé à l'arabe une fois arrivé à l'aéroport.

voyages 0936Ainsi, onze ans après mon périple de six mois qui m'aura fait apprécier le Sud-Est asiatique, j'aurai baigné presque cinq mois ici au Moyen-Orient, en barbotant dans quatre mers différentes, la Mer Noire, la Mer Méditerranée, la Mer Morte et la Mer Rouge (sans parler des lacs Sevan et Nasser, grands comme une mer), au contact des mondes perse, caucasien et arabe, abritant des peuples très diversifiés. Je n'en cherche pas une raison particulière, m'en remettant à Baudelaire : les vrais voyageurs ne sont-ils pas ceux qui partent pour partir ?
Quel autre poète pouvait mieux clore cette relation de voyage que Guillaume Apollinaire : "Les jours s'en vont, je demeure"...

Bien à vous.   Marco
Galerie de mes photos du Moyen-Orient en cliquant ici.
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Publié dans Voyages

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