De quelques considérations critiques et spontanées sur l'Égypte
Alors que les bombes extrémistes font exploser des Égyptiens chrétiens coptes, la TV du pays diffuse un spot montrant une Croix chrétienne unie à un Croissant musulman. Mais la réponse du gouvernement au terrible attentat d'Alexandrie ne s'arrête pas là. Hier soir, toutes les églises chrétiennes étaient quadrillées par des forces de l'ordre suréquipée, agents qui ont même interdit de circulation les rues environnantes. Un gouvernement qui réagit au lieu d'agir n'est pas de nature très rassurante... Mais il a sans doute d'autres soucis, sa corruption étant notoire. Ce qui ne changera en rien les discriminations quotidiennes dont est victime la forte minorité copte (sept millions de personnes tout de même). Après trois jours à parcourir joyeusement la campagne louxoroise en vélo, j'ai loué une moto chinoise flambant neuve. Tant le loueur de vélos que celui de motos ont insisté pour que je ne prête point le véhicule aux Égyptiens, qui cassent tout. Dans ces conditions comment voulez-vous qu'une indispensable confiance gagne ce peuple afin d'affronter sereinement l'avenir ? Ma ballade motorisée m'a appris que les dirigeants à l'autoritarisme éprouvé ne se gênent pas de nommer les routes en leur nom. Ainsi de la Mubarak Touristic Road. Pire encore, j'ai même vu le Suzanna Mubarak Village, Suzanna étant le prénom de l'épouse du Président actuel, Hosni ! Ces routes sont d'ailleurs très belles, avec une berme centrale arborisée et fleurie de presque 2 mètres de large. Il eut été plus judicieux d'intégrer des trottoirs fort utiles aux indigènes. Mais il est vrai que dits trottoirs sont bien inutiles aux millions de touristes qui se rendent en bus sur les sites historiques ! En attendant, les villageois ne se gênent pas d'utiliser la route pour leur propre usage (les charrettes mues par des ânes ajoutent une touche pittoresque). À la piètre qualité de la moto s'ajoute la vétusté du casque de protection qui n'en a que le nom. Je me suis donc abstenu de l'utiliser. Le loueur m'a rendu attentif à l'obligation qui m'est faite d'en porter un. Il ne s'est cependant trouvé aucun policier, pourtant fort nombreux sur ces routes charriant les masses touristiques, pour me reprocher quoi que ce soit. Il faut dire qu'ici, tout un chacun vit par et pour le tourisme, police comprise. Enfin, pour avoir demandé mon chemin à moult reprises, je puis l'affirmer sans ambages : Bison Futé n'est pas Arabe ;-) Le tourisme égyptien a de l'avenir devant lui ! À Louxor, sa vallée des Rois, règne de notre amie la Mort, n'est animée que par d'infatigables vendeurs qui suivraient même un Pharaon mort pour essayer de lui vendre leurs bibelots. Qu'il s'appelle chocolat ou café, c'est un breuvage insipide qui est servi pour 20 livres égyptiennes (plus de CHF 3.-) sachant que le salaire mensuel minimal ici est de 300 £. Pas étonnant qu'ils aient fait l'impasse sur une carte précisant les prix. On vous fait prendre un petit train électrique pour 4 £ sans vous dire qu'il ne parcourra que 200 mètres. On y laisse entrer des touristes nues (j'exagère à peine) qui se feraient retourner les pharaons dans leurs tombes. Le risque est faible il est vrai puisque les momies qui proviennent des tombeaux profanés reposent toutes ailleurs, dans des musées le plus souvent. On se prendrait presque à culpabiliser, n'était de savoir que les paysans de l'époque (il y a quelque 4000 ans tout de même) s'amusaient à voler les riches tombes, déjà ! C'est d'ailleurs ce qui explique leur enfouissement. Cependant, tant que le regard est habité par le ravissement, tout cela en perd toute importance :-) Les seules nuages de ma visite dans cette vallée fort ensoleillée auront été la fermeture de deux des trois tombes que je m'étais promis de visiter. D'autres ont fait l'affaire. Ces considérations étant écrites, je vous avoue être emballé par la campagne ici à El Qurna, près de Louxor. Et je me suis laissé dire que ma prochaine destination, Assouan, est tout aussi ensorcelante. Inch'Allah !