Nouvelles du Caucase (Est anatolien, Géorgie et Arménie)
Ami(e)s de mes péripéties, Bonjour !
Il y a trois cités antiques bâties sur sept collines : Rome, Istanbul et Antioche. Originaire de la première, j'ai transité par la seconde et vous écris depuis la dernière.
À peine franchie la frontière irano-turque, on ne peut qu'être frappé par le nombre d'enfants très jeunes obligés de travailler dans l'économie informelle (j'ai d'ailleurs visité un atelier où de jeunes filles kurdes apprennent à tisser des tapis de valeur, projet soutenu par l'Union européenne). La Turquie n'a été pour moi qu'un pays de transit éclaır. Du Mont Ararat (dont le sommet éternellement enneigé culmine à plus de 5000 mètres), où le temps s'est quelque peu rafraichi, je suis passé par Erzurum, centre culturel kurde de l'Anatolie, à 1700 mètres d'altitude, pour rejoindre Trabzon, à la réputation sulfureuse surfaite (c'est un port ancré dans la Mer Noire). La Géorgie s'est ensuite offerte à moi 12 heures de bus plus tard et un passage de frontière plus que folklorique. T'bilissi est sans doute la plus sympathique des capitales du Caucase, à l'offre culturelle abondante. On retrouve ici les signes distinctifs de l'orthodoxie religieuse (qu'il m'avait été donné de découvrir en Roumanie et à Prague). Ainsi des sombres popes barbus qui se promènent (toujours bien nourris) et des signes de croix bien particuliers faits par toute personne s'approchant d'une église (le signe de croix se termine en effet de droite à gauche et non de gauche à droite).
Par ailleurs, l'espace publique diverge de celui iranien. Ici, les filles peuvent mettre en relief leurs atours, un peu à la manière des Pragoises, avec de la tenue (ha le plaisir de retrouver des minijupes et des talons ou bottines). Difficile de rester insensible au charme des Géorgiennes, leur contrée jouxtant l'Ukraine qui, en la matière, est un pays de cocagne. Corollairement, la pauvreté rejette nombre de vieux dans la rue, à mendier, aspect inexistant en pays musulman. Une pauvreté qui fait office de miroir où se reflète ma situation de nanti (si moi je peux venir chez eux, le contraire est plus improbable).
Hébergé dans le vieux quartier, j'y déambulais lorsque je fus happé par la possibilité qui m'était offerte de bénéficier d'un massage dans d'anciens bains ottomans à l'architecture typique (un amas de coupoles). Me voilà dans une salle privée (chaque coupole représente une salle), plongé dans une eau bouillante sulfureuse, à attendre mon massage. C'est alors qu'entra un vieux Géorgien me mettant de suite à l'aise (j'étais tout nu). Ce fut divin, malgré mes craintes initiales, sauf qu'on pue l'oeuf pourri en sortant de cette eau bienfaisante ;-) Chacun des pays visités s'exprimant dans un idiome différent, la communication orale n'est pas des plus aisées. D'où mon intérêt pour les spectacles sans parole à l'image du pantomime. Superbe était celui-ci. Muni d'un billet pour Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan, j'apprends au check-in qu'il n'est plus possible d'obtenir un visa à l'arrivée à l'aéroport ! Prompte décision a alors été prise de m'envoler pour Erevan.
Arménie mon Amour. Un pays protégeant son inestimable trésor littéraire ne peut être que mon ami. Il en va ainsi de l'Arménie qui préserve son héritage culturel au Matenadaran, l'Institut des Manuscrits anciens... Preuve de son amour des livres : la nomination de Yerevan comme World Book Capital 2012. Mais les paysages montagneux à eux seuls justifieraient le voyage (n'hésitez pas à voir ou revoir l'œuvre cinématographique des frères Taviani, Le mas des alouettes). Ce n'est pas que l'Arménie recèle des montagnes, l'Arménie est montagne ! Mais il y a aussi l'hospitalité des Arméniens, aussi grande que leurs conditions d'existence sont difficiles. J'ai pu l'expérimenter à Garni où Ludwig m'a invité chez lui après que j'aie visité le splendide temple gréco-romain. Sevan est une région splendide où un lac grand comme quatre fois le Léman est entouré de montagnes, certaines très hautes. À Goris, aux frontières du Haut Karabagh, région sensible, j'ai souffert du froid la nuit. C'est dans un état fébrile que je suis retourné à Erevan. Notez que cette petite ville est dotée d'un splendide théâtre en plein centre et nombre de rues sont à sens unique (toute comparaison avec Fribourg n'est pas fortuite). En revanche, sortıs d'Erevan l'anımée, nous pourrıons croıre qu'ıl y a un couvre-feu en provınce : des 20h, c'est mort dans les rues ! Encore peu développé, le tourisme dans ce pays meurtri (le génocide turc est dans toutes les mémoires) se conjugue avec les églises et monastères, très bien restaurés (mais peu fréquentés), n'en déplaise au catholicos d'Etchmiadzine, plus haute autorité de cette Église indépendante de Rome.
Les stigmates soviétiques sont encore présentes dans ces deux anciennes républiques d'URSS. Que ce soit dans l'urbanisme, la langue parlée ou encore le parc automobile. Afin de retrouver la chaleur du soleil, un vol vers Aleppo écourta mon séjour arménien. Et tant pis pour Bakou !
C'est à Alep que j'ai rencontré un couple fribourgeois d'amis voyageurs, Sabrina & François. Ce fut un séjour de repos, là même d'où provient le fameux savon, afin d'y laisser mon état fébrile. C'est une ville qui m'a charmé je ne saurais trop vous dire pourquoi. Mais le vieux quartier y est sans doute pour quelque chose, d'autant que j'y ai dormi deux nuits, au Dar Hallabia, ancıenne demeure restaurée.
Rien de très logique dans mes déplacements mais l'envie de Turquie était trop forte; cap donc au Nord, en Anatolie. Ce fut d'abord Antep l'Héroïque (Gaziantep), belle cité conjuguant son histoire à la modernité. On pourrait la surnommer Baklava City, la renommé de ces pâtisseries étant mondiale. Puis Urfa la Glorieuse (Saliurfa), qui abrite un superbe musée des mosaïques de Zeugma, ancienne cité romaine proche de là, ensevelie sous les eaux de l'Euphrate. Entre les deux, un paysage sec dévoyé à d'innombrables oliveraies. Mon séjour anatolien a pris fin avec Iskenderun, l'ancienne colonie française appelée Alexandrette, au bord de la Méditerranée, et enfin Antakya, au parfum arabe, la frontière syrienne étant toute proche.
S'ils n'ont pas la profusion d'amabilité propre aux Perses, reconnaissons au peuple turc une servitude spontanée; le Turc est probe (mais je n'en profite point pour faire mon satrape). Et avouons qu'il fait bon vivre dans les belles villes d'Anatolie, où un immense effort de restauration et d'embellissement des cités est entrepris. N'hésitez donc pas à venir en Turquie, en sortant des chemins touristiques convenus d'Istanbul ou balisés d'Antalya ! Pour ma part, je n'hésite pas à jouir des nombreux parcs au cœur des villes afin de m'adonner à mon passe-temps favori, la lecture, bercé par un soleil salutaire.
Mais la Syrie, le Liban, la Jordanie et l'Égypte ont encore tant à m'offrir, obvie :-)
Antakya/Hatay, l'ancienne Antioche, le 4 novembre 2010.
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