Le moine et la Psychanalyste

Publié le par Marco Rugo

Le moine et la psychanalyste
Marie Balmary


Mon classement : *(*) - Commentaire :

Cet été, j'ai eu l'occasion d'héberger chez moi un moine bouddhiste venu de Thaïlande. Il s'est senti chez lui de par les objets qui agrémentent mon domicile, que ce soit des tableaux de sages sentences, des statues de Bouddha ou encore des livres sur le bouddhisme. Quoi de plus naturel dès lors de lire un bouquin trouvé au hasard de mes pérégrinations à la FNAC qui relate la rencontre imaginaire entre une psychanalyste juive et un moine chrétien. Dialogue entre deux êtres en quête...

Dans la réalité, l'auteur, Marie Balmary, psychanalyste non juive, a rencontré le penseur Jacques Lacan, qui lui a demandé de "laisser quelque chose", soit de l'argent, ce qu'elle a refusé. Au hasard d'un de ses déplacements, la voilà à faire la connaissance du frère de Jacques Lacan, Marc-François Lacan, moine bénédictin, qui lui a offert un café en pleine semaine sainte, s'en versant une tasse mais sans la boire. Voici comment elle résume ses deux rencontres : Le premier m'avait demandé de l'argent là où je ne le pensais pas en droit de le faire. L'autre m'avait offert une boisson au moment où je ne l'imaginais pas qu'il le fît. Mes prévisions se révélaient fausses dans les deux cas : l'un voulait jouir d'une chose dont il me privait; l'autre me donnait à jouir d'une chose dont lui-même se privait. [...] Le religieux, lui, m'avait accueillie comme un chercheur accueille un autre chercheur, pour qu'il se disent simplement l'un à l'autre leurs tâtonnements, leurs découvertes. Il m'avait ouvert la porte comme un voyageur installé pour un temps accueille un autre voyageur, prenant soin de son bien-être, sans lui imposer la discipline de son chemin ni les visions de son propre voyage.

Fribourg, le 1er décembre 2007

4e de couverture :
Lorsqu'un moine et une psychanalyste - juive et agnostique - s'interrogent ensemble, non pas sur ce qui guérit mais sur ce qui pourrait " sauver ", que peut-il naître de cette rencontre ? Une parole libre dans laquelle le verbe " croire " se passe de complément, et qui exprime une autre idée du désir, pour la psychanalyse comme pour la religion. Parole tendue, confrontation parfois, au sujet de l'Église et de ce Dieu demandeur de sacrifices que la psychanalyste compare à un ogre mangeur d'âmes.
Parole heureuse, qui conduit les deux interlocuteurs vers des rendez-vous avec Abraham, le Psalmiste et Jésus, mais aussi avec Mozart, Rimbaud mourant auprès de sa sœur, ou Montaigne au chevet de La Boétie.


Extraits et tournures appréciés :

[...] 'image de Dieu dans la Genèse, c'est l'homme et la femme en relation.

[...] ce premier soleil de printemps qui récompense chaque année le patient espoir de l'hiver.

[...] hésitant entre une lassitude à dire et un désir de parler [...]

La vie leur avait enseigné l'écart entre les êtres.

[...] la position du médecin qui a sur la maladie un savoir que le malade ignore, un savoir qu'il ne partagera pas vraiment avec lui [...]. Et puis, la position du malade qui a de son mal une expérience que le médecin n'a pas et un savoir intime qui ne sera le plus souvent pas pris en compte [...]

[...] en Afrique et en Asie [...] j'ai découvert des cultures et des communautés où la vie, la maladie, la mort avaient une place et une valeur très différentes, et les hommes, les femmes et les enfants d'autres liens qu'ici; les paroles un autre poids également. J'ai cessé de croire riche ceux qui, ayant déjà beaucoup, voudraient toujours davantage et ne n'ai plus appelé "pauvres" des gens qui ne possédaient pas ce qu'ils ne désiraient pas.

-
[...] vous non plus, vous ne croyez pas au néant ?
- Pas plus au Père Néant qu'au Père Noël
[...]. Qu'il s'agisse du néant ou du dieu, si on les croit tout-puissants sur la vie humaine, cela revient au même, c'est toujours à une toute-puissance que l'on croit.

- [...] Le nom de Jésus lui-même ne vient-il pas du verbe "sauver" ?
- Si. Yeshoua : "Dieu sauve; Dieu, ou plus exactement en hébreu, comme vous savez, le nom divin en quatre lettres, YHWH sauve
[...]

[...] un patient dépressif vient consulter un psychanalyste. L'analyste, à la différence du psychiatre, ne se propose pas et ne lui propose pas de le "guérir" de sa dépression. Ce que le patient perçoit en lui comme une maladie, un mal qu'il veut faire cesser, l'analyste, au contraire, l'invite à le développer. [...] Je reprends votre exemple de la dépression. A vous entendre, même en mettant des guillemets à tous les mots, voilà une maladie dont on ne guérirait pas par une guérison, mais par un salut; alors qu'une guérison pourrait au contraire nous perdre, puisqu'elle ferait taire l'appel à être sauvé que la maladie contenait. Ai-je bien entendu ce que vous me disiez ? Cela donnerait l'idée, et je la crois juste, que certains maux valent mieux que certains biens.

[...] ce qui sauve un homme : le féminin et le divin.

"Vous êtes des dieux, des fils du Très Haut" (psaume 82)

Il ferma les yeux intensément, comme un homme qui entre dans la demeure invisible où son propre esprit le cherche.

Parlez donc avec une femme incroyante et vous vous retrouverez au sommet de la vie mystique.

[...] nous avons dit au désir qu'il avait raison [...]

Que "nous" soit toujours nouveau, nous en faisons l'expérience même ici, c'est-ce pas : je ne sais pas ce que vous allez me signifier, que ce soit par une parole, un acte, un signe, un silence... Vous non plus ne savez pas à l'avance ce que je vais vous dire. Et donc, à chaque pas de Je et de Tu, Nous est un autre.

- Vous savez à quoi je pense, Simon ?
- C'est précisément ce que je ne sais jamais, lui répondit-il en riant. Voilà pourquoi je viens.

[...] j'en suis arrivé à ce choix en matière de dieu, qui correspond à deux positions spirituelles - peut-être diriez-vous aussi psychiques -, deux positions bien distinctes : le choix entre un dieu qui nous a faits et un dieu que nous faisons. Et j'ai choisi le plus vieux dieu, comme vous dites, parce que je crois que rien ni personne ne nous protège davantage des dieux que nous faisons que le dieu qui nous a faits.

[...] comment le religion peut faire le lit de l'idolâtrie, comment elle peut engendrer cette soumission à l'idole qui fait d'abord danser devant elle, puis un jour tuer ceux qui ne la dansent pas.

[...] une vie de rien, pour rien, vers rien. [...] terminus [...]

Mystère de ce qui est plus intelligent en nous que l'intelligence
[...]

Il y a ce que nos yeux voient et ce que nous sommes prêts à leur accorder.

[...] vérité qu'on atteint pas par le raisonnement mais par la rencontre.

[...] tant qu'on n'a pas dit un certain "Je crois", l'autre n'est pas possible.

"Pour aller où tu ne sais pas, il te faut aller par où tu ne sais pas" (Jean de la Croix)

Être malade ainsi, c'est guérir de tout le reste...

[...] ils ont la même religion que presque tous ceux qui ont vingt ans aujourd'hui : l'ignorance.

[...] un type qui vit sur le mode de la quête [...]

La libération, moi je la trouve dans le refus de croire et le salut dans la fuite au plus loin d'un tel salut.

(sur l'"obéissance d'Abraham") : - Bien des chercheurs et des thérapeutes
[...] considèrent ce dieu comme issu d'un imaginaire archaïque, et le reconnaissent comme un des plus puissants ennemis intérieurs de l'âme humaine.

[...] une population passée en trois générations de la croyance à l'incroyance, puis à l'inculture.

- Vous n'y êtes pour rien, docteur, plaisanta-t-elle,  décidée à commencer par la légèreté.
- Ah ? Pourtant, je ne me rappelle pas vous avoir prescrit quoi que ce soit, sinon de ne pas vous hâter de guérir s'il vous convenait d'être encore malade : les docteurs ne disent pas des choses pareilles.
- Cela me rappelle ce qu'on raconte de Descartes. Un jour où il visitait ce pauvre Pascal si souvent malade, il lui fit la prescription suivante : rester au lit jusqu'à ce quîl fût las d'y être.

- Je crois bien qu'une blessure est nécessaire pour que l'être humain ne soit pas emprisonné dans son égo et qu'il s'éveille.



J'y ai appris de nouveaux mots (dico) :

Il m'a accueillie à la porterie
un sens affadi
un dieu perdeur
le marivaudage
[...] le tient en sujétion
un catholique apostat
[...] vous n'en changiez pas un iod
un prêtre pacifique madianite


Interview de l'auteur sur le site Psychologies.com ou encore une étude intitulée "Célébration du nom qui change".

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Publié dans Lectures

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B
En effet, les deux positions que vous relevez, à savoir le choix entre un Dieu qui nous a faits et une Dieu que nous faisons permet de se poser une autre question.<br /> Mais qui donc vous a fait ?<br /> Bien à vous,<br /> B. Ducon
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