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Samedi 22 avril 2006
Mu, le maître et les magiciennes
Alexandro Jodorowsky


Mon classement : **(*) - Commentaire :

Le "sorcier des kôans" reste toujours aussi passionné et passionnant que le scénariste connu jadis, durant mon adolescence, à la lecture des BD de Moebius, dont l'Incal.

Fribourg, le 22 avril 2006

4e de couverture :
Alexandro Jodorowsky, artiste chilien polymorphe dont les œuvres cinématographiques (La Montagne sacrée) et littéraires (Le cycle de l'Incal notamment) ont marqué plusieurs générations, fut initié au zen au Mexique dans les années 1970. Il nous offre ici le récit picaresque, et en même temps hautement spirituel, de cette période propice à toutes les expériences. Tandis qu'il apprend à explorer les profondeurs de son être sous la conduite du maître Ejo Takata, des femmes remarquables, dont la célèbre peintre surréaliste Leonora Carrington, l'entraînent dans des aventures truculentes. Ces " magiciennes " l'aident à se dépouiller de ses cuirasses émotionnelles, à élargir son cœur et sa vision de la vie. Il alterne ainsi les rigoureuses méditations silencieuses menant à la paix de l'esprit, et la plongée aux tréfonds du sexe, du rêve et de la création, jusqu'aux limites de la folie. On ne sort pas indemne de ce livre halluciné, à travers son parcours épique d'aventurier du corps et de l'esprit, ce grand artiste nous tend un miroir où chacun peut lire le sens de sa propre histoire.

Extraits et tournures appréciés :

[...] où les verres d'alcool étaient vidés avec une élégante facilité.
un silence testiculaire
divas égolâtres
une future vieille baderne
[...] se déplaçant avec la tranquillité d'une particule de poussière
pansu
l'idiosyncrasie

Un kôan est une question que le maître zen pose au disciple afin qu'il la médite, l'analyse, puis lui donne une réponse.Cette énigme est par essence absurde, il est impossible d'y répondre par la logique. Et c'est précisément en cela que consiste sa finalité : faire que notre point de vue individuel s'ouvre à l'universel, que nous comprenions que l'intellect - des mots, des mots et encore des mots - ne sert pas pour répondre...

"Comment sortirais-tu une grande oie d'une bouteille sans la briser ni blesser l'oie ?"...
- J'ai enfin résolu le kôan!...
- Comment ? lui demanda le roshi
Pour toute réponse, l'élève s'exclame : "L'oie est sortie !"... En réalité, on ne parle pas d'une bouteille et d'un oiseau réels. On parle d'un principe vivant enfermé dans des limites inertes. Le disciple s'est libéré de son intellect logique qui le séparait de la réalité, et il est entré dans la vie globale où son être fait partie du tout...

"[...] sauras-tu me dire le son  d'une claque faite avec une seule main ?"...
"Quel est le son d'une claque sans main ?"

[...] un kôan d'Ejo : "Pourquoi ne vois-tu pas que tu ne vois pas ?"

Ejo alluma une cigarette [...]. Remarquant mon regard réprobateur, il me cita un texte de la philosophie Advaita Vedânta, attribué au mythique poète Dattatraya : "Ne te soucie pas des défauts du maître. Si tu es sage, tu sauras extraire ce qui est bon en lui. Lorsque tu dois traverser un fleuve, même si la barque est peinte d'une horrible couleur, tu es reconnaissant qu'elle te transporte sur l'autre rive."

"L'éveil n'est pas une chose. Ce n'est ni un but ni un concept. Ce n'est pas quelque chose qu'on obtient. C'est une métamorphose... Si la chenille pensait que le papillon auquel elle donne naissance, ce sont des ailes et des antennes qui lui poussent à elle, il n'y aurait pas de papillon. La chenille doit accepter de disparaître en se transformant. Quand le merveilleux insecte vole il ne reste rien en lui de la chenille...

Entrer dans l'esprit d'une telle femme, c'était s'immerger pour resurgir baptisé.

Ils [les maîtres] disent : "Pour avancer, je fais un pas de plus dans le vide." Ils osent continuer à grimper, ils prennent le risque de pénétrer dans l'inconnu, où il n'y a ni indications ni mesures, où le moi s'efface, où la conscience s'élève au-dessus du monde, sans essayer de le changer, jusqu'à percevoir ce qui n'est pas paroles. Là, tu n'as pas de définition, rien, tu n'es que ce que tu es sans te demander qui tu es, sans te comparer, sans te juger, sans soif d'honneur. Tu comprends ?"

Peur de ne pas être aimés ? La liberté, c'est aimer sans demander qu'on nous aime.

Pour les humains, la perfection est inaccessible, l'excellence oui.

[...] j'avais appris à quel point la mort d'un être aimé laissait le monde vide. Où plutôt, comme elle le remplissait de son absence.

[...] j'avais le sentiment que mes empreintes s'effaçaient avant d'avoir fait les pas qui auraient dû les imprimer.

[...] dona Magdalena [...] Je l'entends murmurer : "La clé de toute porte, c'est l'humilité."

Tu es arrivé couvert des restes d'un animal assassiné. [...] La peau tout entière est un oeil qui absorbe le monde. Fais attention aux matériaux avec laquelle tu la couvres. Tout objet à son histoire.

(Paroles du foie) "Ne deviens pas mon ennemi, ne m'attaque pas avec des substances que je ne peux assimiler, non seulement tu es ce que tu manges mais tu manges aussi ce que tu es : si tu introduits dans mon temple des matières, des pensées, des sentiments, des désirs qui te sont étrangers, ils se transforment en toxines..."

Tandis qu'Ejo mangeait, les paysans s'agenouillèrent. Ils avaient compris que c'était un homme sacré.

"La vérité ne s'obtient jamais de personne, On la porte toujours en soi."

[...] mon âme avait des racines dans la plaine du néant...

A chaque émotion, à chaque doute, les maîtres répondaient : "Le mont Sumeru", laissant entendre que cette masse monolithique ne parlait pas, que les sentiments ne la submergeaient pas, qu'elle ne s'interrogeait pas sur la naissance où la mort, laissait imperturbablement passer les saisons, ne forçait pas la nature, ne subissait pas la dualité acteur-spectateur. En résumé, la panacée était de croiser les jambes et de rester immobile comme un cadavre.

"[...] quand ton esprit formule un souhait avec passion, le miroir que nous appelons réalité le fait apparaître devant toi."

Me voyant épuisé, muet de tant de plaisir, elle (Reyna d'Assia, fille de Gurdjieff) redevint mon institutrice. "Ce que tu viens de connaître est la première des techniques que toute femme doit développer pour satisfaire ses amants : la technique manuelle. Les trois autres sont la buccales, la vaginales et l'anale. Mon saint père assimilait ces quatre techniques aux centres intellectuel, émotionnel, sexuel et corporel. Bien sûr, la voie manuelle correspond au corps, la vaginale au sexe et la buccale à l'intellect. Il est donc clair qu'en employant la technique anale, nous pouvons contrôler les émotions de l'homme. Veux-tu essayer ?"

"[...] ou alors mettre en pratique certaines techniques orales que je ne t'ai pas encore montrées." [...] Reyna me montra comment le larynx peut réaliser des mouvements surprenants sur on le fait vibrer à l'aide de mantras tibétains. Après avoir été soumis plusieurs fois à cette jouissance, je fus envahi par une sensation d'intense vide organique et tombai endormi comme une souche dans les bras de mon délicieux bourreau.

Le coeur désireux d'être aimé, jamais satisfait car il se nourrit du futur [...]

" [...] Vous apporterez la conscience à ceux qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre ."
(Tiens, j'ai déjà lu cela dans l'Evangile selon Thomas)

Lorsqu'une fleur s'ouvre, c'est le printemps sur toute la terre. Si un seul homme s'éveille, tous les êtres s'éveillent.

[...] les mots ne sont pas le chemin direct, ils l'indiquent mais ne le parcourent pas.

La mort d'Ejo
(son maître spirituel). "Oui, Jacqueline, ça fait mal. Ca fait très mal mais la vie continue. Quand on coupe une branche à un arbre, elle ne repousse jamais, la blessure reste sur le tronc pour toujours. L'arbre la recouvre d'une couche de cellules et il fait de nouveaux rejets. La blessure, sous l'écorce, devient un trou où poussent des champignons qui en tombant nourrisent la terre dont l'arbre se fortifie."
[...]
Que sa tombe
ne soit pas la tombe
de ceux qui n'osent pas
traverser seuls
la dissolution de leur conscience.

"Entre faire ou ne pas faire, il faut toujours choisir de faire."


Biographie
d'Alexandro Jodorowsky

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par Marco Rugo publié dans : Lectures
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