Prague. Une trop bruyante solitude.

Publié le par Marco Rugo

J'ai découvert Prague en février 2006, parti avec 3 amis et revenu avec un seul. Comme quoi l'hiver praguois peut refroidir des amitiés... En dehors des beautés architecturales de cette capitale, il faut reconnaitre la beauté intrinsèque de la gent féminine, altière. Autre souvenir qui m'aura agréablement surpris, celui de la tradition (finalement pas très ancienne) des théâtres noirs : un spectacle à ne pas manquer, en plus des opéras. Après avoir scruté la mémoire de mon téléphone mobile, j'ai pu en extraire deux souvenirs vidéo :







C'est dire le plaisir de recevoir ce Noël 2007 un ouvrage d'un des plus grands auteurs tchèques avec Milan Kundera, à savoir Bohumil Hrabal, cadeau d'une collègue de travail partageant quelque affinité culturelle. Et c'est l'objet du billet du jour.

Une trop bruyante solitude
Bohumil Hrabal

Mon classement : ** - Commentaire :

Cette nouvelle n'est pas sans me rappeler les idées originales du "Cent ans de solitude" du grand Gabriel Garcia Marquez. Deux extraits pour le démontrer :

Mes meilleurs copains, pourtant, c'étaient les racleurs d'égout, deux académiciens qui faisaient un bouquin sur les cloaques et les égouts de Prague; c'est eux qui m'apprirent que les excréments qui coulent à la station d'épuration de Podbaba sont tout autres les dimanches et les lundis, les jours sont si bien différenciés qu'on peut établir un graphe du débit des excréments d'après le flux des préservatifs, on peut encore identifier les quartiers de la ville où on baise le plus et inversement.

[...] leur Jules, un Tsigane, [...] portait toujours en bandoulière un appareil photo. Tous les jours, il photographiait ses Tsiganes, les braves filles se figeaient dans leur plus beau sourire, il leur arrangeait le visage, reculait pour leur tirer le portrait, mais, comme il n'avait jamais de film, les Tsiganes n'avaient jamais vu une seul de ces photos, pourtant, tous les jours, elles reprenaient la pose, aussi réjouies par leur espoir que les chrétiens bercés par l'idée du paradis.

Il faut dire que le héros ingurgite quantité de bière, ce qui permet à de grands personnages de le rejoindre dans sa vieille presse à vieux papier, à l'image de Jésus, de Lao-tseu ou encore d'Arthur Schopenhauer ! Un ouvrage que je conseille vivement donc.

4e de couverture :
Une trop bruyante solitude, d'abord diffusé en 1976 à Prague sous forme de "samizdat" (publication clandestine), est sans doute le livre qui a valu au grand écrivain tchèque le plus de notoriété. Majestueux cri de révolte lancé à l'assaut des sociétés totalitaires, l'histoire du narrateur, ouvrier dans une usine de vieux papiers destinés au recyclage, n'est pas sans faire penser - mutatis mutandis - au 1984 d'Orwell. Car notre héros, instruit presque malgré lui par la lecture des ouvrages interdits destinés au pilon (la Bible, le Talmud, les écrits de Lao-tseu entre autres), va faire renaître ces chefs-d'œuvres sous la forme d'une autre œuvre d'art (qui n'est pas sans rappeler les travaux d'un Jiri Kolar) : les pages broyées sont transformées en balles de papier décoratives ! Divers incidents et personnages tragicomiques viennent émailler cette fable sensible et émouvante qui invite le lecteur à une aimable réflexion sur le moderne, digne à la fois de nos philosophes des Lumières et des meilleurs esprits libertins.


Extraits et tournures appréciés :

[...] instruit malgré moi, je ne sais même pas distinguer les idées qui sont miennes de celles que j'ai lues.

[...] un vrai livre renvoie toujours ailleurs, hors de lui-même.

[...] je suis un peu le Don Quichotte de l'infini et de l'éternité, et l'infini et l'éternité ont sans doute un faible pour les gens comme moi.

[...] phrases du Talmud : "Nous sommes semblables à des olives, ce n'est qu'une fois pressés que nous donnons le meilleur de nous-même."

[...] attachés au boulot comme des chiens à leur niche [...]

[...] je pénétrai la dure phrase du Christ : "Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive."

[...] ce que j'avais appris de Hegel : "la seule chose terrifiante au monde, c'est ce qui est figé, pétrifié, moribond, et la seule heureuse, c'est quand l'individu, ou mieux, la société des hommes parvient, grâce à la lutte, à rajeunir, à conquérir le droit à la vie.

[...] je voyais un ardent jeune homme qui veut changer le monde et un vieux monsieur qui promène autour de lui des regards résignés [...]. Je voyais Jésus contraindre par ses prières la réalité au miracle et Lao-tseu, dans Le livre de la voie et de la vertu, s'en tenir aux lois naturelles comme seul moyen de parvenir à l'innocence savante...

[...]  je vis [...] Jésus comme
progressus ad futurum, Lao-tseu regressus ad originem...

[...] sur le dos de son bleu de travail, le sang séché formait une sorte de batik sanglant [...]

[...] un langage jusque-là inconçu [...]

[...] trois jours suffirent pour que le contraire de tous mes rêves deviennent réalité [...]

[...] je compris soudain corps et âme que je ne pourrais jamais plus m'adapter, semblable à tous ces moines qui, incapables d'imaginer un monde différent de celui qui les avait fait vivre jusqu'alors, se suicidèrent en masse lorsque Copernic leur dévoila que la Terre n'était plus le centre du monde.

[...] l'opprobre m'avait paralysé

Je traversai la cour et sortis dans le soleil, mais tout m'était crépuscule ce jour-là.

[...] Pourquoi Lao-tseu dit-il que naître, c'est sortir et que mourir, c'est entrer ?


J'y ai appris de nouveaux mots (dico) :
cahin-caha
et clopin-clopant
[...] jettent mon travail dans des alcalis
la pattemouille
des ondines
le germoir

vieux garçon lâchés par ses glandes
ces folles mouches bleues, vertes et mordorées
la puanteur
[...] en devenait moins prégnante
ce papier transformé en une sorte de glaise
nous regardions danser la moire des ombres
ma façon de détruire la maculature
ses petites mains replètes
il
[...] avait mis sa redingote
la foi du fripier
je regarde les landaus
un orphéoniste
sa chambrière


Vous pouvez approfondir ce roman avec une chronique du Livreur ou encore lire divers commentaires sur l'ouvrage. Ce chef-d'oeuvre a été adapté au théâtre et en BD. Pour en savoir plus sur l'auteur tchèque, voici sa biographie.

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Publié dans Lectures

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M
Allez, je vous l\\\'avoue, le justicier ci-dessus n\\\'est autre que l\\\'obscure personnage qui apparaît dans la première vidéo, en sépia
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T
Monsieur,<br /> Vos lectures semblent correspondre a votre situation personnelle, si l'on tient compte des commentaires mis sur votre blog par un unique lecteur...<br /> Mais qu'est-il donc arrive a vos deux autres compagnons de voyage praguois ? Si a chacun de vos periples, vous en perdez 2, arretez donc de voyager !!!<br /> Un justicier lasse des blogs sans consistance<br />  <br />  <br />  <br />  <br />  
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